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280 - ZOOM SOPHOCLE
Sophocle, le maître de la tragédie grecque qui a porté l'art dramatique à son plus haut degré de perfection et d'humanité.
textes
Antigone (Extrait du premier chant du Chœur : L'Hymne à l'homme)
Il est bien des merveilles en ce monde, mais il n'en est pas de plus grande que l'homme. Il traverse la mer grise sous le vent du sud, il s'avance parmi les vagues qui mugissent en l'entourant. Il fatigue la terre souveraine, immortelle, inépuisable, en la retournant chaque année avec ses charrues que tirent les chevaux. Il capture la race des oiseaux légers, les bêtes sauvages et les êtres qui vivent dans la mer, dans les mailles de ses filets, l'homme au génie ingénieux. Il dompte par ses ruses l'animal des montagnes, il place sous le joug le cheval au cou chevelu et le taureau infatigable. Il s'est enseigné à lui-même la parole, la pensée rapide comme le vent et les mœurs qui fondent les cités. Contre la mort seule il ne trouvera pas de refuge, mais il a su inventer des remèdes contre les maladies les plus rebelles.
https://fr.wikisource.org/wiki/Antigone_(Sophocle,_trad._Leconte_de_Lisle
Œdipe Roi (Extrait du chant final du Chœur)
Habitants de Thèbes, ma patrie, voyez cet Œdipe qui devina les énigmes célèbres et qui fut le premier des hommes. Quel citoyen n'avait pas les yeux fixés sur sa gloire et n'enviait pas sa fortune ? Et voyez dans quel gouffre de malheurs terribles il est tombé ! C'est pourquoi, attendant le jour suprême, ne disons jamais qu'un homme est heureux avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir ressenti de douleur.
https://fr.wikisource.org/wiki/Œdipe_Roi_(trad._Leconte_de_Lisle
Antigone (Extrait du dialogue entre Antigone et Créon)
Je ne croyais pas que tes édits eussent tant de pouvoir qu'ils permissent à un mortel de violer les lois non écrites et immuables des dieux. Ce n'est pas d'aujourd'hui, ni d'hier, c'est de toute éternité qu'elles vivent, et nul ne sait d'où elles sont venues. Je ne devais pas, par crainte des ordres d'un homme, m'exposer à être punie par les dieux. Je savais bien que je devais mourir, comment l'ignorer ? Même si tu ne l'avais pas ordonné. Et si je meurs avant le temps, je regarde cela comme un gain.
https://fr.wikisource.org/wiki/Antigone_(Sophocle,_trad._Leconte_de_Lisle
Électre (Extrait de la plainte d'Électre)
Ô lumière sainte, et toi, air qui enveloppes la terre, que de fois vous avez entendu mes gémissements et le bruit des coups quand je me frappais la poitrine, quand la nuit ténébreuse se retirait ! Ce que je souffre, les lits de ma demeure odieuse le savent pendant les nuits entières. Je pleure mon malheureux père qu'Arès n'a point tué chez les barbares, mais que ma mère et son complice Égisthe ont fendu avec une hache comme les bûcherons fendent un chêne.
https://fr.wikisource.org/wiki/Électre_(Sophocle,_trad._Leconte_de_Lisle
Œdipe à Colone (Extrait du chant sur la vieillesse)
Ne pas être né est ce qui l'emporte sur tout. Mais, une fois qu'on a vu le jour, le second bien est de retourner au plus vite d'où l'on est venu. Car, dès que la jeunesse est passée avec ses folies légères, quel travail n'accable pas l'homme ? Quel malheur n'est pas là ? Les meurtres, les séditions, les querelles, les combats et l'envie. Enfin arrive la vieillesse méprisée, infirme, sans société, sans amis, où habitent tous les maux.
https://fr.wikisource.org/wiki/Œdipe_à_Colone_(trad._Leconte_de_Lisle
présentation
Sophocle (v. 496 - 406 av. J.-C.) est l'un des trois grands tragiques grecs avec Eschyle et Euripide. Né à Colone, près d'Athènes, il vécut durant l'âge d'or de la cité. Il est l'auteur d'une œuvre immense (environ 120 pièces), dont seules sept nous sont parvenues intégralement. On lui doit des innovations majeures dans l'art théâtral, notamment l'introduction du troisième acteur et le développement des décors peints.
Contrairement à Eschyle qui s'attachait à la justice divine, Sophocle place l'homme et sa volonté au centre de la tragédie. Ses personnages (Antigone, Œdipe, Électre) sont des figures de solitude héroïque, confrontés à des dilemmes moraux insolubles ou à un destin accablant. Sa poésie dramatique est célèbre pour son équilibre, sa noblesse et la profondeur psychologique qu'il insuffle à ses héros, faisant de lui le poète de la dignité humaine face à l'inévitable.
bibliographie
- Sophocle, Tragédies complètes, traduction de Paul Mazon, Les Belles Lettres, collection Budé.
- Sophocle, Théâtre complet, traduction de Victor-Henry Debidour, Le Livre de Poche, 1999.
- Steiner, George, Les Antigones, traduction de Philippe Blanchard, Gallimard, 1986.
- Vernant, Jean-Pierre et Vidal-Naquet, Pierre, Mythe et tragédie en Grèce ancienne, Maspero, 1972.
- Reinhardt, Karl, Sophocle, traduction de Pascal David, Minuit, 1985.