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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

420 - ZOOM ZUKOVSKY

Textes




L'œil est un instrument de mesure, un outil de précision qui ne doit jamais faillir. La poésie est une fonction de la vision, une manière de fixer l'objet dans sa clarté absolue. Je cherche la musique qui réside dans la structure même des choses, non celle qui vient se plaquer dessus comme un vernis inutile. Un poème doit être une construction solide, une architecture de mots où chaque syllabe a son poids et sa nécessité. Nous avons voulu que le vers soit un objet, quelque chose que l'on peut toucher avec l'esprit, une réalité matérielle qui s'ajoute au monde sans l'encombrer de sentiments vagues. La sincérité est la première règle : ne rien dire qui ne soit une perception directe, ne rien écrire qui ne soit une preuve de vie. L'objectivisme n'est pas une théorie froide, c'est une ferveur de la lucidité portée à son point d'incandescence. https://www.poetryfoundation.org/poems/46663/a-1





Tout est rythme, tout est mouvement, de la croissance de l'herbe au fracas des machines dans les usines de New York. J'ai voulu capturer cette pulsation universelle dans mon œuvre, en mêlant les voix de l'histoire, les théories économiques et les murmures de la vie domestique. La poésie est une forme de connaissance qui englobe tout ce qui existe. Il n'y a pas de séparation entre le travail et la pensée, entre le pain sur la table et la philosophie de Marx. Nous sommes les fils d'une époque qui exige une rigueur totale. Le langage doit être comme une lentille qui concentre la lumière sur le présent. Je cherche la ligne pure, l'accord parfait entre le son et le sens, cette transparence où l'idée devient un fait et le fait une musique. Ma plume est un burin qui grave la trace de notre passage sur la pierre du temps. https://www.bl.uk/collection-items/a-by-louis-zukofsky




Regardez comment la lumière joue sur les fils d'une toile d'araignée ou sur les rails d'un tramway à l'aube. C'est là que réside la véritable poésie, dans le détail infime qui révèle la structure de l'univers. J'ai passé ma vie à assembler ces fragments, à construire une œuvre qui soit un miroir de la complexité humaine. Le poète est un artisan du silence, un ouvrier de la forme qui doit savoir s'effacer derrière son ouvrage. La beauté est une résultante de la justesse. Si le vers est exact, si la perception est vraie, la beauté jaillit d'elle-même comme une étincelle. Nous n'avons pas besoin de décorations, la réalité nue est assez riche pour nourrir tous nos rêves. Il suffit d'apprendre à voir, d'apprendre à écouter le bruit du monde sans chercher à le domestiquer par nos habitudes de pensée.





L'histoire est un fleuve de paroles et de sang où nous naviguons avec nos frêles embarcations de papier. J'ai voulu que ma poésie soit un témoignage de cette traversée, une archive de la conscience à travers les siècles. De Bach à Spinoza, de la Grèce antique aux rues de Brooklyn, tout se rejoint dans l'instant du poème. L'objectivisme est cette capacité à tenir ensemble les morceaux épars de la réalité. C'est une éthique de l'attention. Nous sommes responsables de chaque mot que nous jetons dans l'arène. Il ne faut pas gaspiller le langage, cette ressource précieuse qui nous permet de rester humains. Chaque phrase est un choix moral, une manière de se tenir debout face au chaos et de dire : ceci est vrai, ceci existe, ceci est notre demeure commune dans l'espace infini. https://www.theguardian.com/books/2008/jul/12/zukofsky.poetry




Quand le livre se referme, il doit rester une vibration dans l'air, une clarté nouvelle dans le regard du lecteur. J'ai écrit pour ceux qui aiment la précision, pour ceux qui savent que la vérité est une conquête quotidienne. La poésie n'est pas un refuge, c'est un poste d'observation. Je pars vers le silence avec le sentiment d'avoir accompli ma tâche, d'avoir taillé mes pierres avec soin. Ma vie fut une suite de mesures, un calcul infini pour atteindre la justesse de ton. Ne cherchez pas en moi un homme, cherchez la structure qui me survit. Le reste n'est que poussière et rumeur. L'œuvre est là, solide comme une machine bien huilée, prête à fonctionner pour quiconque saura en actionner les leviers par la force de son attention et la ferveur de sa quête. https://www.britannica.com/biography/Louis-Zukofsky





Présentation de l'auteur


Louis Zukofsky, né en 1904 à New York et mort en 1978 en Floride, est le principal théoricien et la figure de proue du mouvement objectiviste. Fils d'immigrés juifs lituaniens, il a passé la majeure partie de sa vie à New York, où il a développé une poésie d'une complexité et d'une rigueur formelle exceptionnelles. Ami proche d'Ezra Pound et de William Carlos Williams, il a dirigé le célèbre numéro de la revue Poetry en 1931 qui a défini l'objectivisme. Son œuvre monumentale, intitulée A, commencée en 1928 et achevée en 1974, est une épopée de la conscience moderne, mêlant autobiographie, histoire, économie et musique. Zukofsky a cherché toute sa vie à atteindre une poésie qui soit une fonction de la vision et une musique de l'intellect, influençant durablement les générations de poètes expérimentaux.




Bibliographie


An "Objectivists" Anthology (direction), 1932. 55 Poems, 1941. A (publié par fragments à partir de 1948, édition complète en 1978). Bottom : On Shakespeare, 1963. All : The Collected Short Poems, 1923-1964, 1965. Prepositions : The Collected Critical Essays, 1967. 80 Flowers, 1978.