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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

346 - ZOOM PASCOLI

Giovanni Pascoli (1855-1912)

Giovanni Pascoli est, avec d'Annunzio, le plus grand poète italien de la fin du XIXe siècle. Son œuvre est marquée par le traumatisme de l'assassinat de son père et par une sensibilité nouvelle aux mystères de la nature.


Textes


Le Dix Août (X Agosto) « Saint Laurent, je sais pourquoi tant / d'étoiles dans l'air tranquille / brûlent et tombent, pourquoi une si grande plainte / brille dans le ciel concave. / Une hirondelle revenait au toit : / on l'estima morte : elle tomba parmi les épines : / elle avait dans le bec un insecte : / le dîner pour ses petits. / [...] Un homme revenait à son nid : / on l'estima mort : il dit : Pardon ; / et il restait dans ses yeux ouverts un cri : / il portait deux poupées en cadeau... / Et toi, Ciel, du haut des mondes sereins, / infini, immortel, / oh ! d'un déluge d'étoiles tu inondes / cet atome opaque du Mal. » https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Dix_Août



Le Myriquet (L'Assiuolo) « Où était la lumière ? Car le ciel / nageait dans une clarté de perle, / et le poirier, et le pommier / semblaient dresser des membres de marbre. / [...] On entendait parmi les vergers / un souffle de vent dans les frondes ; / et venait du fond des champs / un cri : chiù... / [...] Les étoiles brillaient rares / parmi la brume de lait : / j'entendais le frisson des vagues, / j'entendais un bruissement de feuilles ; / mais ce cri de mort dans le lointain / disait : chiù... » https://www.poeticous.com/pascoli/l-assiuolo?locale=fr



Le Petit Enfant (Il Fanciullino, extrait du manifeste) « Il est en nous un petit enfant qui non seulement a des visions que nous n'avons plus, mais qui entend des voix que nous n'entendons plus. [...] Les poètes sont ceux qui savent encore écouter cette voix. Le poète ne doit pas inventer, il doit découvrir la poésie qui est dans les choses les plus humbles : un nid, une cloche, le bruit de la pluie. Le petit enfant voit tout avec émerveillement, comme si c'était la première fois. » https://it.wikisource.org/wiki/Il_fanciullino (Source IT / Traduction libre)



La Jument Grise (La cavalla storna) « Dans la tour solitaire, parmi les champs, / on entendait le cri d'un oiseau de nuit. / [...] La jument grise, qui portait celui / qui ne reviendra jamais, était là, muette. / "Ô petite jument, petite jument grise, / toi qui portais ton maître à la maison, / tu as vu l'homme qui a tiré le coup, / tu as vu son visage dans la nuit." / La jument frappa le sol de son sabot, / et fit un long henrissement de douleur. » https://it.wikisource.org/wiki/Canti_di_Castelvecchio/La_cavalla_storna



Lavandières (Lavandare) « Dans le champ labouré à moitié, reste / une charrue sans bœufs, qui semble oubliée, / parmi la vapeur légère du matin. / Et on entend le bruit des lavandières / au canal, avec des coups fréquents et longs, / et des chansons qui s'élèvent tristes : / "Le vent souffle et la neige tombe, / et tu ne reviens pas à ton pays ! / Quand tu es parti, je suis restée / comme la charrue au milieu du champ." » https://fr.wikipedia.org/wiki/Lavandare




Présentation


Pascoli est le poète des "petites choses" (myricae). Sa poétique repose sur la théorie du Fanciullino (le petit enfant) : le poète doit garder un regard d'enfant pour percevoir le mystère caché derrière la réalité quotidienne. Contrairement à la grandeur classique de Carducci, Pascoli utilise un langage précis, presque botanique et ornithologique, mais chargé de symbolisme.

Sa vie a été brisée le 10 août 1867 par le meurtre jamais élucidé de son père, drame qui revient sans cesse dans ses vers. Sa poésie cherche à reconstruire le "nid" familial protecteur face à un monde extérieur perçu comme menaçant et injuste. Il innove par une musicalité faite d'onomatopées (le chant des oiseaux, le son des cloches) et par une syntaxe fragmentée qui annonce le décadentisme.



Bibliographie