La
page
blanche

Le dépôt

PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

374 - ZOOM SPITTELER

Textes




L'âme est un royaume immense dont nous ne connaissons que les frontières. Derrière le fleuve de notre conscience quotidienne s'étendent des plaines de rêve et des montagnes de souvenirs que nous n'avons jamais gravies. Parfois, un chant lointain nous parvient de ces profondeurs, une mélodie qui semble venir du début des temps. C'est l'écho de notre véritable patrie, celle que nous avons perdue en acceptant les chaînes de la logique et de l'utilité. Écrire, c'est tenter de cartographier cet inconnu, de donner un nom aux forces qui nous habitent et qui nous dépassent. Le poète est un explorateur du dedans, un marin qui navigue sur l'océan de l'esprit pour en ramener les reflets d'une lumière que le monde extérieur ignore encore. https://www.nobelprize.org/prizes/literature/1919/spitteler/biographical/




Regardez l'Olympe : ce n'est pas un lieu de repos pour des dieux sereins, mais un champ de bataille pour des énergies contradictoires. Apollon et Dionysos se battent en nous comme ils se battent dans les cieux. La vie est une épopée où chaque homme est le héros de son propre destin, affrontant des monstres invisibles et cherchant une toison d'or qui n'est peut-être que la paix intérieure. Nous avons besoin de mythes pour supporter la nudité du réel. Un monde sans légendes est un monde qui meurt de soif. Il faut savoir réinventer les anciens dieux, leur donner notre sang et nos larmes pour qu'ils puissent encore nous parler dans la langue de notre siècle. La poésie épique n'est pas morte, elle a simplement changé de visage pour mieux refléter nos tourments modernes. https://www.nb.admin.ch/snl/fr/home/collections/archives-litteraires-suisses-als/fonds/spitteler-carl.html




Le printemps est une victoire cruelle, une explosion de vie qui se moque de nos deuils. Chaque bourgeon qui éclate est un cri de guerre contre l'hiver, chaque fleur qui s'ouvre est un défi jeté à la face du temps. Il y a une violence magnifique dans le renouveau de la terre, une force brutale qui ne s'embarrasse pas de compassion. Nous devrions apprendre du printemps cette volonté farouche d'exister, coûte que coûte. La nature ne nous demande pas notre avis, elle nous entraîne dans sa danse frénétique de création et de destruction. C'est dans ce mouvement perpétuel que réside la seule éternité que nous puissions concevoir. Être vivant, c'est accepter d'être brûlé par cette flamme qui anime aussi bien l'étoile que le brin d'herbe. https://www.retronews.fr/journal/gazette-de-lausanne/29-decembre-1924/345/2681537/1




Je marche sur les hauteurs de Lucerne et je vois l'Europe se déchirer dans une fureur qui semble sans fin. La neutralité n'est pas une indifférence, c'est une position de guetteur. Il faut savoir rester en dehors du fracas pour pouvoir encore entendre la voix de la raison et de la culture. Un peuple qui oublie ses racines spirituelles pour ne plus écouter que le bruit des canons est un peuple qui se perd. Ma parole est celle d'un homme qui croit encore à la fraternité par-delà les frontières, à cette république des lettres où la seule arme autorisée est l'intelligence. Notre devoir est de protéger la petite flamme de l'humanité quand l'orage menace de l'éteindre partout ailleurs. Le poète doit être la conscience de son temps, celui qui rappelle que la beauté est la seule conquête qui vaille. https://www.helveticat.ch/discovery/search?query=any,contains,Carl%20Spitteler&tab=LibraryCatalog&vid=41SNL_51_INST:helveticat



Le silence final est une page que personne ne peut écrire à notre place. Quand la plume tombe des mains, quand le dernier vers est scellé, il ne reste que le souvenir d'une lutte avec l'ange du langage. J'ai cherché toute ma vie à atteindre la note pure, celle qui fait vibrer le cœur de l'univers. Ai-je réussi ? Le temps seul en sera le juge. Mais je pars avec la certitude d'avoir été fidèle à ma vision, de n'avoir jamais sacrifié la vérité de mon intuition aux modes passagères. Le travail est fini, l'œuvre est là, comme un rocher au milieu du courant. Que ceux qui viendront après moi y trouvent un appui ou une source, peu importe. L'essentiel était de marcher, d'avancer vers cette lumière qui m'appelait depuis l'enfance et qui m'accueille enfin dans son repos absolu. https://www.bibliotheca-reveriana.ch/carl-spitteler-le-chantre-de-l-olympe



Présentation de l'auteur


Carl Spitteler, né en 1845 à Liestal et mort en 1924 à Lucerne, est le seul écrivain de nationalité suisse à avoir reçu le prix Nobel de littérature (1919) pour son œuvre monumentale. Après des études de théologie et un séjour formateur en Russie comme précepteur, il s'est consacré à une création littéraire d'une ambition rare, visant à ressusciter le genre de l'épopée. Son style, qui mêle une imagination mythologique luxuriante à une réflexion psychologique moderne, s'exprime avec puissance dans des œuvres comme Printemps olympique. Au-delà de ses poèmes, il fut un essayiste influent et un défenseur ardent de la neutralité suisse durant la Première Guerre mondiale, prononçant en 1914 un discours célèbre, Notre point de vue suisse, qui marqua l'histoire politique et intellectuelle de son pays.



Bibliographie


Prométhée et Épiméthée (Prometheus und Epimetheus), 1881. Vérités risquées (Lachende Wahrheiten), 1898. Le Lieutenant Conrad (Conrad der Leutnant), 1898. Printemps olympique (Olympischer Frühling), 1900-1905. Premier souvenir (Meine frühesten Erlebnisse), 1914. Prométhée le souffrant (Prometheus der Dulder), 1924.