La
page
blanche

Le dépôt

PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

105 - ZOOM VIRGILE

POÈMES / TEXTES



1. « Bucoliques – Églogue I » (texte intégral)

Lien vers le texte complet des Bucoliques (Wikisource)


TITYRE Toi, Mélibée, un dieu nous a donné ce repos. Car nous verrons toujours un dieu. Voici qu’un jeune homme, dont souvent nos autels fumeront, m’a dit : « Tityre, fait paître tes chèvres, tu peux reposer. »

MÉLIBÉE Pour moi, je fuis les bords de ma patrie. Toi, heureux, tu peux, dans l’ombre des bois sacrés, appeler les Muses. Ici, je ne puis que gémir : un soldat cruel a semé mes champs de pavots.

TITYRE Je ne cherche pas à connaître les causes de ton malheur. Mais je sais que Rome, la grande Rome, s’élève, et que nos champs sont perdus.

MÉLIBÉE Et moi, je m’en vais, loin des dieux, loin des autels. Je ne verrai plus ces collines où j’ai tant aimé. Adieu, patrie, adieu, champs que j’ai cultivés.

TITYRE Reste, Mélibée. Les bois sont pleins de fruits, les sources coulent claires. Ici, la paix règne.

MÉLIBÉE Non, Tityre, je dois partir. Les dieux m’ont abandonné. Je cherche un nouveau monde, où je pourrai oublier.



2. « Géorgiques – Livre II » (sur l’agriculture et la nature)

Lien vers le texte complet des Géorgiques (Wikisource)


Heureux celui qui a pu connaître les causes des choses, qui a foulé aux pieds les craintes, la mort, et le destin implacable ; heureux celui qui a su voir d’où vient le vent, d’où la pluie, d’où les orages, et pourquoi la lune s’éclipse, pourquoi le soleil se cache ! Mais toi, paysan, tu dois savoir quand tombera la pluie, quand le vent soufflera, quand il faudra semer ou moissonner.

Voici venir l’automne, et avec lui les vendanges. Déjà les grappes dorées pendent aux ceps, déjà le pressoir attend. Que le paysan se hâte, avant que les pluies ne pourrissent le raisin. Qu’il cueille les fruits mûrs, qu’il les porte au pressoir, et que le jus coule, rouge comme le sang des dieux.

L’hiver vient ensuite, saison des frimas et des neiges. Alors, le paysan se repose près du feu, il raconte les anciens exploits, il chante les dieux. Mais quand le printemps revient, quand la terre s’éveille, il faut retourner aux champs, il faut labourer, il faut semer.



« Énéide – Livre IV » ( la mort de Didon)

Lien vers le texte complet de l’Énéide (Wikisource)


Mais la reine, depuis qu’elle a vu les murs de Troie s’élever dans son palais, depuis qu’elle a entendu le nom d’Énée, elle brûle d’un feu secret. Elle erre dans la ville, comme une bacchante, elle ne peut plus se reposer. Elle s’arrête, elle pleure, elle se consume.

Enfin, elle appelle sa sœur Anne et lui avoue sa passion. « Anne, je le vois, je le confesse, depuis qu’Énée est entré dans mon palais, depuis qu’il m’a parlé, je ne suis plus la même. Je sens en moi une flamme qui me dévore. »

Mais Énée, obéissant aux dieux, quitte Carthage. Didon, abandonnée, maudit les Troyens, maudit les dieux, maudit sa propre folie. Elle fait dresser un bûcher, elle y place les armes d’Énée, et, d’un cœur brisé, elle se perce de l’épée.

Les flammes montent vers le ciel, les Carthaginois accourent, ils voient leur reine mourir. Un gémissement s’élève, comme un cri de mort.




« Énéide – Livre VI » (la descente aux Enfers)

Lien vers le texte complet de l’Énéide (Wikisource)


Énée, guidé par la Sibylle, descend dans les enfers. Il voit les ombres errer, il entend leurs gémissements. Il rencontre l’âme de Didon, qui se détourne, silencieuse. Il voit les criminels, les héros, les enfants morts avant l’âge.

Enfin, il arrive aux Champs Élysées, où les âmes heureuses vivent dans une lumière éternelle. Là, il rencontre son père Anchise, qui lui montre les âmes des futurs Romains, ceux qui feront la grandeur de Rome.

« Vois, dit Anchise, vois ces âmes qui attendent leur tour. Vois César, vois Auguste, vois les héros qui viendront après eux. C’est pour eux que tu dois fonder une ville, c’est pour eux que tu dois lutter. »

Énée, ému, contemple ces ombres glorieuses. Il sent en lui une force nouvelle, il sait désormais quel est son destin.




« Énéide – Livre I » ( la tempête et l’arrivée en Libye)

Lien vers le texte complet de l’Énéide (Wikisource)


Junon, irritée contre les Troyens, soulève une tempête. Les vents hurlent, les vagues se brisent contre les navires. Énée, sur le pont, lutte contre la mer déchaînée. Il voit ses compagnons périr, il voit ses vaisseaux se briser.

Enfin, Neptune apaise les flots. Énée et les siens arrivent en Libye, épuisés. Ils trouvent un port, une forêt, une source. Énée, reconnaissant, s’écrie : « Terre hospitalière, tu nous sauves ! »

Il organise un repas, il console ses compagnons. Il leur dit : « Nous avons souffert, mais nous sommes vivants. Les dieux nous ont épargnés pour une raison. Nous devons espérer. »



PRÉSENTATION



Vie et œuvre


Virgile (70–19 av. J.-C.), né à Mantoue, est le plus grand poète latin. Il a écrit trois œuvres majeures : les Bucoliques (poèmes pastoraux), les Géorgiques (poème sur l’agriculture), et l’Énéide (épopée nationale romaine). Protégé par Mécène et Auguste, il a su mêler mythe, histoire et poésie pour créer une œuvre intemporelle.


Thèmes clés

  • La nature et la campagne : Les Bucoliques et les Géorgiques célèbrent la vie rurale, les saisons, le travail de la terre.
  • Le destin et la fondation de Rome : L’Énéide raconte le voyage d’Énée, fuyant Troie, pour fonder Rome. C’est une épopée politique et mythique.
  • La souffrance et l’espoir : Virgile montre la douleur des hommes (exil, guerre, amour), mais aussi leur capacité à se relever.
  • Les dieux et le fatum : Les dieux interviennent constamment, guidant ou punissant les mortels.


Style et influence

Virgile écrit en hexamètres dactyliques, avec une langue à la fois simple et sublime. Son œuvre a influencé toute la littérature occidentale, de Dante à Hugo. Il est le poète de la mélancolie, de la grandeur, et de l’humanité.



BIBLIOGRAPHIE


  1. VirgileŒuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2021.
  2. VirgileLes Bucoliques, Les Belles Lettres, 2018.
  3. VirgileLes Géorgiques, Les Belles Lettres, 2019.
  4. VirgileL’Énéide, Gallimard, Folio classique, 2020.
  5. Sainte-BeuveÉtude sur Virgile, in Œuvres de Virgile, Garnier, 1859.
  6. Claudel, PaulPréface à l’Énéide, Gallimard, 1944.
  7. Grimal, PierreVirgile ou la Seconde Naissance, Arthaud, 1985.