La
page
blanche

Le dépôt

PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

111 - ZOOM HORACE

Horace (Quintus Horatius Flaccus), le maître de l'art de vivre, de la mesure et de la poésie lyrique latine, dont les préceptes continuent de façonner la pensée occidentale.


Carpe Diem (Odes, I, 11)

Ne cherche pas à savoir, il est interdit de le connaître, Quelle fin les dieux nous ont réservée, à moi comme à toi, Leuconoé, Et ne consulte pas les calculs babyloniens. Mieux vaut accepter tout ce qui doit advenir ! Que Jupiter t'accorde encore bien des hivers, ou que celui-ci soit le dernier, Lui qui fatigue aujourd'hui la mer Tyrrhénienne contre les rochers, Sois sage, filtre tes vins, et dans un espace si bref, Retranche tes longs espoirs. Tandis que nous parlons, Le temps jaloux s'est déjà enfui. Cueille le jour, sans te fier le moins du monde au lendemain.

Lien source : Odes d'Horace - Itinera Electronica


Le juste milieu (Odes, II, 10)

Tu vivras mieux, Licinius, en ne poussant pas toujours Ton navire en pleine mer, et en ne serrant pas de trop près, Par peur des tempêtes, le rivage périlleux. Celui qui chérit la règle d'or de la juste mesure (aurea mediocritas), Évite à coup sûr la misère d'un toit délabré, Et évite, dans sa sagesse, l'éclat d'un palais Qui ne ferait qu'attirer l'envie. C'est le pin immense qui est le plus souvent battu par les vents, C'est la tour la plus haute qui s'écroule avec le plus de fracas, Et c'est la foudre qui frappe les sommets des montagnes.

Lien source : Odes d'Horace - Méditerranées


Beatus Ille (Épodes, II)

Heureux celui qui, loin des affaires, Comme l'ancienne race des mortels, Cultive ses champs paternels avec ses propres bœufs, Libre de toute usure. Il n'est point réveillé par le clairon féroce du soldat, Il ne redoute pas la mer en colère, Il évite le forum et les seuils orgueilleux Des citoyens puissants. Il préfère marier les lianes adultes de la vigne Aux hauts peupliers, Ou contempler dans un vallon retiré Ses troupeaux mugissants qui s'égarent.

Lien source : Épodes d'Horace - Bibliotheca Classica Selecta


Exegi Monumentum (Odes, III, 30)

J'ai achevé un monument plus durable que l'airain, Plus haut que les pyramides royales, Que ni la pluie qui ronge, ni l'Aquilon impétueux Ne pourront détruire, ni la suite innombrable Des années, ni la fuite des temps. Je ne mourrai pas tout entier, et une grande part de moi-même Échappera à la déesse des funérailles. Je grandirai sans cesse, rajeuni par la gloire de l'avenir, Tant que le Pontife montera au Capitole Avec la vestale silencieuse.

Lien source : Odes d'Horace - Université de Louvain


L'Art Poétique (Épîtres, II, 3 - Extrait)

C'est ainsi que va la poésie : tel poème est comme un tableau (Ut pictura poesis) ; L'un te charmera davantage si tu le regardes de près, L'autre si tu t'en éloignes. Celui-ci préfère l'obscurité, celui-là veut être vu au grand jour, Car il ne redoute pas le regard pénétrant du juge. L'un n'a plu qu'une fois, l'autre plaira dix fois répété. [...] Le but du poète est d'être utile ou de plaire, Ou de dire à la fois ce qui amuse et ce qui sert à la vie. Il obtient tous les suffrages celui qui mêle l'utile à l'agréable.

Lien source : Art Poétique d'Horace - Philoctetes



Présentation


Horace est le poète de l'équilibre, de l'ironie fine et de la sagesse pratique. Contrairement au souffle épique de Virgile, son contemporain, Horace privilégie les formes brèves et ciselées. Son œuvre est un mélange unique de philosophie (mêlant épicurisme et stoïcisme) et d'observation sociale. Il a inventé des concepts devenus des piliers de la culture européenne : le Carpe Diem (profiter de l'instant présent), l'Aurea Mediocritas (le bonheur dans la modération) et l'Ut Pictura Poesis (l'analogie entre poésie et peinture). Son style se caractérise par une "curieuse félicité" (curiosa felicitas), un travail d'orfèvre sur les mots.


Biographie


Quintus Horatius Flaccus naît en 65 av. J.-C. à Vénose, dans le sud de l'Italie. Fils d'un esclave affranchi qui s'est sacrifié pour lui offrir la meilleure éducation à Rome puis Athènes, il combat d'abord dans le camp des meurtriers de César à Philippes. Pardonné, il revient à Rome ruiné mais commence à écrire. Il est remarqué par Virgile qui l'introduit auprès de Mécène, le grand protecteur des arts. Mécène lui offre une villa dans la Sabine, lui permettant de se consacrer à l'écriture loin du tumulte romain. Devenu le poète officiel de l'empereur Auguste (il compose le Chant Séculaire), il meurt en 8 av. J.-C., quelques mois seulement après son protecteur et ami Mécène.



Espace bibliographique


  • Satires (35 - 30 av. J.-C.) : Observations ironiques sur les mœurs de son temps.
  • Épodes (30 av. J.-C.) : Poèmes de jeunesse, plus agressifs et passionnés.
  • Odes (23 - 13 av. J.-C.) : Son chef-d'œuvre lyrique en quatre livres.
  • Épîtres (20 - 13 av. J.-C.) : Lettres philosophiques en vers, dont la célèbre Épître aux Pisons (Art Poétique).
  • Chant Séculaire (17 av. J.-C.) : Hymne commandé par Auguste pour les Jeux séculaires.