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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

130 - ZOOM MALHERBE

POÈMES


1. « Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille »

(poème entier, 1599)


Ta douleur, Du Périer, sera donc éternelle, Et les tristes discours Que te met en l’esprit l’amitié paternelle L’augmenteront toujours ?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue Par un commun trépas Est-ce quelque dédale où ton âme perdue Ne trouve plus de pas ?

Elle était de ce monde, où les plus belles choses Ont le pire destin ; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L’espace d’un matin.

Au point du jour, à peine elle avait déployé Ses beaux yeux au soleil, Qu’elle a fermé sa paupière ensommeillée Sous un éternel sommeil.

Elle a vécu, cette enfant, et sa brève apparence A de quels fruits rempli ? Un souffle a tout emporté de sa vie naissante, Comme on éteint un lit.

Ainsi parmi les fleurs sa jeunesse a passé ; Ainsi, dans les beaux jours, De sa verte saison l’éclair a trépassé Comme un trait de nos yeux.

Ne vois-tu pas qu’au temps où la nature entière Sous l’effort du soleil Lève son front ridé de l’hiver dernier, Tout rit, tout se pare, tout reluit ?

Les bois se parent de feuilles, Les prés se couvrent de fleurs, Tout renaît, tout rit, tout s’éveille, Tout se pare de couleurs.

Mais parmi les beaux fruits que la saison nouvelle Nous offre en cet instant, Ta fille, en son printemps, comme une fleur belle, A vécu son printemps.

Ne pleure plus, mon ami, qu’elle ait fini sa course, Qu’elle ait quitté ce jour : La vie est un passage, et la mort n’est qu’un cours Qui nous mène au séjour.

Là où les justes vont, là où l’âme est délivrée De ses peines d’ici-bas, Là où la mort n’est plus qu’une douce ivrée, Et le trépas un pas.

Lire le poème complet sur Le Livre Scolaire.



2. « Ode à la Reine Marie de Médicis »

(poème entier, 1600)


Ô Reine, dont la main, d’un pouvoir souverain, Fait fleurir la paix dans un siècle guerrier, Et dont l’auguste front, couronné de laurier, Éblouit l’univers d’un éclat si serein,

Recevez ce tribut que mon cœur vous présente, Ce faible essor d’un esprit qui vous admire, Et qui, dans ses accents, chante votre empire, Votre gloire, et la France en sa prospérité.

Vous qui, par votre art, avez su dompter Les fureurs de la guerre et les flots de la discorde, Vous qui, d’un seul regard, savez tout réconcilier, Et faire en un instant ce que le temps n’accorde,

Permettez qu’un poète, en ses vers malhabiles, Célèbre vos vertus, vos grâces infinies, Et que, dans l’univers, vos louanges remplies Fassent retentir vos noms en mille villes.

Lire le poème complet sur Poésie française.



3. « Stances sur la mort de son fils »

(poème entier, 1627)


Mon fils, mon cher enfant, mon sang, mon bien, mon âme, Toi que j’ai tant aimé, que j’ai vu naître et grandir, Toi dont la perte cruelle a rompu mon cœur en deux, Comment puis-je survivre à ce coup si funeste ?

Tu étais la lumière qui éclairait mes jours, Mon espoir, ma joie, et le fruit de mes travaux ; Et maintenant, hélas ! je ne vois que des pleurs, Et mon âme en deuil n’a plus que des tombeaux.

Le ciel, en sa rigueur, m’a ravi ce que j’aime, Et m’a laissé vivant pour pleurer ton trépas. Ô destin implacable ! Ô fortune suprême Qui m’as fait voir la fin de mes plus doux appas !

Adieu, mon fils, adieu ! Ton corps est sous la pierre, Mais ton âme, je crois, vole au ciel avec les saints. Là, tu trouveras paix, bonheur, et lumière, Et moi, je resterai dans mes pleurs et mes plaintes.

Lire le poème complet sur Babelio.



4. « Les Larmes de Saint Pierre »

(extrait, 1587)


Ô Pierre, qui pleuras ton crime et ton offense, Et dont les pleurs ardents lavaient ta trahison, Toi qui, par trois fois, renias ton Maître en silence, Et dont le cœur brisé demanda pardon,

Tu sais combien le remords ronge et déchire, Combien la honte pèse et consume les jours, Quand l’âme, en son forfait, se voit et se retire, Et que le repentir n’a plus cours que d’amour.

Le coq chanta, et toi, dans la nuit solitaire, Tu sentis ton péché comme un glaive aigu, Et tes yeux, en pleurant, cherchaient la lumière Qui seule peut apaiser l’ardeur d’un feu si cru.

Lire le poème complet sur EspaceFrancais.



5. « Épigramme sur la mort de Henri IV »

(poème entier, 1610)

Henri, le grand, le bon, le père de son peuple, Le roi qui fit cesser les guerres civiles, Le roi qui, par sa main, rassembla nos villes, Et qui, par sa vertu, fit fleurir nos arts,

N’est plus. La mort, cruelle, a brisé son épée, Et la France, en pleurs, voit son plus grand appui Tomber sous le coup d’un sort qui nous effraie, Et qui nous laisse orphelins de son soutien.

Ô roi, dont la mémoire en nos cœurs est gravée, Dont les lois, les exploits, les vertus sont chantés, Reçois ce faible hommage, et que ton ombre aimée Trouve en nos vœux ardents un éternel été.

Lire le poème complet sur Wikipoèmes.



PRÉSENTATION


François de Malherbe (1555–1628) est une figure majeure de la poésie française du XVIIe siècle, souvent considéré comme le père du classicisme. Né à Caen, il a marqué la littérature par son rigueur linguistique, son art de la consolation, et son rôle de poète officiel sous Henri IV et Louis XIII. Son œuvre, à la fois solennelle et intime, a posé les bases de la poésie classique, en prônant la clarté, la mesure et la pureté de la langue. Malherbe a également influencé des générations de poètes, de Boileau à Racine, en insistant sur la précision et l’élégance du vers.



BIBLIOGRAPHIE

  • Les Larmes de Saint Pierre (1587)
  • Consolation à M. Du Périer (1599)
  • Odes (1600–1628)
  • Stances (1627)
  • Œuvres complètes (posthume, 1630)