Le dépôt
377 - ZOOM ORELLI
Textes
Il n'y a pas de petite chose sous le ciel, seulement des regards trop pressés qui ne savent pas s'arrêter. Une pomme posée sur une table, l'ombre d'un oiseau qui traverse la cour, le bruit d'une faux que l'on aiguise au loin, tout cela est chargé d'un sens qui nous échappe si nous ne faisons pas silence. La poésie est une école de l'attention, une manière d'honorer le monde dans ses détails les plus fragiles. On croit que l'essentiel est dans les grands événements, alors qu'il se cache dans les interstices du quotidien, dans ces instants de rien où la vie semble se recueillir. Mon travail est de recueillir ces miettes de clarté, de les sauver de l'indifférence et de l'oubli. Un vers doit être précis comme un scalpel et doux comme une caresse, il doit révéler la nervure de la réalité sans la briser. https://www.viceversa-litterature.ch/author/518
La langue est un organisme vivant, une forêt pleine de rumeurs et de secrets. Quand j'écris en italien, je sens tout le poids et toute la richesse d'une tradition millénaire, mais je sens aussi la sève de mon terroir tessinois qui irrigue les mots. Il faut savoir jouer avec la langue, la bousculer parfois pour lui redonner sa fraîcheur originelle. Un mot n'est pas une étiquette morte, c'est une étincelle qui peut mettre le feu à l'imagination. J'aime la précision des noms techniques, le vocabulaire des artisans, la saveur des termes oubliés. Le poète est un philologue du sensible, celui qui cherche l'étymologie du monde à travers les sons et les rythmes. Chaque poème est une recherche d'équilibre entre la rigueur de la forme et la liberté de l'émotion, une architecture de cristal construite au-dessus du silence. https://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-direct-avec/3436034-giorgio-orelli.html
Le temps est un fleuve qui nous traverse et nous sculpte. Je regarde les visages de mes amis, les rues de Bellinzone, les montagnes qui m'entourent, et je vois partout les traces de son passage. Mais la poésie permet de remonter le courant, de retrouver sous la cendre des jours le feu intact de la jeunesse et de l'émerveillement. Nous sommes faits de souvenirs et d'oublis, une mosaïque de moments disparates que seul le chant poétique peut tenter d'unifier. La mort n'est pas une ennemie, c'est une limite qui donne son prix à la lumière du jour. Il faut apprendre à vivre avec elle, à l'intégrer dans notre quotidien avec une sorte de familiarité ironique. Ma poésie est un dialogue avec les absents, une façon de maintenir le lien avec ceux qui sont partis mais qui continuent de nous parler dans le frémissement des feuilles ou le reflet d'une vitre. https://www.letemps.ch/culture/giorgio-orelli-le-guetteur-de-bellinzone
Je marche dans la ville et je suis un guetteur. Je n'attends rien de particulier, je suis simplement là, disponible à ce qui advient. Un enfant qui joue, un vieillard qui attend le bus, une affiche qui se décolle, tout est matière à poème pour celui qui sait ne pas juger. La réalité est une énigme que l'on ne finit jamais de déchiffrer. On croit la posséder, et elle nous glisse entre les doigts comme du sable. Écrire, c'est tenter de fixer ce mouvement, de donner une forme à l'éphémère. C'est un exercice d'humilité, car nous savons que nos mots seront toujours en deçà de la splendeur ou de la détresse du monde. Mais il faut essayer, encore et encore, car c'est la seule façon de rester humain au milieu du tumulte et de la fureur. La poésie est une protestation de la vie contre tout ce qui veut la réduire au silence ou au néant. https://www.crefeco.org/display.php?fr/Revue28/15.html
Le silence final approche et je n'ai plus besoin de beaucoup de mots. Je voudrais que mes poèmes soient comme des cailloux blancs laissés sur un chemin de montagne, des points de repère pour ceux qui viendront après moi. Je n'ai pas cherché à bâtir un système ou à délivrer un message. J'ai simplement voulu être un témoin fidèle de ce que j'ai vu et ressenti. La vie est un mystère qu'il ne faut pas chercher à résoudre, mais à habiter avec ferveur et discrétion. Ma plume se repose enfin, mais mon regard reste ouvert sur ce monde que j'ai tant aimé, avec ses ombres et ses lumières, ses douleurs et ses joies. Que la poésie continue de vibrer dans le cœur des hommes, comme une petite cloche au loin dans la brume du soir, rappelant à chacun sa propre part de sacré et de mystère. https://www.bibliotheca-reveriana.ch/giorgio-orelli-le-maitre-du-tessin
Présentation de l'auteur
Giorgio Orelli, né en 1921 à Airolo et mort en 2013 à Bellinzone, est l'un des plus grands poètes suisses de langue italienne du vingtième siècle. Longtemps professeur de littérature italienne à l'École de commerce de Bellinzone, il a exercé une influence profonde sur la vie culturelle de son pays. Son œuvre poétique, marquée par une précision chirurgicale du regard et une économie de moyens exemplaire, s'inscrit dans la lignée de l'hermétisme italien tout en développant une voix singulière, attentive aux moindres froissements du quotidien et de la nature alpine. Traducteur de Goethe et de poètes français, essayiste et critique pénétrant, il a reçu de nombreuses distinctions prestigieuses, dont le Grand Prix Schiller et le Prix de la ville de Zurich, couronnant une vie dédiée à l'exigence de la forme et à la vérité du sentiment.
Bibliographie
L'ora del tempo, Mondadori, 1962. Sinopie, Mondadori, 1977. Spiracoli, Mondadori, 1989. Il ciclo di Bellinzona, Mondadori, 1995. Tutte le poesie, Mondadori, 2015 (posthume). Accertamenti verbali, Bompiani, 1978 (essais).