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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

385 - ZOOM FAIZ

Textes



Ne demande pas, mon amour, l'amour que j'avais autrefois. Je croyais que la vie était lumineuse seulement parce que tu étais là, que ta douleur était la seule douleur et que ton amour était le seul remède aux tourments du monde. Je pensais que le printemps ne fleurissait que par ton regard. Mais ce n'était qu'une illusion de jeunesse. Il y a d'autres souffrances dans ce monde que celle de l'amour, d'autres plaisirs que celui de l'étreinte. Des corps vendus sur les marchés, couverts de poussière et de sang, des maladies qui rongent les os dans le silence des ruelles sombres. Le monde est bien plus vaste et cruel que notre petit secret. C'est pourquoi, même si tu es toujours aussi belle, je ne peux plus t'aimer comme avant, car mon cœur appartient désormais à ceux qui n'ont rien. https://www.dawn.com/news/1163456







Parle, car tes lèvres sont encore libres. Parle, car ta langue est encore à toi. Ton corps est droit, parle tant qu'il a encore une âme. Regarde comment dans l'atelier du forgeron les flammes sont rouges et le fer devient liquide, comment les verrous des chaînes s'ouvrent et comment chaque anneau se brise. Le peu de temps qu'il nous reste avant la mort du corps est suffisant pour dire la vérité. Parle, car la vérité est encore vivante. Ne laisse pas le silence t'étouffer comme un linceul de plomb. Chaque mot que tu prononces est une pierre jetée dans le jardin des tyrans, une étincelle qui peut mettre le feu à la nuit. La liberté ne se donne pas, elle s'arrache par le cri de ceux qui refusent de plier les genoux devant l'injustice. https://www.poetryfoundation.org/poets/faiz-ahmed-faiz




C'est ainsi que le matin de la liberté est arrivé, ce matin tant attendu, mais regardez comme il est taché de sang, comme il est couvert de poussière. Ce n'est pas l'aurore que nous cherchions, ce n'est pas cette clarté pour laquelle nous avons sacrifié nos nuits et nos frères. Nous pensions que la fin du voyage apporterait le repos, que la blessure de la séparation serait enfin guérie. Mais le ciel est toujours sombre et le cœur est toujours lourd. Le fardeau de la nuit n'a pas encore quitté nos épaules. Où est passée la brise qui devait nous apporter le parfum de la délivrance ? Le voyage n'est pas fini, mes amis, la destination est encore loin. Ne vous laissez pas tromper par cette fausse lumière, continuez de marcher car le vrai matin est encore caché derrière la montagne des larmes.

Si vous voulez me mettre en prison, mettez-moi, mais sachez que ma pensée ne connaît pas de murs. Si vous voulez enchaîner mes mains, faites-le, mais vous ne pourrez jamais enchaîner le rythme de mes vers. Chaque goutte de mon sang qui tombe au sol deviendra une rose, chaque soupir que je pousse deviendra une tempête. Le poète n'a pas peur de la cellule obscure car il porte en lui la lumière de tout son peuple. La solitude est ma compagne et le silence mon encre. Vous croyez m'isoler du monde, mais je n'ai jamais été aussi proche de l'humanité qu'entre ces quatre murs de pierre. Chaque douleur que je ressens est une note de musique qui s'envole vers le ciel pour crier votre infamie. La tyrannie est une ombre qui passe, mais la poésie est un soleil qui ne se couche jamais. https://www.bbc.com/news/world-asia-12431057




Apporte-moi le vin de la révolte, celui qui brûle la gorge et réveille l'esprit. Je veux boire à la santé des humiliés, de ceux qui n'ont pas de nom et qui pourtant portent le monde sur leurs dos courbés. Je veux chanter la gloire des mains calleuses et des pieds nus qui marchent vers l'avenir. La religion n'est pas dans les temples de marbre mais dans le partage du pain, la prière n'est pas dans les mots creux mais dans le combat pour la justice. Ne me parlez pas de paradis dans l'au-delà alors que l'enfer est ici sur terre pour la majorité des hommes. Mon Dieu est celui qui pleure avec les opprimés et qui se bat avec les révoltés. Ma foi est une flamme qui refuse de s'éteindre, un chant d'amour universel qui embrasse chaque être humain par-delà les frontières de haine. https://www.theguardian.com/books/2011/feb/11/faiz-ahmed-faiz-centenary



Présentation de l'auteur


Faiz Ahmed Faiz, né en 1911 à Sialkot et mort en 1984 à Lahore, est le plus grand poète ourdou du vingtième siècle et une figure de proue de la littérature engagée. Intellectual marxiste et journaliste engagé, il a passé plusieurs années en prison au Pakistan pour ses convictions politiques. Son œuvre réussit l'alliance rare entre la forme classique du ghazal persan et les préoccupations sociales et révolutionnaires modernes. Chantre de la liberté et de la justice, il a su transformer la douleur personnelle en une plainte universelle pour tous les opprimés de la terre. Traduit dans de nombreuses langues et nominé plusieurs fois pour le prix Nobel de littérature, Faiz reste aujourd'hui une icône culturelle et morale immense dans tout le sous-continent indien et au-delà.


Bibliographie


Naqsh-e-Faryadi (Traces de lamentations), 1941. Dast-e-Saba (La main du vent), 1953. Zindan-Nama (Le livre de la prison), 1956. Dast-e-Tah-e-Sang (La main sous la pierre), 1965. Sar-e-Wadi-e-Sina (Au sommet de la vallée du Sinaï), 1971. Nuskha-Hai-e-Wafa (Les versions de la fidélité), 1984.