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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

398 - ZOOM ANTARA

Textes



Les poètes ont-ils laissé un champ qui ne soit pas déjà labouré ou as-tu reconnu la demeure après tant d'incertitudes. Ô demeure d'Abla, située à Jawa, parle-moi et reçois mon salut au matin. Je me suis arrêté là avec mon coursier, alors qu'il était fier comme un château, pour satisfaire le besoin de mon âme éplorée. Abla habite désormais dans une terre où nos ennemis campent, il est devenu difficile pour moi de la rejoindre. Je l'ai aimée alors que le sang coulait et que les lances se croisaient comme les fibres d'un tissu. J'ai voulu embrasser les sabres car ils brillaient comme l'éclat de ton sourire dans la nuit du combat. La distance nous sépare mais mon cœur reste attaché aux vestiges de ton campement, là où le vent déplace le sable sur les traces de nos rencontres passées. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5425048r




On me reproche la noirceur de ma peau alors que c est elle qui me cache dans la nuit quand je m avance vers l ennemi. Ma couleur est celle de la nuit mais mon courage est celui de l aurore. Je suis né esclave, gardien de troupeaux, mais mon épée m a donné la liberté et mon bras a conquis la noblesse que mon père me refusait. Je ne suis pas de ceux qui tremblent quand la mort approche, je l accueille comme une fiancée sur le champ de bataille. Mon sang est rouge comme celui des rois et mon âme est plus blanche que le coton le plus pur. Celui qui me méprise pour ma naissance change de visage quand il me voit charger sur mon cheval noir, car il sait que seule la valeur au combat décide de la place d un homme sous le ciel. https://www.wdl.org/fr/item/7334/






J ai traversé des déserts où le silence est si lourd qu on entend le battement de son propre cœur. J ai affronté des guerriers dont le nom seul faisait fuir les braves et je les ai laissés étendus sur le sable, nourriture pour les vautours. Mon cheval est mon frère, il comprend mes intentions avant même que je ne touche les rênes. Quand les lances pleuvaient sur son poitrail, il ne reculait pas mais gémissait comme un homme blessé, me demandant presque de mettre fin à ce carnage. Je l ai caressé pour le rassurer alors que la poussière du combat nous aveuglait. Un guerrier n est rien sans sa monture et un homme n est rien sans l honneur. J ai défendu ma tribu contre ceux qui voulaient l asservir et j ai gagné le respect de ceux qui m insultaient autrefois. https://archive.org/details/muallaqaantara00antauoft







Abla, si tu pouvais voir comment je me comporte quand les rangs se serrent et que le destin appelle les plus hardis. Je n ai jamais fui devant le péril ni abandonné un compagnon dans la détresse. Ma gloire est bâtie sur des monceaux de lances brisées et sur des armures fracassées. On dit que je suis cruel mais je ne suis que juste envers ceux qui cherchent la guerre. J aime la paix des tentes et le parfum du foyer mais mon destin est d être le rempart de mon peuple. La poésie est ma seconde épée, celle qui tranche le temps pour que mon nom ne s efface pas. Je chante mes exploits non par vanité mais pour que les enfants de ma race sachent qu un esclave peut devenir un prince par la seule force de sa volonté et de son courage. https://www.gutenberg.org/files/239/239-h/239-h.htm






La mort viendra bien assez tôt, alors pourquoi la presser ou la craindre. Je l ai vue de si près que nous sommes devenus des familiers. Je voudrais mourir au galop, le cri de guerre aux lèvres, pour que mon dernier souffle soit un acte de défi envers le néant. Que mon corps reste dans le désert que j ai tant aimé et que le vent de sable soit mon linceul. Mes vers resteront suspendus aux murs de la Kaaba pour témoigner qu Antara le noir fut le plus noble des guerriers et le plus fidèle des amants. J ai vécu pour un regard d Abla et pour l honneur de mon nom. Le livre de ma vie se ferme sur une page rouge de sang et d or. Que ceux qui liront mon histoire se souviennent que la peau n est qu une écorce et que seule la moelle de l âme compte vraiment. https://www.ndl.go.jp/portrait/e/datas/318.html



Présentation de l auteur


Antara ibn Chaddad, né vers 525 et mort vers 608, est le héros par excellence de la tradition arabe préislamique. Fils d un chef de la tribu des Abs et d une esclave éthiopienne, il dut conquérir sa liberté et sa reconnaissance paternelle par ses exploits guerriers lors de la guerre de Dahis et El-Ghabra. Poète et chevalier, il est l auteur d une des célèbres Mu allaqat, où il chante à la fois sa bravoure au combat et son amour impossible pour sa cousine Abla. Sa vie est devenue le sujet d une immense épopée populaire, le Roman d Antar, qui a circulé pendant des siècles dans tout le monde arabe et a même fasciné les romantiques européens. Il incarne l idéal du fâris, le cavalier courageux, généreux et éloquent, capable de transformer sa condition sociale par la seule puissance de son génie poétique et martial.



Bibliographie


Al-Mu allaqa (L Ode suspendue). Diwan Antara ibn Chaddad (Recueil complet de ses poèmes). Le Roman d Antar (Sirat Antar, geste épique populaire). Odes à Abla et aux combats de la tribu des Abs. Chants de la liberté et du désert.