Le dépôt
321 - ZOOM BLANDIANA
Ma patrie
Une patrie de chair,
Une patrie de mots,
Où le silence est plus lourd
Que les montagnes de pierre.
C’est ici que j’ai appris
Que la liberté est un oiseau
Qui ne chante que lorsqu’il meurt,
Et que le sang est une encre
Qui n’écrit que sur la neige.
https://ro.wikisource.org/wiki/Patria_mea
Tout
Feuilles, mots, larmes, Boîtes de conserves, chats, Parfois des tramways, parfois des files d'attente, Des poèmes que personne ne lit, Des drapeaux qui ont oublié leur couleur, Tout ce qui bouge sans avancer, Tout ce qui espère sans croire, Tout ce qui existe sans être, C'est le portrait de mon pays Peint avec de l'eau sur de la poussière. https://ro.wikisource.org/wiki/Tot
L'église
Je suis entrée dans l'église pour prier
Mais les saints avaient les yeux bandés.
Ils ne voulaient pas voir le sang sur les murs,
Ils ne voulaient pas entendre les cris dans la rue.
Alors j'ai compris que Dieu
Était lui aussi un prisonnier,
Enfermé derrière des grilles d'or
Par ceux qui prétendent le servir.
https://ro.wikisource.org/wiki/Biserica
Les parents
Nous sommes les parents de nos parents, Nous les portons sur nos dos comme des enfants fatigués, Nous leur apprenons à nouveau les mots simples, Nous leur expliquons pourquoi le soleil se couche. Et dans leurs yeux qui s'éteignent doucement, Nous lisons notre propre futur, Une sorte de répétition générale Avant la grande solitude. https://ro.wikisource.org/wiki/P%C4%83rin%C5%A3ii
Prière
Ne me laisse pas devenir une statue, Ne me laisse pas durcir dans la pierre de la gloire. Laisse-moi rester vulnérable comme l'herbe, Fragile comme la lumière du matin. Car seul celui qui peut se briser Peut encore aimer, Et seul celui qui peut mourir Est vraiment vivant. https://ro.wikisource.org/wiki/Rug%C4%83ciune
Présentation
Ana Blandiana occupe une place unique dans la littérature roumaine, alliant une pureté lyrique presque fragile à une force de résistance morale inébranlable. Sa carrière est marquée par plusieurs périodes d'interdiction de publication sous le régime communiste, notamment à cause de ses poèmes subversifs qui utilisaient la métaphore pour dénoncer l'oppression et la dégradation de l'âme humaine.
Son esthétique repose sur une recherche de transparence et de vérité. Elle explore des thèmes comme la vulnérabilité face à l'histoire, la culpabilité collective et la relation mystique avec la nature. Pour Blandiana, la poésie n'est pas un simple exercice esthétique, mais un acte de témoignage et de survie. Son style est épuré, refusant les artifices pour se concentrer sur l'image juste. Après 1989, elle est devenue une figure centrale de la mémoire civile en Roumanie, fondant le Mémorial des Victimes du Communisme, ce qui prolonge son œuvre poétique dans une dimension concrète et éthique de préservation de l'histoire.
Bibliographie
Blandiana, Ana. Première personne du pluriel (Întâia persoană plural). Éditions de la Jeunesse, 1964. https://www.printrecarti.ro/6100-ana-blandiana-intaia-persoana-plural.html
Blandiana, Ana. L'œil de grillon (Ochiul de greier). Éditions Albatros, 1981. https://www.anticariat.net/blandiana-ana-ochiul-de-greier
Blandiana, Ana. Clair de mort. Traduction de Gérard Bayo, Éditions Librairie Bleue, 1991. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35489060g
Blandiana, Ana. Autrefois les arbres avaient des yeux. Traduction de Luiza Palanciuc, Éditions de la Différence, 2005. https://www.ladifference.fr/Autrefois-les-arbres-avaient-des.html
Simion, Eugen. Les écrivains roumains d'aujourd'hui (Scriitori români de azi). Éditions Cartea Românească, 1978. https://www.humanitas.ro/humanitas/scriitori-romani-de-azi-vol-ii