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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

312 - ZOOM FOLLAIN



L’Espace

L’espace est un grand cheval pâle qui hennit dans le vent du soir ses crinières sont des nuages ses sabots sont des étoiles

les cavaliers sont des ombres qui passent sans laisser de trace ils vont vers des pays lointains où le temps n’a plus de visage

l’espace est un grand cheval pâle qui galope dans l’infini ses hennissements sont des chants que personne n’entend ici

Source : Poésie française – Jean Follain, L’Espace




Les Morts

Les morts sont des ombres légères qui glissent sur les murs du soir ils parlent avec des voix douces qui ne font pas peur aux enfants

ils racontent des histoires anciennes des batailles des amours perdues des royaumes disparus des trésors enfouis

les morts sont des ombres légères qui dansent dans la lumière des lampes ils sourient aux vivants qui ne les voient pas

Source : Poésie.net – Jean Follain, Les Morts




Le Pain

Le pain est chaud comme un soleil il sent bon la terre et le blé il a la forme d’un cœur il est doux comme un baiser

les mains qui l’ont pétris ont travaillé dans la farine blanche elles ont mal aux doigts mais elles sourient

le pain est chaud comme un soleil il nourrit les corps et les âmes il est partagé entre les hommes il est un signe d’amour

Source : Poèmes.co – Jean Follain, Le Pain



La Nuit

La nuit est un grand manteau noir qui couvre les villes et les champs les étoiles sont des boutons d’or qui brillent dans l’étoffe sombre

les hommes dorment dans leurs maisons les animaux dans leurs terriers les oiseaux dans leurs nids les fleurs se ferment

la nuit est un grand manteau noir qui cache les peines et les joies elle apporte des rêves et des silences

Source : Poésie française – Jean Follain, La Nuit



Le Vent

Le vent est un voyageur infatigable il vient de loin il va loin il passe par les montagnes il traverse les mers

il murmure aux oreilles des arbres il chuchote aux fenêtres des maisons il souffle dans les cheveux des femmes il caresse les joues des enfants

le vent est un messager il apporte des nouvelles des pays lointains des temps anciens

il est léger comme une plume fort comme une tempête il est libre comme un oiseau

Source : Poésie.net – Jean Follain, Le Vent



PRÉSENTATION


Jean Follain, né le 29 août 1903 à Canisy (Manche) et mort le 10 mars 1971 à Paris, est un poète français dont l’œuvre, à la fois discrète et puissante, explore les thèmes de la mémoire, du temps, de la nature et de la condition humaine. Son style, marqué par une grande économie de moyens et une sensibilité aiguë aux détails du quotidien, se distingue par une langue épurée, des images simples mais évocatrices, et une profondeur mélancolique.

Follain a passé son enfance en Normandie, région qui a profondément influencé son imagination poétique. Après des études de droit à Caen, il s’installe à Paris où il travaille comme fonctionnaire tout en écrivant une œuvre poétique qui le place parmi les voix les plus originales de la littérature française du XXe siècle. Son premier recueil, Usage du temps (1943), est salué pour sa maturité et sa singularité. Il y développe une poésie du quotidien, où les objets, les paysages et les êtres deviennent les symboles d’une quête de sens et de transcendance.

Son œuvre, souvent comparée à celle de Jules Supervielle ou de Philippe Jaccottet, se caractérise par une attention minutieuse aux petites choses, aux instants fugitifs, et aux émotions discrètes. Follain y mêle une sensibilité à la nature, une réflexion sur le temps qui passe, et une méditation sur la fragilité de la vie. Ses poèmes, souvent courts et denses, sont construits autour d’images fortes et de métaphores qui invitent à une lecture contemplative.

Jean Follain a également écrit des essais, des contes et des récits, mais c’est avant tout sa poésie qui lui a valu une reconnaissance durable. Son style, à la fois sobre et lyrique, continue de toucher les lecteurs par sa capacité à évoquer l’universel à travers l’infiniment petit. Il a reçu plusieurs distinctions pour son œuvre, dont le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 1970.



BIBLIOGRAPHIE

  • Jean Follain, Usage du temps, Gallimard, 1943.
  • Jean Follain, Tout instant, Gallimard, 1957.
  • Jean Follain, Espace et mémoire, Gallimard, 1967.
  • Jean Follain, Transparence de l’automne, Gallimard, 1969.
  • Jean Follain, Poèmes, Gallimard, Poésie/Gallimard, 1983.
  • Poésie française – Jean Follain
  • Poésie.net – Jean Follain