Le dépôt
411 - ZOOM KEATS
Textes
Une chose de beauté est une joie éternelle. Sa splendeur augmente ; elle ne tombera jamais dans le néant, mais gardera toujours pour nous un baiser tranquille, un sommeil plein de rêves doux, de santé et de souffle calme. C'est pourquoi, chaque matin, nous tressons une chaîne de fleurs pour nous lier à la terre, malgré l'inhumaine pénurie de natures nobles, malgré les jours sombres, malgré tous les chemins malsains et ténébreux ouverts à notre recherche. Oui, en dépit de tout, quelque forme de beauté lève le voile de notre esprit ténébreux. Tels sont le soleil, la lune, les arbres vieux et jeunes qui offrent un ombrage béni aux humbles brebis ; et tels sont les jonquilles avec le monde vert qu'elles habitent ; et les clairs ruisseaux qui se font un frais réduit contre la saison chaude. https://www.poetryfoundation.org/poems/44469/endymion-book-i-a-thing-of-beauty-is-a-joy-for-ever
Mon cœur souffre, et un engourdissement douloureux tourmente mes sens, comme si j'avais bu de la ciguë, ou vidé quelque narcotique puissant jusqu'à la lie il y a seulement une minute, et que j'eusse sombré dans le Léthé. Ce n'est pas par envie de ton sort heureux, mais parce que je suis trop heureux de ton bonheur, quand toi, Dryade ailée des arbres, dans quelque lieu mélodieux de hêtres verts et d'ombres innombrables, tu chantes l'été de toute la force de tes poumons. Ô pour une gorgée de vin qui a longtemps séjourné dans la terre profonde, goûtant la flore et la campagne verte, la danse, le chant provençal et la joie brûlée par le soleil ! Ô pour une coupe pleine du Midi chaleureux, pleine de l'hippocrène vermeille avec ses bulles perlées clignant au bord. https://www.poetryfoundation.org/poems/44475/ode-to-a-nightingale
Toi, forme silencieuse, tu nous jettes hors de la pensée comme le fait l'éternité. Froide pastorale ! Quand la vieillesse aura dévasté cette génération, tu resteras au milieu d'autres douleurs que les nôtres, amie de l'homme à qui tu dis : La beauté est vérité, la vérité beauté, c'est tout ce que vous savez sur terre, et c'est tout ce qu'il vous faut savoir. Toi, vierge encore intacte du silence, toi, enfant nourrie par le temps et par le calme lent, historienne sylvestre qui peux raconter ainsi une fable fleurie plus doucement que notre rime. Quelle légende bordée de feuilles hante ta forme, s'agit-il de dieux ou de mortels, ou des deux, dans Tempé ou dans les vallons d'Arcadie ? Quelles sont ces divinités ou ces vierges farouches ? Quelle poursuite folle ? Quelle lutte pour s'échapper ? https://www.poetryfoundation.org/poems/44477/ode-on-a-grecian-urn
Saison des brumes et de la douce fécondité, amie intime du soleil qui mûrit les choses, tu complotes avec lui pour charger et bénir de fruits les vignes qui courent le long des chaumes des toits. Tu fais ployer sous les pommes les arbres moussus des chaumières, et tu remplis tous les fruits de maturité jusqu'au cœur. Tu fais gonfler la gourde et grossir les coquilles de noisettes d'une amande douce ; tu fais éclater encore et encore des fleurs tardives pour les abeilles, jusqu'à ce qu'elles croient que les jours chauds ne finiront jamais, car l'été a rempli leurs cellules visqueuses jusqu'au bord. Qui ne t'a pas vue souvent au milieu de tes richesses ? Parfois, quiconque te cherche au-dehors peut te trouver assise sans souci sur le sol d'un grenier, tes cheveux soulevés par le vent qui vanne. https://www.poetryfoundation.org/poems/44484/to-autumn
Où sont-elles ? Où sont les chansons du printemps ? Oui, où sont-elles ? N'y pense plus, tu as ta musique toi aussi, quand des nuages barrés fleurissent le jour qui décline avec douceur et touchent les plaines de chaume d'une teinte rosée. Alors dans un chœur plaintif les petits moucherons gémissent parmi les saules de la rivière, portés en haut ou sombrant selon que le vent léger vit ou meurt ; et les agneaux déjà grands bêlent bruyamment dans leur enclos de collines ; les grillons des haies chantent ; et maintenant avec une note haute et douce le rouge-gorge siffle depuis le jardin clos ; et les hirondelles qui s'assemblent gazouillent dans les cieux. Tout passe, tout change, mais l'instant de la perception pure reste gravé dans l'âme comme une victoire sur le temps et sur la mort prochaine. https://www.englishhistory.net/keats/poetry/ode-to-autumn/
Présentation de l'auteur
John Keats, né en 1795 à Londres et mort en 1821 à Rome, est l'une des figures majeures de la seconde génération des poètes romantiques anglais. Bien que sa carrière n'ait duré qu'environ cinq ans, il a laissé une œuvre d'une profondeur et d'une sensualité inégalées. Orphelin de père puis de mère, il délaissa une carrière médicale pour se vouer entièrement à la poésie. Son écriture se caractérise par une attention extrême aux sensations physiques et par la recherche d'une Beauté absolue, qu'il considérait comme la seule Vérité. Marqué par le deuil et la maladie, il développa une conscience aiguë de la fragilité humaine. Il mourut de la tuberculose à l'âge de vingt-cinq ans, convaincu que son œuvre sombrerait dans l'oubli, avant de devenir l'un des poètes les plus admirés au monde.
Bibliographie
Poèmes, 1817. Endymion, 1818. Lamia, Isabella, La Veille de la Sainte-Agnès et autres poèmes, 1820. Ode à un rossignol, 1819. Ode sur une urne grecque, 1819. Ode à l'automne, 1819. Lettres de John Keats (correspondance publiée posthume).