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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

429 - ZOOM NERUDA

Pablo Neruda, voix monumentale du Chili et de l'Amérique latine, dont la poésie embrasse aussi bien l'intimité amoureuse que le destin des peuples.




Textes




Je t'aime pour t'aimer et non pour être aimé, puisque rien ne me réjouit autant que de te voir heureuse. Je t'aime comme on aime certaines choses obscures, secrètement, entre l'ombre et l'âme. Je t'aime comme la plante qui ne fleurit pas et porte en elle, cachée, la lumière de ces fleurs ; et grâce à ton amour vit obscur dans mon corps le dense parfum monté de la terre. Je t'aime sans savoir comment, ni quand, ni d'où, je t'aime simplement, sans problèmes ni orgueil : je t'aime ainsi parce que je ne sais pas aimer d'une autre manière, sinon ainsi, en cette forme où je ne suis pas et où tu n'es pas, si proche que ta main sur ma poitrine est mienne, si proche que tes yeux se ferment avec mon sommeil. https://www.poetryfoundation.org/poems/49236/one-hundred-love-sonnets-xvii








Je viens ici pour chanter. Pour vous qui n'avez pas de voix, je veux prêter la mienne. Pour vous qui avez été brisés dans les mines, pour vous qui avez été oubliés dans les champs de canne à sucre, pour vous qui avez construit les murs de pierre de Machu Picchu sans que vos noms ne soient gravés nulle part. Écoutez-moi : je suis né de vos douleurs, je suis le fils de vos mains calleuses et de vos espoirs trahis. Ma poésie est un fleuve qui charrie le sang des opprimés et la clarté des aurores futures. Je ne chante pas pour les salons de marbre, mais pour la poussière des routes et le fracas des vagues sur le Pacifique. L'Amérique est une terre qui dort, et je suis le cri qui vient la réveiller de son long sommeil colonial. https://www.archives.universalis.fr/pablo-neruda-chant-general/






Il meurt lentement celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n'écoute pas de musique, celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux. Il meurt lentement celui qui détruit son amour-propre, celui qui ne se laisse jamais aider. Il meurt lentement celui qui devient esclave de l'habitude, refaisant tous les jours les mêmes chemins, celui qui ne change jamais de repère, ne se risque pas à changer la couleur de ses vêtements ou ne parle pas à ceux qu'il ne connaît pas. Il meurt lentement celui qui évite la passion et son tourbillon d'émotions, celles qui redonnent de la lumière aux yeux et réparent les cœurs blessés. Évitons la mort à petites doses, en nous rappelant que d'être vivant demande un effort bien plus grand que le simple fait de respirer. https://www.franceculture.fr/emissions/la-chronique-de-christophe-andre/il-meurt-lentement





J'écris pour le peuple, même si je sais qu'il ne peut pas lire mes vers avec ses yeux de faim. J'écris pour que demain les enfants des mineurs aient des livres et des jardins. Ma maison est ouverte à tous les vents du monde, elle est pleine de coquillages, de masques et de souvenirs de mes voyages. Mais mon cœur reste à Isla Negra, face à la mer qui ne cesse de gronder et de nous raconter l'éternité. Je suis un poète d'utilité publique, un artisan des mots qui veut construire un toit de fraternité au-dessus de l'humanité. Tout est politique, même le parfum d'une rose ou la texture d'un oignon. Nous ne pouvons pas être heureux seuls tant qu'il y a un homme qui souffre dans l'ombre d'une prison ou sous le poids d'une injustice. https://www.nobelprize.org/prizes/literature/1971/neruda/lecture/




J'avoue que j'ai vécu. J'ai connu l'exil et les honneurs, l'amour fou et la solitude des ambassades. J'ai vu l'Espagne déchirée et le Chili s'éveiller à la liberté. Ma vie a été un torrent de passions, une quête incessante de la clarté à travers les ténèbres du siècle. Je ne regrette rien, ni mes erreurs ni mes colères, car tout a servi à forger l'homme et le poète que je suis. La poésie est une forme de résistance, une manière de ne pas céder au désespoir. Quand je ne serai plus là, cherchez-moi dans le vent des Andes ou dans l'écume de la mer. Je resterai vivant dans chaque cœur qui bat pour la justice et dans chaque main qui écrit un mot de tendresse. La vie est un miracle qui recommence à chaque instant, et j'ai eu la chance d'en être le témoin et le chantre. https://www.monde-diplomatique.fr/2004/07/L_HERITIER/11333




Présentation de l'auteur


Pablo Neruda, né Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto en 1904 et mort en 1973 à Santiago, est l'un des plus grands poètes de langue espagnole du vingtième siècle, lauréat du prix Nobel de littérature en 1971. Sa poésie, d'une fécondité prodigieuse, a traversé plusieurs phases : du lyrisme mélancolique de ses débuts (Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée) au surréalisme tourmenté de Résidence sur la terre, pour aboutir à une poésie épique et engagée avec le Chant général. Diplomate de carrière, sénateur communiste et ami de Salvador Allende, il a lié son destin à celui des peuples d'Amérique latine, luttant sans relâche contre l'impérialisme et pour la justice sociale. Sa mort, survenue quelques jours après le coup d'État de Pinochet, reste un symbole puissant de la fin d'une ère d'espoir démocratique.



Bibliographie


Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée, 1924. Résidence sur la terre, 1933-1935. Espagne au cœur, 1937. Chant général, 1950. Odes élémentaires, 1954. Cent sonnets d'amour, 1959. J'avoue que j'ai vécu (mémoires posthumes), 1974.




POÈMES



Poème XX Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Je l’aimais, et parfois elle aussi elle m’aima. En ces nuits j’ai tenu ses yeux dans mes mains et je les ai baisés tant de fois sous le ciel infini.

Elle m’aimait, parfois je le sais. En ces nuits j’ai dormi contre son âme pure comme contre un bras. Jamais je ne l’ai vue si loin de moi comme cette nuit.

(Lien vers le poème complet)


Poème XVIII Ici je t’aime. En ces nuits sombres, je t’ai tenue dans mes bras. J’ai baisé ton corps joyeux sous tes vêtements légers.

La grande étoile de l’eau s’est penchée sur nous. Les vagues ont battu nos pieds avec des fleurs froides. Un vent de lune a tourné autour de notre lit.

(Lien vers le poème complet)


Une chanson désespérée La terre est une femme et je suis son amant. Je l’ai embrassée dans les champs, dans les forêts, et j’ai dormi avec elle sous les étoiles.

Je l’ai aimée comme on aime une femme, avec la passion, la tendresse, la folie. Je l’ai aimée comme on aime une mère, avec la douceur, la gratitude, l’abandon.

(Lien vers le poème complet)


La Centaine d’amour Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où, je t’aime directement sans problèmes ni orgueil : ainsi j’aime parce que je n’ai pas d’autre choix.

Je t’aime parce que je ne sais pas t’aimer autrement. Je t’aime parce que je ne sais pas ne pas t’aimer. Je t’aime parce que je ne sais pas où tu es.

(Lien vers le poème complet)


L’Épée en flammes Je suis celui qui vient de loin, celui qui a vu la mort et la vie, celui qui a chanté la terre et la mer.

Je suis celui qui a marché dans les rues, celui qui a parlé aux ouvriers, celui qui a embrassé les femmes.

(Lien vers le poème complet)



PRÉSENTATION


Pablo Neruda, de son vrai nom Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto, est né en 1904 au Chili et mort en 1973. Il est l’un des plus grands poètes du XXe siècle, prix Nobel de littérature en 1971, connu pour son lyrisme ardent, son engagement politique, et sa célébration de l’amour et de la nature.

Ses recueils, comme Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée (1924), Résidence sur la terre (1935), et Le Chant général (1950), mêlent poésie intime et épopée historique, explorant les thèmes de la solitude, de la révolte, et de la solidarité. Neruda a également été diplomate et homme politique, s’engageant pour la justice sociale et la liberté.

Son style, marqué par une langue sensuelle et directe, utilise des métaphores puissantes et des rythmes incantatoires. Il est célèbre pour ses odes élémentaires, ses poèmes d’amour, et ses textes politiques, où il chante la beauté du monde et la lutte des peuples.


BIBLIOGRAPHIE


  • Pablo Neruda, Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, Éditions du Seuil, 1975.
  • Pablo Neruda, Le Chant général, Gallimard, 1977.
  • Pablo Neruda, Résidence sur la terre, Gallimard, 1973.
  • Pablo Neruda, La Centaine d’amour, Gallimard, 1985.
  • Pablo Neruda, J’avoue que j’ai vécu, Gallimard, 1974.