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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

389 - ZOOM WANG WEI

Textes




Seul dans la forêt de bambous je joue de ma cithare et je chante à pleine voix. Personne ne m entend dans cette solitude profonde mais la lune vient me rendre visite à travers les feuillages. Le monde des hommes est loin avec ses bruits et ses ambitions inutiles. Ici le temps ne se mesure pas par les horloges mais par la chute des fleurs de cannelier et le passage des nuages sur le sommet du mont Zhongnan. Je ne cherche pas à expliquer le vide car le vide est ma demeure. Il suffit de s asseoir et de regarder les mousses vertes grimper sur les vieux murs pour comprendre que la paix n est pas une conquête mais un abandon. Le silence est la note la plus pure de ma musique et l ombre des arbres est mon vêtement le plus précieux. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5425048r




Le fleuve coule au-delà du ciel et de la terre et les montagnes prennent des couleurs changeantes entre le visible et l invisible. Je peins avec des mots ce que mes yeux ne peuvent retenir et je chante avec des couleurs ce que mon cœur éprouve. Dans le vallon des Magnolias les bourgeons s entrouvrent comme des lèvres qui s apprêtent à confier un secret. Personne ne passe par ici et pourtant la montagne est pleine de vie. Le cri d un oiseau dans le ravin profond rend le silence plus dense encore. Je suis le peintre du vide et du plein celui qui cherche l esprit des choses derrière leur apparence. Une tache d encre suffit à faire naître une forêt une ligne suffit à faire couler une rivière. Tout est un et tout est en moi comme je suis en tout. https://www.wdl.org/fr/item/7334/



J ai quitté ma charge officielle pour me retirer dans ma villa de la rivière Yi. Les fonctionnaires de la cour s inquiètent du protocole et de la faveur impériale tandis que je m inquiète de savoir si la pluie de ce matin a fait fleurir les lotus du bassin. À l âge mûr on aime la tranquillité et les affaires du monde ne nous touchent plus. Je n ai pas de plan pour l avenir et je ne regrette rien du passé. Le vent souffle dans les pins et fait flotter ma ceinture de lettré. Je rentre chez moi par le sentier des herbes folles et je demande au batelier de me mener vers l autre rive. La liberté est de n avoir plus rien à prouver à personne et de pouvoir contempler le coucher du soleil sans se demander ce que demain nous réserve. https://archive.org/details/poemsofwangwei00wanguoft





On dit que mes poèmes sont des peintures et que mes peintures sont des poèmes. C est vrai car il n existe pas de frontière entre le regard et la parole. Quand je regarde le désert je vois la fumée d un feu de camp monter toute droite dans l air immobile et le soleil rouge s enfoncer dans le grand fleuve. C est une image de l éternité que je tente de fixer sur la soie de mon esprit. La poésie est une méditation une façon de s harmoniser avec le souffle du Tao. Il faut savoir s oublier soi même pour devenir la montagne ou le ruisseau. Si mon pinceau est juste alors la pluie que je dessine mouillera le papier et le vent que je décris fera frissonner le lecteur. Le vrai poète est celui qui disparaît derrière son œuvre pour laisser la nature se révéler dans sa nudité originelle. https://www.gutenberg.org/files/239/239-h/239-h.htm




La vieillesse est une neige qui tombe sur ma tête et je sens que le temps de la grande séparation approche. J ai connu les palais de l Empereur et les cellules des moines bouddhistes et je sais que tout est illusion. La gloire n est qu un reflet sur l eau et la douleur n est qu un nuage qui passe. Je m assieds au bord de l eau et je regarde les nuages monter à l horizon. C est là que je veux rester immobile et silencieux jusqu à ce que mon souffle se mêle à la brise du soir. Ne cherchez pas de message dans mes vers voyez les simplement comme des fleurs de prunier éparpillées sur le sol après l orage. Je m en vais vers le pays de la non demeure là où il n y a plus ni mots ni images seulement la clarté pure d un esprit qui a trouvé son repos. https://www.ndl.go.jp/portrait/e/datas/318.html



Présentation de l auteur


Wang Wei, né en 699 et mort en 759, complète le triptyque des génies de la dynastie Tang avec Li Po et Du Fu. Artiste total, il fut à la fois poète, peintre de paysages et musicien de haut vol. Haut fonctionnaire à la cour impériale, sa vie fut marquée par une profonde piété bouddhiste qui l amena à se retirer fréquemment dans sa propriété de Wangchuan pour méditer. Son œuvre poétique est célèbre pour son calme contemplatif, son économie de mots et sa capacité unique à fusionner la poésie et la peinture. On dit de lui qu il y a de la peinture dans sa poésie et de la poésie dans sa peinture. Maître du paysage, il a su capter l essence spirituelle de la nature, faisant de son œuvre un chemin vers la sérénité et le détachement intérieur.



Bibliographie


Recueil des poèmes du lettré de la rivière Yi (Wang Youcheng Ji). Poésies de l époque Tang (Tangshi Sanshou). Recueil de la rivière Wang (Wangchuan Ji). Le mont Zhongnan. Vues d automne sur le fleuve.