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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

281 - ZOOM ESCHYLE

'Eschyle, voici le zoom structuré sur celui que l'on considère comme le père de la tragédie occidentale. Sa poésie est une force de la nature, faite de mots comme des blocs de granit et d'images d'une intensité primitive.


textes




Agamemnon (Extrait du Chœur - La loi du savoir par la souffrance)


Zeus a ouvert aux mortels la voie de la sagesse ; il a posé comme loi souveraine : « Apprendre par la souffrance ». À la place du sommeil, une douleur qui se souvient du mal goutte devant le cœur, et la sagesse vient aux hommes malgré eux. C'est une grâce violente que nous font les dieux assis au gouvernail du ciel.

https://fr.wikisource.org/wiki/Agamemnon_(Eschyle,_trad._Leconte_de_Lisle





Prométhée enchaîné (Extrait du cri de Prométhée)


Éther divin, vents aux ailes rapides, sources des fleuves, rire innombrable des vagues marines, et toi, Terre, mère de tous les êtres, et toi, cercle du Soleil qui vois tout, je vous prends à témoin ! Voyez ce qu'un dieu fait souffrir à un dieu ! Regardez par quelles tortures je suis déchiré, et pour combien de milliers d'années ! Voilà le lien infâme que le nouveau maître des bienheureux a inventé contre moi. Hélas ! hélas ! je gémis sur le mal présent et sur le mal à venir.

https://fr.wikisource.org/wiki/Prométhée_enchaîné_(trad._Leconte_de_Lisle




Les Perses (Extrait de la plainte d'Atossa)


Ô nuit ténébreuse, quel songe tu m'as envoyé ! Il me semblait voir deux femmes richement parées, l'une vêtue à la mode perse, l'autre à la mode dorienne. Toutes deux luttaient entre elles. Mon fils Xerxès les saisit et les attela à son char. L'une portait fièrement le joug, mais l'autre se débattait, brisait l'attelage et renversait le char. Mon fils tombait, et son père Darius se tenait debout près de lui, plein de pitié.

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Perses_(trad._Leconte_de_Lisle




Les Euménides (Extrait du chant des Furies)


Chantons la danse terrible ! Chantons l'hymne qui lie les âmes, musique sans lyre, qui dessèche les mortels, qui égare l'esprit ! Car tel est le destin que la Parque nous a filé : poursuivre celui qui a souillé ses mains d'un sang fraternel, jusqu'à ce qu'il descende sous la terre. Et même mort, il n'est pas libre encore !

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Euménides_(Eschyle,_trad._Leconte_de_Lisle




Les Sept contre Thèbes (Extrait sur la cité assiégée)


La cité gémit sous les coups, le rempart tremble. L'homme tombe sous l'homme, le cri du nouveau-né se mêle au bruit des armes. Le pillage court dans les rues, le soldat rencontre le soldat, les mains vides cherchent les mains pleines. Tout est confusion, poussière et sang. C'est le destin des villes que les dieux abandonnent.

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Sept_contre_Thèbes_(trad._Leconte_de_Lisle



présentation


Eschyle (v. 525 - 456 av. J.-C.) est le premier des trois grands dramaturges athéniens. Soldat-poète, il a personnellement combattu à Marathon et à Salamine contre les Perses, des expériences qui irriguent son œuvre d'une connaissance intime de la guerre et du destin des empires. Sa langue est célèbre pour sa densité archaïque, ses métaphores audacieuses et ses néologismes puissants qui donnent à ses textes une dimension monumentale.

Il est l'innovateur qui a permis au théâtre de naître véritablement en introduisant le deuxième acteur, créant ainsi la possibilité du dialogue et du conflit dramatique indépendant du chœur. Sa vision est celle d'un monde régi par une justice divine implacable (la Dikè). Son chef-d'œuvre, l'Orestie, seule trilogie complète parvenue jusqu'à nous, décrit le passage de la loi du talion (la vengeance de sang) à la justice civique (le tribunal de l'Aréopage), marquant ainsi l'acte de naissance poétique de la démocratie et de la civilisation.



bibliographie


  • Eschyle, Tragédies complètes (Tomes I et II), traduction de Paul Mazon, Les Belles Lettres, collection Budé.
  • Eschyle, Théâtre complet, traduction de Victor-Henry Debidour, Le Livre de Poche, 1999.
  • Judet de La Combe, Pierre, L'Orestie d'Eschyle, Seuil, 2001.
  • Mazon, Paul, Eschyle, Les Belles Lettres, 1935 (ouvrage de référence sur la langue eschylienne).
  • Vernant, Jean-Pierre et Vidal-Naquet, Pierre, Mythe et tragédie en Grèce ancienne, Maspero, 1972.