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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

106 - ZOOM VEINSTEIN

TEXTES




« L’Introduction de la pelle » Extrait, poèmes 1967–1989)


Lien vers L’Introduction de la pelle (Poezibao)


Je suis un scribe, un copiste, un homme qui note ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il sent, un homme qui cherche les mots comme on cherche des pierres au fond d’une rivière.

Je me souviens d’un accident dans une lecture d’enfance, un mot qui a blessé, un mot qui a marqué, un mot qui ne s’efface pas.

Je veux écrire un récit aussi compact qu’un pavé, aussi lourd qu’un silence, aussi léger qu’un souffle, un récit qui tiendrait dans la paume de la main.



« À n’en plus finir » (extrait, récit poétique)

Lien vers À n’en plus finir (Seuil)


Je suis né dans une maison abandonnée, une dépouille, un lieu sans mémoire. Je lui en veux de m’avoir donné la vie, et pas le meilleur de la vie. Je lui en veux d’avoir fait de l’effroi mon unique chez-moi.

Je ne pouvais pas parler, alors j’ai commencé à écrire. J’ai écrit ce que j’avais sous les yeux, sous la main, ce qui me brûlait, ce qui me glaçait.

Avec l’aide de ces mots, j’allais vers l’inconnu, comme si je ne connaissais pas la fin déjà écrite.



« Le développement des lignes » (extrait )

Lien vers Le développement des lignes (Babelio)


Je ne sais plus ce que j’écris, j’ai l’impression que ce n’est pas de la poésie. C’est peut-être une danse, une façon de fuir, une façon de rester.

Je me souviens des cris, des nuits longues comme des chemins, des enfants qui couraient comme des chevaux emballés.

Je me souviens de l’amour, celui dont on rêve, celui qu’on a perdu, celui qui ne revient pas.




4. « Cent quarante-quatre signes » (extrait)

Lien vers Cent quarante-quatre signes (Babelio)


Je cherche un mot, un seul mot, pour dire ce qui ne se dit pas.

Je cherche une ligne, une seule ligne, pour tracer ce qui ne se voit pas.

Je cherche un signe, un seul signe, pour marquer ce qui ne s’efface pas.




« Un excès rentré » (extrait, L’Introduction de la pelle)

Lien vers L’Introduction de la pelle (Poezibao)


Dans ces scènes de violence, les cris sont étouffés, comme si nous étions de l’autre côté, comme si nous n’étions pas là.

Les personnes disparues s’immobilisent, leurs voix s’éteignent, leurs visages s’effacent.

Je note ce qui reste, ce qui ne reste pas, ce qui ne revient pas, ce qui ne part pas.




PRÉSENTATION


Vie et œuvre

Alain Veinstein (né en 1942) est un poète, écrivain et producteur radio français. Il a animé des émissions emblématiques sur France Culture (Nuits magnétiques, Surpris par la nuit, Du jour au lendemain). Son œuvre poétique, marquée par une écriture à la fois limpide et obscure, explore les thèmes de l’origine, de la mémoire, de l’écriture, et de la disparition. Il a reçu le prix Mallarmé en 2001 et le prix de la langue française en 2010.


Thèmes clés

  • L’écriture comme survie : Veinstein écrit pour dire l’indicible, pour tracer des lignes entre le silence et le cri.
  • La mémoire et l’oubli : Ses textes sont hantés par les souvenirs, les absences, et les traces effacées.
  • La poésie comme danse : Il mêle récit, poésie, et fragments, créant une œuvre à la fois narrative et lyrique.
  • La radio et la voix : Son expérience radiophonique influence son écriture, faite de rythmes, de silences, et de dialogues intérieurs.


Style et influence

Alain Veinstein écrit une poésie narrative, où chaque mot est pesé, chaque ligne est une tentative de dire l’essentiel. Son œuvre, souvent qualifiée de « poésie de l’instant », influence la littérature contemporaine par sa capacité à mêler intimité et universalité.


BIBLIOGRAPHIE

  1. Veinstein, AlainL’Introduction de la pelle, Seuil, 2014.
  2. Veinstein, AlainÀ n’en plus finir, Seuil, 2018.
  3. Veinstein, AlainLe développement des lignes, Seuil, 2012.
  4. Veinstein, AlainCent quarante-quatre signes, P.O.L, 1997.
  5. Veinstein, AlainUn seul jour, un jour, Seuil, 2016.
  6. Veinstein, AlainL’Intervieweur, Seuil, 2010.
  7. Veinstein, AlainDancing, Seuil, 2006.