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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

189 - ZOOM TRANSTRÖMER



Kyrie (extrait de Baltiques, 1974)


Parfois, ma vie ouvrait les yeux dans l’obscurité. Comme de voir passer dans les rues des foules aveugles et agitées, en route pour un miracle, alors qu’invisible, je restais à l’arrêt.

Un matin d’hiver, je me suis réveillé et j’ai vu la neige tomber sur la ville endormie. Les flocons étaient comme des lettres d’un alphabet inconnu, un message que je ne pouvais pas lire.

Je suis sorti dans la rue, j’ai marché jusqu’au parc, j’ai écouté le silence. Le vent soufflait entre les arbres, comme une voix qui murmure des mots que je ne comprends pas.

(Source : Les vrais voyageurs)





La Place sauvage (extrait, 1983)


Je me souviens d’un rêve : j’étais dans une forêt, et soudain, une clairière s’ouvrait, une place sauvage où personne n’était jamais venu.

Les arbres formaient un cercle, comme des gardiens silencieux. Au centre, il y avait une pierre plate, une table de pierre où rien n’était écrit.

Je me suis assis sur cette pierre, j’ai écouté le vent, j’ai attendu. Je ne sais pas ce que j’attendais, mais je savais que c’était important.

(Source : Universalis)




Haïkus (extrait de La Grande Énigme, 2004)


Un cerf dans la neige. Ses traces mènent vers la forêt, vers le silence.


La rivière gèle. Sous la glace, les poissons rêvent de l’été.


Le vent tourne les pages d’un livre abandonné sur un banc.


(Source : Babelio)



De la montagne (extrait de Baltiques, 1974)


Je me souviens de la montagne, de son sommet couvert de neige, de ses pentes où poussaient des fleurs sauvages.

Je me souviens du silence, du vent qui soufflait comme une respiration lente.

Je me souviens de la lumière, de cette clarté qui venait de nulle part, comme une bénédiction.

Je me souviens de moi, debout là-haut, petit et tremblant.

(Source : D’Ailleurs poésie)



Carillon (extrait de Pour les vivants et pour les morts, 1989)


Je me souviens des cloches, de leur voix grave et lente, qui appelaient les vivants et les morts.

Je me souviens des nuits d’été, quand le carillon sonnait, et que les étoiles brillaient comme des réponses à une question que personne n’avait posée.

Je me souviens de l’attente, de cette sensation que quelque chose allait arriver, que le monde allait changer.

(Source : Printemps des Poètes)



Présentation et style


Tomas Tranströmer est célèbre pour sa capacité à capturer l’essence des paysages nordiques, des saisons et des moments de silence intime. Ses poèmes, souvent courts et denses, mêlent une observation minutieuse du réel à une dimension métaphysique, explorant la frontière entre le visible et l’invisible, le dit et l’indicible. Son œuvre, influencée par la musique (il était aussi pianiste), se caractérise par un rythme précis et une économie de moyens qui en font une voix unique dans la poésie contemporaine. Après son AVC, ses poèmes deviennent encore plus épurés, comme dans La Grande Énigme, où il utilise la forme du haïku pour exprimer l’essentiel.


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Bibliographie sélective


  • Poésie : Dix-sept poèmes (1954), Accords et Traces (1966), Visions nocturnes (1970), Sentiers (1973), Baltiques (1974), La Barrière de vérité (1978), La Place sauvage (1983), Pour les vivants et pour les morts (1989), Funeste Gondole (1996), La Grande Énigme (2004).
  • Prose : Les Souvenirs m’observent (1993, autobiographie).

En français :

  • Baltiques et autres poèmes (trad. Jacques Outin, Le Castor Astral, 1989).
  • Œuvres complètes 1954–2004 (trad. Jacques Outin, Gallimard, 2004).

Sources :