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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

309 - ZOOM BERNHARD

Ave Virgile (Extrait)

« Sur la terre de mes ancêtres, tout n'est que décomposition et silence. Virgile, j'ai marché dans tes pas pour ne trouver que des forêts de givre et des oiseaux qui crient leur désespoir. Le souvenir est un poison qui coule dans les veines, une musique de chambre pour les morts qui refusent de se laisser enterrer tout à fait. »

https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/Ave-Virgile


Sur la terre et en enfer (Extrait)

« Nous marchons sur des ossements, c'est cela, notre patrie. Chaque mot que je prononce est une pelletée de terre jetée sur mon propre cercueil. La mémoire est une maladie de l'esprit, un ressassement qui ne m'apporte aucune paix, seulement la certitude que tout est fini avant même d'avoir commencé. »

https://www.leshommessansepaules.com/auteur-Thomas_BERNHARD-535-1-1-0-1.html


Dans la forêt des mots (Extrait de In hora mortis)

« Seigneur, le vent noir souffle sur les sommets. Je suis seul avec ma haine et ma prière. Les mots ne sont que des insectes qui s'écrasent contre la vitre. Je cherche une vérité qui ne soit pas une insulte, une beauté qui ne soit pas un cadavre fardé. Mais le silence de la neige recouvre tout, et mon nom s'efface dans la blancheur absolue. »

https://www.monumenta.fr/thomas-bernhard-poesie-et-desespoir


Le voyage (Extrait de Événements)

« Partir, c'est simplement changer de solitude. Le train traverse des paysages de suie où les souvenirs brûlent comme de vieux journaux. On ne s'échappe jamais de soi-même, on transporte son enfer dans sa valise. La mémoire est ce train qui ne s'arrête jamais à la gare où l'on voudrait enfin descendre. »

https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/Evenements


Ainsi (Extrait de Sur la terre et en enfer)

« Ainsi se terminera la journée : par un goût de fer dans la bouche et l'obscurité qui s'installe dans la cuisine. J'ai dit ce que j'avais à dire, j'ai insulté ceux qu'il fallait insulter. Maintenant, je laisse la nuit faire son travail. Le poème est une porte que l'on claque au nez d'un monde qui n'a jamais su écouter. »



présentation


Thomas Bernhard (1931-1989) est le maître de la "provocation" littéraire. Son œuvre est un long monologue intérieur, marqué par l'art de l'exagération et de la répétition. Pour lui, la poésie (qu'il a pratiquée surtout entre 1957 et 1961) est une arme de défense contre le "mensonge autrichien" et la médiocrité de l'existence.

Sa poésie est sombre, hivernale, presque nihiliste, mais elle possède une puissance rythmique extraordinaire. Bernhard n'écrit pas pour plaire, mais pour débusquer la vérité derrière les apparences. La mémoire est chez lui un fardeau, une "machine à souffrir", mais aussi le moteur de son écriture : c'est en ressassant ses traumatismes qu'il parvient à créer cette musique unique, faite de colères et de beautés fulgurantes.



bibliographie


  • Bernhard, Thomas, Ave Virgile, traduction de Jean-Claude Hémery, Gallimard, coll. "Du monde entier", 1989.
  • Bernhard, Thomas, Sur la terre et en enfer, traduction de Jean-Claude Hémery, Gallimard, coll. "Du monde entier", 1991.
  • Bernhard, Thomas, In hora mortis, traduction de Jean-Claude Hémery, Gallimard, 1986.
  • Mittermayer, Manfred, Thomas Bernhard : une biographie, Le Seuil, 2013.
  • Chaniac, Sophie, Thomas Bernhard : le faire-part de la poésie, revue Europe, n° 959, 2009