Le dépôt
153 - ZOOM CHEDID
Andrée Chedid (1920-2011). Née au Caire, d'origine libanaise et syrienne, elle s'installe à Paris en 1946. Son œuvre, immense et solaire, embrasse la poésie, le roman et le théâtre. Elle est la poétesse de la "fraternité de vivre", cherchant sans cesse à relier les êtres, les cultures et les époques. Sa langue est une quête d'essentiel, une lutte contre la mort et l'indifférence par la célébration de l'humain.
I. Destination : l'Homme
Je ne suis pas d’ici, je ne suis pas d’ailleurs, Je suis de cette terre où l’homme se cherche encore. Je porte en moi le Nil, le sable et la chaleur, Et ce désir de vie qui brave tous les morts.
Peu importe la langue, la peau ou le pays, Si nos cœurs battent ensemble le rythme du présent. Nous sommes les passagers d'un monde inabouti, Mais riches de l'espoir qui nous rend plus vivants.
Source : Andrée Chedid, Textes pour un poème, Éditions Flammarion
II. L'Espérance
L’espérance n’est pas une fleur de serre, C’est une herbe sauvage qui pousse entre les pierres. Elle n’a pas besoin de terreau ou de prière, Seulement d’un peu d’air et d’un peu de lumière.
Elle résiste au vent, elle brave la tempête, Elle renaît toujours quand on la croit défaite. C’est la force du monde, sa secrète conquête, Le chant de l’univers qui jamais ne s’arrête.
Source : Andrée Chedid, Poèmes choisis, coll. « Poésie/Gallimard »
III. Rythmes
Rythme des saisons, rythme des marées, Rythme du sang qui coule dans nos veines serrées. Tout est mouvement, tout est danse sacrée, Dans ce grand corps du temps où nous sommes ancrés.
Ne cherche pas le fixe, ne cherche pas l'arrêt, Laisse-toi emporter par le flux de l'attrait. Chaque battement d'aile, chaque souffle discret, Est un fragment de vie qui livre son secret.
Source : Andrée Chedid, Rythmes, Éditions Flammarion
IV. Visage
Ton visage est un livre où je lis l'univers, Avec ses jours de fête et ses hivers amers. J'y vois passer l'histoire et ses chemins divers, Et cette soif de paix qui traverse nos vers.
Chaque ride est un fleuve, chaque regard un ciel, Où se mire la part de notre essentiel. Nous sommes différents, mais le sel est pareil, Sous le même brasier du grand et seul soleil.
Source : Sélection Andrée Chedid, Le Printemps des Poètes
V. Territoires du souffle
Le souffle est ma patrie, le verbe mon domaine, Je n'ai pas de frontières que mon cœur ne franchisse. Je marche sur les ponts où la douleur s'enchaîne, Pour y semer le grain d'un nouvel exercice.
Être, c'est s'élancer, c'est refuser le vide, C'est bâtir en plein vent des demeures de feu. La vie est une audace, une soif insatiable, Qui nous rend, pour un soir, les égaux de nos dieux.
Source : Andrée Chedid, Territoires du souffle, Éditions Flammarion
Présentation
Andrée Chedid incarne une poésie de la "réconciliation".
- L'humanisme universel : Marquée par ses origines multiples, elle refuse les clivages. Sa poésie est un pont jeté entre l'Orient et l'Occident.
- Le dialogue des arts : Sa poésie est très visuelle et rythmique. Elle a collaboré avec des peintres et sa plume possède une musicalité qui a inspiré de nombreux artistes (dont son petit-fils, le musicien -M-).
- La résistance par la vie : Face aux guerres (notamment celle du Liban qu'elle a longuement pleurée dans ses romans et poèmes), elle oppose la force de la parole et la "fête des vivants". Elle ne nie pas la souffrance, elle la transcende.
Bibliographie
1. Œuvres poétiques majeures
- Textes pour un poème (1949-1970), Flammarion.
- Rythmes (2002), Flammarion.
- Poèmes choisis, coll. « Poésie/Gallimard ». (L'anthologie la plus accessible).
2. Romans et théâtre (en lien avec son souffle poétique)
- Le Sommeil de l'délivré (1952), Flammarion.
- Le Sixième Jour (1960), Flammarion.
- L'Autre (1969), Flammarion.
3. Études de référence
- Carmen Boustani, Andrée Chedid, l'écrivaine de l'humanisme, Éditions Flammarion.
- Jean-Pierre Castellani, Andrée Chedid, collection « Poètes d'aujourd'hui », Seghers.