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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

342 - ZOOM PETRARQUE

Pétrarque (Francesco Petrarca, 1304-1374), l'humaniste chrétien qui, à travers son amour pour Laure, a fixé les codes de la poésie lyrique européenne pour des siècles.



Textes




Canzoniere (Sonnet I) : Prologue « Vous qui écoutez en ces rimes éparses / le son de ces soupirs dont je nourrissais mon cœur / au temps de mon premier égarement de jeunesse, / quand j'étais en partie un autre homme que celui que je suis ; / de ce style varié où je raisonne et je pleure, / entre les vaines espérances et la vaine douleur, / auprès de quiconque a fait l'épreuve de l'amour, / j'espère trouver pitié, sinon pardon. / Mais je vois bien maintenant comment auprès du peuple / je fus longtemps un objet de fable, ce dont souvent, / en moi-même, j'ai honte de moi ; / et de mon délire, la honte est le fruit, / et le repentir, et le savoir clairement / que tout ce qui plaît au monde n'est qu'un court rêve. » https://fr.wikisource.org/wiki/Canzoniere/Sonnet_1




Canzoniere (Sonnet XC) : La beauté de Laure « Elle laissait flotter ses cheveux d'or au vent / qui les emmêlait en mille nœuds suaves, / et l'éclat vagabond de ces yeux si beaux, / qui en sont aujourd'hui si pauvres, brillait outre mesure ; / et son visage (je ne sais s'il était vrai ou faux) / semblait prendre une teinte de pitié : / moi qui avais dans la poitrine l'amorce amoureuse, / quoi d'étonnant si je m'enflammai soudain ? / Sa démarche n'était pas celle d'une chose mortelle, / mais d'une forme angélique ; et ses paroles / sonnaient autrement qu'une voix humaine. / Un esprit céleste, un soleil vivant, / fut ce que je vis ; et si elle n'est plus telle maintenant, / la plaie ne guérit pas parce que l'arc s'est détendu. » https://fr.wikisource.org/wiki/Canzoniere/Sonnet_90



Canzoniere (Sonnet CCLXVII) : Mort de Laure « Hélas ! ce beau visage, hélas ! ce doux regard, / hélas ! ce port altier tout plein de grâce ! / hélas ! cette parole qui rendait sage / tout esprit vil, et l'humble audacieux ! / Et hélas ! ce doux rire, d'où sortit le trait / dont j'attends la mort, n'espérant plus d'autre bien ! / Âme royale, digne d'un empire, / si tu n'étais descendue parmi nous trop tard ! / Il me faut brûler pour vous, et en vous respirer, / car je fus vôtre ; et si je suis privé de vous, / moins de douleur me fut tout autre malheur. / D'espérance vous m'avez rempli et de désir, / quand je laissai vivant ce plaisir suprême ; / mais le vent a emporté les paroles. » https://fr.wikisource.org/wiki/Canzoniere/Sonnet_267




Lettre à Dionigi di Borgo San Sepolcro : L'ascension du Mont Ventoux « J'ai monté aujourd'hui la plus haute montagne de cette région, qu'on appelle fort justement le Mont Ventoux. [...] Mon intention était seulement de voir un lieu remarquable par son altitude. [...] Tandis que je m'étonnais ainsi de tant de choses, admirant tantôt ce qui appartient à la terre, tantôt ce qui appartient au ciel, il me vint à l'esprit de regarder le livre des Confessions de saint Augustin. [...] Je l'ouvris et je lus : "Les hommes vont admirer les sommets des montagnes, les vastes flots de la mer, les larges cours des fleuves, l'immensité de l'océan, le cours des astres, et ils s'oublient eux-mêmes." Je restai stupéfait. » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k201193h (Extraits des Lettres familières)



Canzoniere (Canzone CXXVIII) : Italia mia « Ma chère Italie, bien que la parole soit vaine / pour guérir les plaies mortelles / que je vois si denses sur ton beau corps, / il me plaît que mes soupirs soient tels / que l'Arno, le Pô et le Tibre les espèrent. [...] Seigneur, je ne demande pas que l'on m'écoute pour moi, / mais par pitié pour cette noble terre. / Voyez, Seigneur, la cruelle guerre / pour des causes si légères ; / et les cœurs, que durcit et ferme / l'orgueilleux Mars, ouvrez-les, ô Père. » https://fr.wikisource.org/wiki/Canzoniere/Canzone_128



Présentation


Pétrarque est le trait d'union entre le Moyen Âge et la Renaissance. Si Dante est le poète du système cosmique, Pétrarque est celui de l'introspection. Son œuvre majeure, le Canzoniere (Rimes éparses), est un recueil de 366 poèmes dédié à Laure de Noves. Contrairement à la Béatrice de Dante qui mène au divin, la Laure de Pétrarque est une présence terrestre, changeante, qui provoque une tension constante entre l'amour sacré et le désir humain.

Il a porté le sonnet à sa perfection formelle, créant le « pétrarquisme » : un langage amoureux fait d'antithèses (le feu et la glace), de métaphores précises et d'une analyse psychologique minutieuse. Humaniste passionné, il a redécouvert les manuscrits de l'Antiquité (notamment Cicéron) et fut le premier poète couronné de lauriers au Capitole depuis l'Antiquité. Son ascension du Mont Ventoux est souvent considérée comme l'acte de naissance de l'esprit moderne, marquant la découverte de la subjectivité face au paysage.



Bibliographie