La
page
blanche

Le dépôt

PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

109 - ZOOM ASTURIAS

TEXTES




« Légendes du Guatemala » (extrait , 1930)

Lien vers Légendes du Guatemala (Babelio)


C’est lui ! Ne voyez-vous pas sa poitrine rouge comme le sang et ses bras verts comme la sève ? C’est du sang d’arbre et du sang animal. Il est oiseau et arbre ! Ne voyez-vous pas toutes les nuances de la lumière sur son corps de colombe ? Et les longues plumes de sa queue ? Oiseau au sang vert ! Arbre au sang rouge ! Le Quetzal ! C’est lui ! C’est lui !

Il vole au-dessus des forêts, il danse avec le vent, il chante avec les rivières. Les anciens disaient qu’il était le messager des dieux, qu’il portait les prières des hommes jusqu’au ciel. Quand il s’arrête, les montagnes tremblent, les fleurs s’inclinent, et les hommes se taisent.



« Monsieur le Président » (extrait, 1946)

Lien vers Monsieur le Président (BnF)


Les jupes tombent. Les femmes fuient. Pieds, mamelles, marmaille. Balles et chevaux. Assemblée de couteaux éclaboussés de sang. Terre entre les deux camps éclaboussés de sang. Gammes de claviers – pont éclaboussé de sang.

Le Président, assis sur son trône de bois noir, regarde la scène sans un mot. Ses yeux sont froids, ses mains immobiles. Il sait que la peur est son arme, que le silence est son pouvoir. Autour de lui, les soldats attendent, les fusils prêts, les visages fermés. Personne n’ose respirer.



« Hommes de maïs » (extrait, 1949)

(Lien vers Hommes de maïs (Booknode)


Les hommes de maïs marchent dans la nuit. Leurs pieds foulent la terre comme une prière, leurs mains portent des graines comme des offrandes. Ils savent que la terre est leur mère, que le maïs est leur frère, que le vent est leur voix.

Les soldats arrivent, leurs bottes écrasent les plants, leurs fusils menacent les visages. Mais les hommes de maïs ne reculent pas. Ils se tiennent droits, leurs yeux brillent comme des étoiles, leurs cœurs battent comme des tambours. Ils sont la terre, ils sont le maïs, ils sont la résistance.



« Le Pape vert » (extrait, 1954)

Lien vers Le Pape vert (Americas-fr)


Le Pape vert, assis sur son trône de lianes, regarde le monde avec des yeux de serpent. Sa robe est faite de feuilles, sa couronne de plumes, son sceptre d’un bâton de pluie. Il parle, et sa voix est un murmure de forêt, un chant d’oiseau, un rire de singe.

Autour de lui, les hommes s’agenouillent, les femmes pleurent, les enfants rient. Il est le maître des rêves, le gardien des légendes, le juge des âmes. Il sait que le monde est un rêve, que la vie est un conte, que la mort est un passage.



. « Vendredi des douleurs » (extrait, 1972)

Lien vers Vendredi des douleurs (Booknode)


Je me souviens de ma mère, de ses mains qui tressaient les cheveux, de ses yeux qui regardaient loin, de sa voix qui chantait des berceuses. Je me souviens des nuits où elle me parlait des dieux, des esprits, des légendes. Elle disait que le monde était un livre, que chaque homme était une page, que chaque vie était une histoire.

Je me souviens des tremblements de terre, des cris dans la rue, des maisons qui s’écroulaient. Je me souviens de la peur, de la faim, de la solitude. Mais je me souviens aussi des rires, des chants, des rêves. Je me souviens que la vie est une lutte, que l’espoir est une lumière, que l’amour est une force.





PRÉSENTATION



Vie et œuvre

Miguel Ángel Asturias (1899–1974) est un écrivain guatémaltèque, prix Nobel de littérature en 1967. Il est l’un des précurseurs du réalisme magique et du « boom » de la littérature latino-américaine. Son œuvre, marquée par l’engagement politique et la défense de la culture maya, mêle légendes, histoire, et dénonciation des dictatures.


Thèmes clés

  • La culture maya et le réalisme magique : Asturias puise dans les mythes et les traditions indigènes pour créer un univers où le merveilleux et le réel s’entremêlent.
  • La dénonciation des dictatures : Monsieur le Président est une critique féroce des régimes autoritaires en Amérique latine.
  • La résistance et l’espoir : Ses personnages, souvent des indigènes ou des marginaux, luttent pour leur dignité et leur liberté.
  • L’identité latino-américaine : Son œuvre célèbre la richesse culturelle du continent, entre héritage indigène et modernité.

Style et influence

Asturias écrit dans une langue poétique, foisonnante, mêlant espagnol et expressions mayas. Son style, à la fois lyrique et engagé, influence des générations d’écrivains latino-américains. Il est un maître du récit épique et de la légende moderne.



BIBLIOGRAPHIE

  1. Asturias, Miguel ÁngelLégendes du Guatemala, Gallimard, 1930.
  2. Asturias, Miguel ÁngelMonsieur le Président, Gallimard, 1946.
  3. Asturias, Miguel ÁngelHommes de maïs, Gallimard, 1949.
  4. Asturias, Miguel ÁngelLe Pape vert, Gallimard, 1954.
  5. Asturias, Miguel ÁngelVendredi des douleurs, Gallimard, 1972.
  6. Asturias, Miguel ÁngelPoésies complètes, Gallimard, 1967.
  7. Asturias, Miguel ÁngelŒuvres, Gallimard, Quarto, 2010.