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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

449 - ZOOM DYLAN (Rough and Rowdy Ways) + IT'S ALRIGHT, MA (I'M ONLY BLEEDING) (65)

ROUGH AND ROWDY WAYS - FAÇONS TAPAGEUSES ET GROSSIÈRES




MEURTRE DES PLUS ABOMINABLES


C'était un jour sombre à Dallas, en novembre 1963 

Un jour qui restera marqué par l'infamie. 

Le président Kennedy était au sommet de sa gloire. 

Un bon jour pour vivre et un bon jour pour mourir. 

Conduit à l'abattoir comme un agneau sacrificiel, il a dit :

 « Attendez une minute, les gars, vous savez qui je suis ? » 

« Bien sûr que oui, nous savons qui vous êtes. » 

Puis ils lui ont fait sauter la tête alors qu'il était encore dans la voiture. 

Abattu comme un chien en plein jour.

C'était une question de timing, et le timing était parfait.

Vous avez des dettes impayées, nous savons qui vous êtes.

« Bien sûr que oui, nous savons qui vous êtes. »

Puis ils lui ont fait sauter la tête alors qu'il était assis dans la voiture.

Abattu comme un chien en plein jour.

C'était une question de timing, et le timing était parfait.


Vous avez des dettes impayées, nous sommes venus les récupérer. Nous allons vous tuer avec haine, sans aucun respect. Nous allons rire de vous, vous choquer et vous le faire savoir. Nous avons déjà quelqu'un pour prendre votre place.


Le jour où ils l'ont tué, quelqu'un m'a dit :

« Mon fils, l'ère de l'Antéchrist est unique. »

Air Force One franchit la porte.

Johnson prête serment à 14 h 38.

Fais-moi savoir quand tu décideras de jeter l'éponge.

C'est comme ça, et c'est un meurtre des plus odieux.


Quoi de neuf, minou ? Qu'est-ce que j'ai dit ? 

J'ai dit que l'âme d'une nation avait été déchirée 

Et qu'elle commençait à se décomposer lentement 

Et que cela faisait trente-six heures que le Jour du Jugement dernier était passé

Wolfman Jack, il parle en plusieurs langues 

Il continue encore et encore à pleins poumons 

Joue-moi une chanson, M. Wolfman Jack 

Joue-la pour moi dans ma longue Cadillac 

Joue-moi « Only the Good Die Young »

Emmène-moi là où Tom Dooley a été pendu 

Joue « St. James Infirmary » et « Battle of New Orleans » 

Je ne veux rien enlever, ne rajoute rien 

Joue-la maintenant, joue-la pour moi tant que je suis encore en vie 

Joue-la avec « Moonlight Sonata »

Joue « The Great Pretender » des Platters 

Joue-la pour moi et baisse le volume 

Joue-la encore et encore et encore 

Joue « The Great Pretender » 

Je vais te tirer dessus avec une balle en plomb 

Je vais te tirer dessus avec une balle en plomb 

Joue « I'm a Fool to Want You » de Billie Holiday 

Tout le chemin de Dallas à la côte du New Jersey 

Joue « I'm a Fool to Want You » et « I'm a Fool to Want You » 

Joue-la pour moi tout de suite 

Tu m'as accroché, tu m'as accroché 

Joue « Love Me or Leave Me » du grand Bud Powell 

Joue « Love Me or Leave Me » et puis arrête

Joue « Dixie », joue « Pat Garrett and Billy the Kid » Joue « My Darling Clementine » et mets-moi au lit Joue « Blood Stained Banner », joue « Stella by Starlight » Joue « Love Me Tender » et « Night We Called It a Day » N'oublie pas de jouer « What a Wonderful World » Joue-la pour moi, monsieur, joue-la encore Joue « Art Pepper » et « Thelonious Monk » Joue « Birdland » et « Misty » et « Serenade in Blue » Joue « On the Street Where You Live » et « It Had to Be You » Joue « It Had to Be You » juste parce que je suis tellement amoureuse de toi


Le jour où ils l'ont tué, quelqu'un m'a dit : « Fiston, l'ère de l'Antéchrist vient d'être inaugurée. » Chut, les enfants, vous comprendrez bientôt. Les Beatles arrivent, ils vont vous tenir la main. Glissez sur la rampe d'escalier, allez chercher votre manteau. Traversez la Mersey et foncez. Trois clochards arrivent, vêtus de haillons. Ramassez les morceaux et baissez les drapeaux. Je vais à Woodstock, c'est l'ère du Verseau. Puis j'irai à Altamont et je m'assiérai près de la scène. Sortez la tête par la fenêtre, laissez les bons moments rouler. Il y a une fête derrière le Grassy Knoll.





MURDER MOST FOUL


‘Twas a dark day in Dallas, November ’63 A day that will live on in infamy President Kennedy was a-riding’ high Good day to be living and a good day to die Being led to the slaughter like a sacrificial lamb He said, “Wait a minute, boys, you know who I am?” “Of course we do, we know who you are” Then they blew off his head while he was still in the car Shot down like a dog in broad daylight Was a matter of timing and the timing was right


You got unpaid debts, we’ve come to collect We’re gonna kill you with hatred, without any respect We’ll mock you and shock you and we’ll put it in your face We’ve already got someone here to take your place

The day that they killed him, someone said to me, “Son The age of the Antichrist has just only begun” Air Force One coming in through the gate Johnson sworn in at 2:38 Let me know when you decide to throw in the towel It is what it is, and it’s murder most foul


What’s new, pussycat? What’d I say? I said the soul of a nation been torn away And it’s beginning to go into a slow decay And that it’s thirty-six hours past Judgment Day Wolfman Jack, he’s speaking in tongues He’s going on and on at the top of his lungs Play me a song, Mr. Wolfman Jack Play it for me in my long Cadillac Play me that “Only the Good Die Young” Take me to the place Tom Dooley was hung Play “St. James Infirmary” and the “Battle of New Orleans” Don’t want to take nothing out, put nothing back in Play it now, play it for me while I’m still alive Play it together with “Moonlight Sonata”


Play “The Great Pretender” by the Platters Play it for me and turn the volume down Play it again and again and again Play that “The Great Pretender” I’m going to shoot you with a lead ball I’m going to shoot you with a lead ball Play “I’m a Fool to Want You” by Billie Holiday All the way from Dallas to the Jersey Shore Play “I’m a Fool to Want You” and “I’m a Fool to Want You” Play it for me right now You’ve got me hooked, you’ve got me hooked Play “Love Me or Leave Me” by the great Bud Powell Play “Love Me or Leave Me” and then stop


Play “Dixie,” play “Pat Garrett and Billy the Kid” Play “My Darling Clementine” and put me to bed Play that “Blood Stained Banner,” play “Stella by Starlight” Play “Love Me Tender” and the “Night We Called It a Day” Don’t forget to play “What a Wonderful World” Play it for me, mister, play it again Play “Art Pepper” and “Thelonious Monk” Play “Birdland” and “Misty” and “Serenade in Blue” Play “On the Street Where You Live” and “It Had to Be You” Play “It Had to Be You” just because I’m so in love with you


The day that they killed him, someone said to me, “Son The age of the Antichrist has just only begun” Hush, little children, you’ll understand The Beatles are comin’, they’re gonna hold your hand Slide down the banister, go get your coat Ferry ‘cross the Mersey and go for the throat There’s three bums comin’ all dressed in rags Pick up the pieces and lower the flags I’m goin’ to Woodstock, it’s the Aquarian Age Then I’ll go to Altamont and sit near the stage Put your head out the window, let the good times roll There’s a party going on behind the Grassy Knoll



PRÉSENTATION


Murder Most Foul est la pièce maîtresse du deuxième disque de Rough and Rowdy Ways (2020), un album de Bob Dylan souvent considéré comme une méditation tardive sur l’Amérique, la violence historique et la rédemption par l’art. Ce morceau de 16 minutes et 56 secondes est une épopée poétique et musicale centrée sur l’assassinat de John F. Kennedy, mais il dépasse largement ce cadre pour devenir une réflexion sur le mal, la culture populaire, et la quête de sens dans un monde fracturé.

Structure et thèmes clés :

Un récit cyclique et incantatoire : La chanson est construite comme une litanie, où les vers reviennent en boucle, à la manière d’un psaume laïc ou d’une complainte blues. Les répétitions (« Play it again », « It’s murder most foul ») ne sont pas redondantes : elles créent un rythme hypnotique, comme une prière ou une malédiction qui s’enroule sur elle-même. Ce procédé rappelle la transprose classique (Memory n°3, n°5), où le sens émerge de la disposition des mots et des silences.

Un dialogue avec l’histoire et la culture : Dylan mêle faits historiques (l’assassinat de JFK, le serment de Johnson) et références musicales (Wolfman Jack, Billie Holiday, The Platters). Ces citations ne sont pas anodines : elles transforment la chanson en une archive sonore, où chaque titre évoqué (« Moonlight Sonata », « St. James Infirmary ») devient un talisman contre l’oubli. « Play it for me while I’m still alive » : La musique est ici un remède contre la décadence (« the soul of a nation been torn away »). « The age of the Antichrist has just only begun » : Une référence à la chute morale de l’Amérique, liée à la fois à l’assassinat de Kennedy et à une prophétie apocalyptique. Un voyage entre réalisme et surréalisme : Le texte oscille entre : Le concret : « Air Force One coming in through the gate »« Johnson sworn in at 2:38 » (des détails historiques précis). L’onirique : « Three bums comin’ all dressed in rags »« There’s a party going on behind the Grassy Knoll »(images mystérieuses, presque hallucinatoires). Cette dualité crée une atmosphère de rêve éveillé, où le passé et le présent se superposent. Une fin ambiguë : entre rédemption et désespoir : La chanson se clôt sur des images de Woodstock (symbole de paix et de musique) et Altamont (symbole de violence, où un spectateur fut poignardé pendant un concert des Rolling Stones). Ce contraste souligne l’ambivalence de Dylan : La musique peut-elle sauver (« The Beatles are comin’, they’re gonna hold your hand ») ? Ou n’est-elle qu’un pansement sur une blessure ouverte (« It’s murder most foul ») ?

Style et influences :

  • Blues et ballade : La structure rappelle les chants de travail ou les murder ballads traditionnelles (comme « Tom Dooley », cité dans le texte).
  • Collage poétique : Dylan utilise des fragments de chansons, de discours et d’images pour créer un montage sonore et visuel, proche du cut-up de Burroughs ou des collages dadaïstes.
  • Minimalisme et répétition : Comme dans vos po ou popolevis, le sens naît de la juxtaposition des blocs et des silences (Memory n°10).


BIBLIOGRAPHIE


Sources primaires :

  • Dylan, Bob. « Murder Most Foul »Rough and Rowdy Ways. Columbia Records, 2020. Lien officiel

Contexte historique et littéraire :

  • Assassinat de JFK :
  • Rapport Warren (1964).
  • Stone, Oliver. JFK (film, 1991).
  • Références musicales :
  • « Moonlight Sonata » (Beethoven).
  • « St. James Infirmary » (traditionnel, popularisé par Louis Armstrong).
  • « The Great Pretender » (The Platters, 1955).
  • Influences littéraires :
  • Shakespeare, William. Hamlet (Acte I, Scène 5 : « Murder most foul »).
  • Burroughs, William S. Le Festin nu (technique du cut-up).
  • Rankine, Claudia. Citizen: An American Lyric (poésie politique et mémoire collective).

Analyses critiques (si besoin d’approfondir) :

  • Gray, Michael. The Bob Dylan Encyclopedia. Continuum, 2006.
  • Heylin, Clinton. The Double Life of Bob Dylan. Bodley Head, 2021.







JE PORTE EN MOI LA MULTITUDE


Aujourd'hui, et demain, et hier aussi

Les fleurs se meurent comme toutes choses ici

Suis-moi de près, je vais vers Bleecker Street

Au coin de la Quatrième et de la 10ème Ouest

Je n’ai pas d’actions en bourse

Je n’ai pas d’argent en poche

Je suis comme Anne Frank, comme Indiana Jones

Et ces mauvais garçons Britanniques

Les Rolling Stones

Je vais droit au bord

Je vais droit au bord

Je vais droit au bord du monde

Je suis un homme de contradictions

Je suis un homme aux humeurs changeantes

Je porte en moi la multitude


J’ouvre mon cœur au monde et c’est vrai

Que je l’ai vécu et que je l’ai aimé

Et que j’en ai ri aussi


Je suis un homme des montagnes

Un homme des plaines

Je suis un homme du soleil

Et un homme des pluies

Je suis un homme de la mer

Et un homme du rivage

Je suis un homme de la rue

Et un homme de la guerre

Je suis un homme des champs

Et un homme des bois

Je porte en moi la multitude


Je suis un homme aux mille couleurs

Aux mille nuances

Je suis un homme aux mille histoires

Aux mille croyances

Je suis un homme aux mille visages

Aux mille noms

Je suis un homme aux mille lieux

Aux mille jeux

Je suis un homme aux mille rêves

Aux mille desseins

Je suis un homme aux mille thèmes

Aux mille extrêmes

Je suis un homme aux mille humeurs

Aux mille saveurs

Je porte en moi la multitude


Je suis un homme aux mille voyages

Aux mille sentiers

Je suis un homme aux mille histoires

Aux mille contes

Je suis un homme aux mille questions

Aux mille indices

Je suis un homme aux mille réponses

Aux mille avis

Je suis un homme aux mille visions aux mille rêves

Je suis un homme aux mille versions aux mille projets

Je suis un homme aux mille humeurs

Aux mille saveurs

Je porte en moi la multitude

Je suis un homme aux mille manières

Aux mille chemins

Je suis un homme aux mille fardeaux

Aux mille destins

Je suis un homme aux mille missions

Aux mille buts

Je suis un homme aux mille esprits

Aux mille âmes

Je suis un homme aux mille saisons

Aux mille époques

Je suis un homme aux mille raisons

Aux mille rimes

Je suis un homme aux mille humeurs

Aux mille saveurs

Je porte en moi la multitude


Source : https://www.bobdylan.com/songs/i-contain-multitudes/




I CONTAIN MULTITUDES


Today, and tomorrow, and yesterday, too The flowers are dyin’ like all things do Follow me close, I’m going to Bleecker Street To the corner of Fourth and West 10th Street I’ve got no stock in the stock market I’ve got no money in my pocket I’m just like Anne Frank, like Indiana Jones And them British bad boys The Rolling Stones I go right to the edge I go right to the edge I go right to the edge of the world I’m a man of contradictions I’m a man of many moods I contain multitudes

Full moon’s face is beaming in the sky I’ll eat with a wolf and a grizzly bear’s eye I’m a man of many colors, a man of many hues I’m a man of many stories, a man of many views I’m a man of many faces, a man of many names I’m a man of many places, a man of many games I’m a man of many dreams, a man of many schemes I’m a man of many themes, a man of many extremes I’m a man of many moods, I’m a man of many foods I contain multitudes

I’m a man of many travels, a man of many trails I’m a man of many stories, a man of many tales I’m a man of many questions, a man of many clues I’m a man of many answers, a man of many views I’m a man of many visions, a man of many dreams I’m a man of many versions, a man of many schemes I’m a man of many moods, I’m a man of many foods I contain multitudes

I’m a man of many ways, a man of many roads I’m a man of many burdens, a man of many loads I’m a man of many missions, a man of many goals I’m a man of many spirits, a man of many souls I’m a man of many seasons, a man of many times I’m a man of many reasons, a man of many rhymes I’m a man of many moods, I’m a man of many foods I contain multitudes

I’m a man of many colors, a man of many hues I’m a man of many stories, a man of many views I’m a man of many faces, a man of many names I’m a man of many places, a man of many games I’m a man of many dreams, a man of many schemes I’m a man of many themes, a man of many extremes I’m a man of many moods, I’m a man of many foods I contain multitudes


PRÉSENTATION


Bob Dylan, né Robert Allen Zimmerman en 1941, ouvre son trente-neuvième album studio par une adresse directe à la postérité et à ses propres paradoxes. Le titre est un emprunt explicite à Walt Whitman, affirmant une identité fluide qui refuse les étiquetages réducteurs. En mêlant des icônes de la pop culture à des figures tragiques de l'histoire, Dylan construit un texte qui agit comme un autoportrait en mouvement. La recherche de l'épure dans l'énumération permet de toucher à une forme d'universalité où l'intime et le collectif se rejoignent.


BIBLIOGRAPHIE


Dylan, B. (2020). Rough and Rowdy Ways. Columbia Records. Whitman, W. (1855). Leaves of Grass. Rome Brothers. Sounes, H. (2001). Down the Highway: The Life of Bob Dylan. Grove Press. Zweig, S. (1944). Le Monde d'hier. Albin Michel. Marcus, G. (1975). Mystery Train: Images of America in Rock 'n' Roll Music. Dutton.





FAUX PROPHÈTE


Encore un jour qui n'en finit pas 

Encore un bateau qui s’en va 

Encore un jour de colère, amertume et doute 

J'ai entendu dire que le dernier homme était mort 

On a déposé une couronne sur son lit 

Il n'a jamais obtenu ce qu'il voulait 

J'ai entendu dire que le dernier homme avait dit


 Dis à Olivia que je l'appelle

Que je peux pas venir chanter pour elle 

Dis à Olivia que j'ai des problèmes 

Peut-être qu'elle viendra me porter un peu


Je suis ennemi de la trahison 

Ennemi des conflits 

Je suis ennemi de la vie non vécue et dénuée de sens 

Je suis pas un faux prophète 

Je sais juste ce que je sais 

Je vais là où seuls les solitaires peuvent aller


Je suis premier parmi mes pairs 

Je suis sans égal 

Dernier des meilleurs 

Tu peux enterrer les autres 

Enterre-les nus avec leur argent et leur or

Tends la main, il n'y a rien à tenir 

Ouvre la bouche, je la remplirai d’or 

Oh, pauvre diable, lève les yeux si tu veux 

La Cité de Dieu est là sur la colline


Je suis ennemi du chaos

Ennemi du désordre

Ennemi de l'entropie et de l'anarchie aussi 

À quoi suis-je bon si je suis comme tous les autres 

Si je ne peux pas sauver le monde

Je ne peux pas me sauver moi-même


Je suis ici pour apporter la vengeance 

Sur la tête de quelqu'un

Pour laisser un homme debout

Battre les autres jusqu'au sang

Tous les hommes qui ne voient pas 

Ce qui est juste devant eux 

Je prendrai le ruban écarlate 

Et je les attacherai tous avec un nœud


Tends ta main

Il n'y a rien à tenir 

Ouvre ta bouche

Je la remplirai d’or 


Oh, pauvre diable, lève les yeux si tu veux 

La Cité de Dieu est là sur la colline

Je suis ennemi de la trahison

Ennemi des conflits 

Je suis ennemi de la vie insignifiante et non vécue

Je ne suis pas un faux prophète

Je sais simplement ce que je sais 

Je vais là où seuls les solitaires peuvent aller




     FALSE PROPHET


  Another day that don’t end  

Another ship goin’ out  

Another day of anger, bitterness and doubt  

I hear the last man is dead 

Put a wreath on his bed  

Never did get what he wanted  


I hear the last man said

Tell Olivia, I’m calling her 

I can’t come to sing for her  

Tell Olivia, I’m in trouble  

Maybe she’ll come and bring me a little


 I’m the enemy of treason  

Enemy of strife  

I’m the enemy of the unlived meaningless life  

I ain’t no false prophet  

I just know what I know  

I go where only the lonely can go


I’m first among equals  

Second to none  

The last of the best  

You can bury the rest  

Bury ‘em naked with their silver and gold


Put out your hand, there’s nothin’ to hold  

Open your mouth,  I’ll stuff it with gold    

Oh you poor devil, look up if you will  T

he City of God is there on the hill


I’m the enemy of chaos  

Enemy of disorder  

Enemy of entropy and anarchy too  

What good am I if I’m like all the rest  

If I can’t save the world,  I can’t save myself

I’m here to bring vengeance  

On somebody’s head  

Leave one man standin’  

Beat the rest black and blue

All men who can’t see  

What’s right in front of them  

I’ll take the scarlet ribbon  

And tie ‘em all up in a bow

Put out your hand, there’s nothin’ to hold  

Open your mouth,  I’ll stuff it with gold  

Oh you poor devil, look up if you will  

The City of God is there on the hill


I’m the enemy of treason 

Enemy of strife  

I’m the enemy of the unlived meaningless life  

I ain’t no false prophet  

I just know what I know  

I go where only the lonely can go




PRÉSENTATION


Bob Dylan, né Robert Allen Zimmerman en 1941, livre avec False Prophet un blues rugueux qui interroge la figure de l'autorité spirituelle et artistique. Seconde piste de l'album Rough and Rowdy Ways (2020), cette chanson refuse les étiquettes messianiques que le public a souvent voulu imposer à l'auteur. Par un langage dépouillé et provocateur, Dylan affirme une connaissance née de l'expérience plutôt que d'une révélation divine. Le texte célèbre la solitude de l'artiste comme condition nécessaire à la vérité, loin des faux-semblants et de la quête de gloire matérielle.


BIBLIOGRAPHIE


Dylan, B. (2020). Rough and Rowdy Ways. Columbia Records. Dylan, B. (2022). The Philosophy of Modern Song. Simon & Schuster. Gray, M. (2000). Song and Dance Man III: The Art of Bob Dylan. Continuum. Nietzsche, F. (1883). Thus Spoke Zarathustra. Ernst Schmeitzner. The Holy Bible. (1611). King James Version.



MY OWN VERSION OF YOU


All through the summers, into the Junes

All the nurseries and all the mid-summer moons

I’m looking for the necessary body parts

As I search for my own version of you

I’ll bring you to life with a magic wand

I’m looking for my own version of you


I’ll visit the morgue and the monastery

Looking for the body parts that are necessary

I’ll bring you to life with a magic wand

I’m looking for my own version of you

I’ll take the high road, I’ll take the low

I’ll visit the places where the shadows grow

I’m looking for my own version of you


I can see you in the night when I close my eyes

I can see you in the light when the sun begins to rise

I’ll make you a face, I’ll make you a hand

I’ll make you a foot, I’ll make you a man

I’ll make you a woman,

I’ll make you a child I’ll make you an angel, I’ll make you wild I’m looking for my own version of you

I’ll bring you a head from ancient Greece

I’ll bring you a heart from ancient Rome

I’ll bring you a mind from the Middle Ages

I’ll bring you a soul from the golden age

I’ll give you a voice, I’ll give you a name

I’ll give you a place in the pantheon of fame

I’m looking for my own version of you


MA PROPRE VERSION DE TOI


Tout les étés, dès le mois de juin

Dans chaque crèche et par chaque lune de mi-été

Je suis à la recherche des parties du corps nécessaires

Je cherche ma propre version de toi

Je te ramènerai à la vie d'un coup de baguette magique

Je cherche ma propre version de toi


Je visiterai la morgue et le monastère

À la recherche des parties du corps qui sont nécessaires

Je te ramènerai à la vie d'un coup de baguette magique

Je cherche ma propre version de toi

Je prendrai le grand chemin, je prendrai le petit

J'irai dans les endroits où grandissent les ombres

Je cherche ma propre version de toi


Je peux te voir la nuit en fermant les yeux

Je peux te voir dans la lumière quand le soleil commence à se lever

Je te ferai un visage, je te ferai une main

Je te ferai un pied, je ferai de toi l'homme

Je ferai de toi la femme, je ferai de toi l'enfant

Je ferai de toi l'ange, je ferai de toi le sauvage

Je cherche ma propre version de toi


Je te ramènerai une tête de la Grèce antique

Je te ramènerai un cœur de la Rome antique

Je te ramènerai un esprit du Moyen Âge

Je te ramènerai une âme de l'âge d'or

Je te donnerai une voix, je te donnerai un nom

Je te ferai une place au panthéon de la gloire

Je cherche ma propre version de toi


Source : https://www.bobdylan.com/songs/my-own-version-of-you/


PRÉSENTATION


Bob Dylan, né Robert Allen Zimmerman en 1941, explore dans My Own Version of You la figure du créateur confronté à sa créature. Troisième titre de l'album Rough and Rowdy Ways (2020), la chanson détourne le mythe de Frankenstein pour évoquer la quête d'un idéal impossible. En assemblant des fragments d'histoire et de culture (Grèce, Rome, Moyen Âge), Dylan souligne que toute création est une tentative de redonner vie à des débris du passé. La langue, répétitive et incantatoire, évoque la ferveur et la folie inhérentes à l'acte de donner naissance à une "version" artificielle de l'autre.


BIBLIOGRAPHIE


Dylan, B. (2020). Rough and Rowdy Ways. Columbia Records. Shelley, M. (1818). Frankenstein; or, The Modern Prometheus. Lackington. Ovid. (8 AD). Metamorphoses. Sounes, H. (2001). Down the Highway: The Life of Bob Dylan. Grove Press. Rémond, A. (2016). Bob Dylan, la voix d'une génération. Albin Michel.





J’AI PRIS LA DÉCISION DE ME DONNER À TOI


Je suis assis sur ma terrasse, perdu dans les étoiles

Écoutant les bruits des voitures qui passent

Je cherche un moyen d'aller là où tu es

J’ai pris la décision de me donner à toi

.

Je suis allongé sur un lit de pierres

Je fixe les étoiles

Je cherche un chemin

Pour aller là où tu es

J'ai pris la décision

De me donner à toi

.

Si je devais te donner mon cœur

Saurais-tu quoi en faire ?

Le garderais-tu au chaud ?

Le garderais-tu sincère ?

.

Je suis allé à l'est, suis allé à l'ouest

Suis allé là où les esprits trouvent le repos

J'ai pris la décision de me donner à toi

.

J'ai vu les lumières de la ville

Vu les lumières du port

Vu les lumières qui brillent

Dans ton propre confort

.

J'ai pris la décision

De me donner à toi

.

Je vais à Saint-Barth

Où vont toutes les belles femmes

Je vais à l'endroit

Où soufflent les vents du sud

.

Je vais à l'endroit

Où je peux être libre

À l'endroit

Où tu seras avec moi

.

J’ai pris la décision de me donner à toi





.

I’VE MADE UP MY MIND TO GIVE MYSELF TO YOU


I’m sitting on my terrace, lost in the stars

Listening to the sounds of the passing cars

I’m looking for a way to get to where you are

I’ve made up my mind to give myself to you

.

I’m lying on a bed of stones

I’m staring at the stars

I’m looking for a way

To get to where you are

I’ve made up my mind

To give myself to you

.

If I had to give my heart to you

Would you know what to do with it?

Would you keep it warm?

Would you keep it true?

.

I’ve gone east, I’ve gone west

I’ve gone where the spirits find rest

I’ve made up my mind to give myself to you

.

I’ve seen the city lights

I’ve seen the harbor lights

I’ve seen the lights that shine

In your own comfort

.

I’ve made up my mind

To give myself to you

.

I’m going to Saint Barts

Where all the beautiful women go

I’m going to the place

Where the southern winds blow

.

I’m going to the place

Where I can be free

I’m going to the place

Where you’ll be with me

.

I’ve made up my mind to give myself to you



Source : https://www.bobdylan.com/songs/ive-made-up-my-mind-give-myself-you/




PRÉSENTATION

Bob Dylan livre dans ce quatrième titre de l'album Rough and Rowdy Ways (2020) un chant d'abandon d'une rare intensité. La chanson se présente comme une longue dévotion nocturne où le narrateur, face à l'immensité du ciel, prend une décision irrévocable. La langue privilégie la clarté et l'épure, rejoignant la tradition des grands poètes mystiques pour qui le don de soi est l'unique chemin vers la paix.


BIBLIOGRAPHIE


Dylan, B. (2020). Rough and Rowdy Ways. Columbia Records.

Dylan, B. (2022). The Philosophy of Modern Song. Simon & Schuster.

Saint Jean de la Croix. (1584). Le Cantique spirituel.

Marcus, G. (2022). Folk Music: A Bob Dylan Biography in Seven Songs. Yale University Press.

Sounes, H. (2001). Down the Highway: The Life of Bob Dylan. Grove Press.




CAVALIER NOIR


Cavalier noir, cavalier noir, tu as vécu sur un trop grand pied

Tu as mangé le grain entier, tu as bu l'eau jusqu'à la lie

La taille de ta bite est tout ce qu'il te reste à montrer

Mais il te faudra plus que ça là où tu t'en vas

.

Cavalier noir, cavalier noir, tu as tout vu

Tu as vu le monde tourner, tu as vu le monde s'effondrer

Tu es assis sur une clôture, tu cherches un signe

Mais tu es au bout de la route, et tu es au bout du temps

.

Cavalier noir, cavalier noir, c’est toi que je redoute

Mais je ne te laisserai pas t’approcher de ma route

J’ai un travail à faire, j’ai une vie à mener

Et tu es la dernière chose ici-bas dont j’ai besoin

.

Cavalier noir, cavalier noir, tu es un homme de la route

Tu as le cœur lourd, et un fardeau pesant

Les ombres s’allongent, le soleil se couche

Mais tu erres encore de ville en ville

.

Cavalier noir, cavalier noir, ne sois pas un vieux rabat-joie

Laisse-moi un peu de place, ne fais pas tant d'histoires

J’ai encore beaucoup de route à faire, et de chansons à chanter

Et j’ai encore beaucoup d’histoires à raconter

.

Cavalier noir, cavalier noir, va-t’en maintenant

Va voir si quelqu’un d’autre a besoin de ton talent

Je te verrai sur le bord de la route un de ces jours

Mais pour l’instant, continue gentiment ton chemin ailleurs

.


BLACK RIDER


Black rider, black rider, you’ve been living too high

You’ve been eating whole grain, you’ve been drinking the water dry

The size of your cock is all you’ve got left to show

But you’re gonna need more than that where you’re gonna go

.

Black rider, black rider, you’ve seen it all

You’ve seen the world spin, you’ve seen the world fall

You’re sitting on a fence, you’re looking for a sign

But you’re running out of road, and you’re running out of time

.

Black rider, black rider, you’re the one I fear

But I’m not gonna let you get too near

I’ve got a job to do, I’ve got a life to lead

And you’re the last thing in this world that I need

.

Black rider, black rider, you’re a man of the road

You’ve got a heavy heart, and a heavy load

The shadows are long, and the sun is going down

But you’re still wandering from town to town

.

Black rider, black rider, don’t orter be a sourpuss

Go easy on the pedal, don’t make such a fuss

I’ve got a lot of road to cover, and songs to sing

And I’ve got a lot of stories left to bring

.

Black rider, black rider, go on ahead

Go and see if someone else needs you instead

I’ll see you on the roadside one of these days

But for now, just go on your own sweet way


Lien source : https://www.bobdylan.com/songs/black-rider/



PRÉSENTATION


Dans Black Rider, Dylan met en scène un dialogue cinglant avec la Mort. Ce Cavalier n'est plus le cavalier triomphant de l'Apocalypse, mais une figure presque pathétique, un sourpuss que le poète renvoie à ses errances. C'est le cri d'un homme qui, bien que conscient que l'ombre s'allonge, refuse de se laisser dicter son rythme par la peur.



BIBLIOGRAPHIE

Dylan, B. (2020). Rough and Rowdy Ways. Columbia Records.

Dylan, B. (2022). The Philosophy of Modern Song. Simon & Schuster.

Ricks, C. (2003). Dylan’s Visions of Sin. Penguin Books.

Muir, A. (2020). The One True Wheel: On the Road with Bob Dylan. Red Planet.

Hajdu, D. (2001). Positively 4th Street. Farrar, Straus and Giroux.




AU REVOIR JIMMY REED (traduction française)




AU REVOIR JIMMY REED



J’habite une rue du nom d’un saint / Les femmes dans les églises portent poudre et fard / Où les Juifs et les Catholiques et les Musulmans prient tous / Je peux dire qu’ils sont protestants à un kilomètre /

.

Au revoir Jimmy Reed Jimmy Reed en effet / Donnez-moi cette vieille religion c’est tout ce dont j’ai besoin / Car le royaume le pouvoir et la gloire sont à Toi / Allez le raconter sur la montagne allez raconter la vraie histoire / Dites-le sur ce ton puritain et direct / Aux heures mystiques quand une personne est seule /

.

Au revoir Jimmy Reed bon voyage / Frappez sur la Bible proclamez un credo / Tu n’arriveras à rien disaient les gens / Parce que je ne jouais pas de la guitare derrière ma tête / Je n’ai jamais flatté jamais fait le fier / Je n’ai jamais enlevé mes chaussures pour les jeter dans la foule /

.

Au revoir Jimmy Reed au revoir et bonne nuit / Je mettrai un joyau dans ta couronne j’éteindrai la lumière / Femme transparente dans une robe transparente / Ça te va bien je dois l’avouer / J’écraserai tes raisins j’en sucerai le jus / J’ai besoin de toi comme ma tête a besoin d’un nœud coulant /

.

Au revoir Jimmy Reed au revoir et pour longtemps / Je pensais pouvoir lui résister mais j’avais tort / Que Dieu soit avec toi cher frère / Si ça ne t’ennuie pas que je te demande qu’est-ce qui t’amène ici / M’entends-tu m’appeler depuis la Virginie / Je suis venu voir où il repose en cette terre perdue / Au revoir Jimmy Reed et tout ce qui est en toi / M’entends-tu m’appeler depuis la Virginie /



.

GOODBYE JIMMY REED



I live on a street named after a saint / Women in the churches wear powder and paint / Where the Jews and the Catholics and the Muslims all pray / I can tell they’re proddy from a mile away /

.

Goodbye Jimmy Reed Jimmy Reed indeed / Give me that old time religion it’s just what I need / For thine is the kingdom the power the glory / Go tell it on the mountain go tell the real story / Tell it in that straightforward puritanical tone / In the mystic hours when a person’s alone /


Goodbye Jimmy Reed godspeed / Thump on the Bible proclaim a creed / You won’t amount to much the people all said / Cause I didn’t play guitar behind my head / Never pandered never acted proud / Never took off my shoes and threw them into the crowd /


Goodbye Jimmy Reed goodbye and goodnight / I’ll put a jewel in your crown I’ll put out the light / Transparent woman in a transparent dress / Suits you well I must confess / I’ll break open your grapes I’ll suck out the juice / I need you like my head needs a noose /

.

Goodbye Jimmy Reed goodbye and so long / I thought I could resist her but I was so wrong / God be with you brother dear / If you don’t mind me asking what brings you here / Can’t you hear me calling from down in Virginia / I came to see where he’s lying in this lost land / Goodbye Jimmy Reed and everything within ya / Can’t you hear me calling from down in Virginia /


Lien source : https://www.bobdylan.com/songs/goodbye-jimmy-reed/



PRÉSENTATION


Bob Dylan rend ici hommage à Jimmy Reed, figure majeure du Chicago blues, en mêlant des références religieuses et géographiques. Le texte évoque une atmosphère mystique où les confessions se croisent dans une rue nommée d’après un saint, soulignant l’influence spirituelle et terrestre du bluesman sur l’imaginaire dylanien. L’utilisation du je dylanien se confond avec l’héritage du blues, entre humilité et puissance créatrice.


BIBLIOGRAPHIE


Dylan, B. (2020). Rough and Rowdy Ways. Columbia Records. Dylan, B. (2022). The Philosophy of Modern Song. Simon & Schuster. Groom, B. (2021). The Blues: A Very Short Introduction. Oxford University Press. Sounes, H. (2001). Down the Highway: The Life of Bob Dylan. Grove Press. Marcus, G. (2015). The History of Rock 'n' Roll in Ten Songs. Yale University Press.






MOTHER OF MUSES (original en anglais)


Mother of muses, sing for me Sing of the mountains and the deep dark sea Sing of the lakes and the prairie wide Sing of the stars in the midnight sky Sing of the springtime and the flowers in bloom Sing of the winter and the pale cold moon

Mother of muses, sing for me Sing of the rivers and the restful trees Sing of the sunsets so gloriously red Sing of the soft words that you whispered Sing of my sweet Mary, she’s the apple of my eye Sing of my heart, it’s so full all the time

Mother of muses, sing for me Sing of old heroes whose bones are dust Sing of the martyrs who burn at the stake Sing of my love, she’s a hard-hearted dame Sing of my enemies, may they rot in hell Sing of my fortune, and all the things I’ll never tell

Mother of muses, sing for me Sing of the crossroads, sing of the blade Sing of the wildflowers a-blowin’ in the wind Sing of the darkness that covers my face Sing of my regrets and my misfortunes in this human race Sing of the nightingale, sing of the lark Sing of the meadowlark and the moon in the dark

Mother of muses, sing for me Sing of the deep woods where the mysteries unfold Sing of that old piano whose keys are worn and old Sing of my home far away Sing of my home far away

source : paroles complètes sur bobdylan.com



MÈRE DES MUSES


Mère des muses, chante pour moi

Chante montagnes et mer profonde et sombre

Chante lacs et prairie sans fin

Chante étoiles dans le ciel de minuit

Chante printemps et fleurs en fleur

Chante hiver et lune pâle et froide

Mère des muses, chante pour moi

Chante rivières et arbres en repos

Chante couchants si glorieusement rouges


Chante des mots doux que tu as chuchotés

Chante douce Mary, elle est la prunelle de mes yeux

Chante mon cœur, il est si plein tout le temps


Mère des muses, chante pour moi

Chante des vieux héros dont les os sont poussière

Chante des martyrs qui brûlent sur le bûcher

Chante mon amour, c’est une dame au cœur dur

Chante mes ennemis, qu’ils pourrissent en enfer

Chante ma fortune, et tout ce que je ne révélerai jamais

Mère des muses, chante pour moi


Chante carrefours, chante lame

Chante fleurs sauvages soufflées par le vent

Chante ténèbres qui couvrent mon visage

Chante mes regrets et mes malheurs en cette race humaine

Chante rossignol, chante alouette

Chante l’alouette des prés et la lune dans le noir


Mère des muses, chante pour moi

Chante les bois profonds où les mystères se dévoilent

Chante ce vieux piano aux touches antiques et usées

Chante ma maison lointaine

Chante ma maison lointaine



PRÉSENTATION


mother of muses est la 9ème piste de l’album rough and rowdy ways (2020) de bob dylan. ce titre est une invocation aux muses, une prière laïque où dylan demande à une entité maternelle (la « mère des muses ») de chanter tout ce qui constitue son univers : paysages, amours, haines, regrets, et mystères.

la chanson est construite comme une litanie, une énumération incantatoire de thèmes universels (la nature, l’amour, la mort, l’exil) et personnels (mary, les ennemis, la maison lointaine). le style est épique et intime à la fois : dylan utilise des images classiques (les étoiles, les fleurs, les martyrs) pour créer une fresque à la fois mythologique et autobiographique.

la répétition de « mother of muses, sing for me » agit comme un refrain rituel, chaque strophe est un bloc de code poétique, et l’accumulation crée un effet d’hypnose.


BIBLIOGRAPHIE




CROSSING THE RUBICON (original en anglais)


I crossed the Rubicon on the fourteenth day

Of the most dangerous month of the year

At the worst time of the day

I crossed the Rubicon, the Rubicon River

I crossed the Rubicon with the three gravestones

Behind every step that I take

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

Behind every step that I take

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

Behind every step that I take

I feel the bones beneath my feet

And the bones are the bones of my beloved

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

Behind every step that I take

I’m moving ahead, I’m going down the line

I’m crossing the Rubicon, the Rubicon River

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

Behind every step that I take

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

Behind every step that I take

I feel the bones beneath my feet

And the bones are the bones of my beloved

I’m crossing the Rubicon with the three gravestones

Behind every step that I take

source : paroles complètes sur bobdylan.com



TRAVERSER LE RUBICON


J’ai traversé le Rubicon le quatorzième jour

Du mois le plus dangereux de l’année

Au pire moment de la journée J’ai traversé le Rubicon, le fleuve Rubicon J’ai traversé le Rubicon avec trois pierres tombales

Derrière chaque pas que je fais

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Derrière chaque pas que je fais

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Derrière chaque pas que je fais

Je sens les os sous mes pieds

Et ces os sont les os de mon aimée

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Derrière chaque pas que je fais

J’avance, je descends le long de la ligne

Je traverse le Rubicon, le fleuve Rubicon

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Derrière chaque pas que je fais

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Derrière chaque pas que je fais

Je sens les os sous mes pieds

Et ces os sont les os de mon aimée

Je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales

Derrière chaque pas que je fais




PRÉSENTATION


crossing the rubicon est la première piste de l’album rough and rowdy ways (2020) de bob dylan. ce titre fait référence à l’expression historique « traverser le Rubicon », qui évoque un point de non-retour (comme Jules César franchissant le fleuve en 49 av. J.-C., déclenchant la guerre civile romaine).

la chanson est une méditation sur le passage irréversible, la mémoire des disparus (« les os de mon aimée »), et la marche vers l’inconnu. la répétition incantatoire (« je traverse le Rubicon avec trois pierres tombales ») crée une atmosphère de fatalité et de résignation, tout en soulignant la présence des absents.

le style est épuré et hypnotique : des vers courts, des répétitions, et une structure cyclique qui rappelle votre propre usage de la transprose (Memory n°1, n°4). la chanson ne raconte pas une histoire, mais déplie une image — comme vos poèmes où « la neige s’interrompt » ou « le chat se calme ».


BIBLIOGRAPHIE







TOUT VA BIEN MAMAN (JE SAIGNE SEULEMENT)


L'obscurité de la mi-journée

Ombrage même la cuillère d'argent

La lame faite à la main, le ballon de l'enfant

Éclipsent à la fois le soleil et la lune

Pour comprendre c'est trop tôt, Il est inutile d'essayer


Menaces explicites, ils bluffent avec mépris

Des propos suicidaires sortent en lambeaux

De la bouche dorée d'un fou, le cor au son caverneux

Joue des mots inutiles, preuves

Qu'il n'est pas occupé à naître, mais occupé à mourir


La page de la tentation s'envole par la porte

Tu la suis, tu te retrouves en guerre

Tu vois les cascades rugissantes de pitié

Tu te sens gémir, mais contrairement à avant

Tu réalises que tu ne serais qu'un de plus à pleurer


Mais n'aie pas peur si tu entends

Un son étrange à ton oreille

Tout va bien, maman, je ne fais que soupirer


Tandis que certains annoncent la victoire, d'autres prédisent la défaite

Des raisons personnelles, grandes ou petites,

Peuvent être lues dans les yeux de ceux qui appellent

À faire ramper tout ce qui devrait être tué,

Tandis que d'autres disent ne rien détester, sauf la haine.


Des mots blasés fusent comme des balles qui aboient

Alors que les dieux humains visent leur cible

Ils fabriquent tout à partir de pistolets pour jouer produisant des étincelles.

Pour les Christs couleur chair qui luisent dans le noir

Il est facile de voir sans trop chercher

Que peu de choses sont vraiment sacrées


Tandis que les prédicateurs prêchent un destin funeste

Les instituteurs enseignent que la connaissance nous attend

Qu'elle peut mener à des assiettes à cent dollars

Que la bonté se cache derrière ses portes

Mais même le président des États-Unis

Doit parfois se montrer nu


Et bien que le code de la route aient été édicté

Ce sont seulement les jeux des humains que tu dois éviter

Et ça va, maman, je peux y arriver


Des panneaux publicitaires te font

Accroire que tu es celui

Qui peut faire ce qui n'a jamais été fait

qui peut remporter ce qui n'a jamais été remporté

Pendant ce temps, la vie continue

En dehors de toi


Tu te perds, tu réapparais

Tu te rends soudain compte que tu n'as rien à craindre

Tu te tiens seul, sans personne à tes côtés

Quand une voix lointaine et tremblante, indistincte,

Réveille tes oreilles endormies

Pour te faire entendre

Que quelqu'un pense t'avoir vraiment trouvé


Une question dans tes yeux est la seule réponse que tu obtiens

Révélant toutes tes épreuves et tribulations

Chacune d'entre elles, peu importe ce que tu fais

Tu ne peux tout simplement pas gagner, c'est un fait

Parce que la vie est ce que tu en fais

Et c'est ainsi que certains ont dit

Tu n'es pas le meilleur qui ait jamais existé

Mais ne les laisse pas te faire croire que tu es l'unique coupable

Tout va bien, maman

La vie, c'est comme ça





IT'S ALRIGHT, MA (I'M ONLY BLEEDING) (original en anglais)


Darkness at the break of noon

Shadows even the silver spoon

The handmade blade, the child’s balloon

Eclipses both the sun and moon

To understand you know too soon

There is no sense in trying


Pointed threats, they bluff with scorn

Suicide remarks are torn

From the fool’s gold mouthpiece the hollow horn

Plays wasted words, proves to warn

That he not busy being born is busy dying


Temptation’s page flies out the door

You follow, find yourself at war

Watch waterfalls of pity roar

You feel to moan but unlike before

You discover that you’d just be one more

Person crying

So don’t fear if you hear

A foreign sound to your ear

It’s alright, Ma, I’m only sighing


As some warn victory, some downfall

Private reasons great or small

Can be seen in the eyes of those that call

To make all that should be killed to crawl

While others say don’t hate nothing at all

Except hatred


Disillusioned words like bullets bark

As human gods aim for their mark

Make everything from toy guns that spark

To flesh-colored Christs that glow in the dark

It’s easy to see without looking too far

That not much is really sacred


While preachers preach of evil fates

Teachers teach that knowledge waits

Can lead to hundred-dollar plates

Goodness hides behind its gates

But even the president of the United States

Sometimes must have to stand naked


An’ though the rules of the road have been lodged

It’s only people’s games that you’ve got to dodge

And it’s alright, Ma, I can make it


Advertising signs that con you

Into thinking you’re the one

That can do what’s never been done

That can win what’s never been won

Meantime life outside goes on

All around you


You lose yourself, you reappear

You suddenly find you got nothing to fear

Alone you stand with nobody near

When a trembling distant voice, unclear

Startles your sleeping ears to hear

That somebody thinks they really found you


A question in your eyes is all the answer that you get

Revealing all your trials and tribulations

Every one of them, no matter what you do

You just can’t win, it’s a fact

Because life is what you make it

And so it is that some have said

You’re not the best that’s ever been

But don’t let them make you think that you’re the only guilty one


It’s alright, Ma It’s life, and life only


source : paroles complètes sur bobdylan.com



PRÉSENTATION


it’s alright, ma (i’m only bleeding) est une chanson de bob dylan extraite de l’album bringing it all back home sorti en 1965. ce titre est souvent considéré comme l’un des plus aboutis de dylan, mêlant poésie surréaliste, critique sociale et introspection. la chanson explore des thèmes universels comme la quête de sens, la solitude, l’hypocrisie sociale et la résilience face à l’absurdité de la vie.

le style est caractéristique de dylan : des images fortes et contrastées, un mélange de cynisme et de tendresse, et une structure narrative qui oscille entre le personnel et l’universel. la répétition du refrain « it’s alright, ma, i’m only bleeding » (c’est bon, maman, je saigne seulement) agit comme une incantation rassurante, transformant la souffrance en une forme de résistance poétique.


BIBLIOGRAPHIE









PHILOSOPHIQUE PIRATE (KEY WEST)


Le McKinley Hollander est à quai


J'ai vu beaucoup de bateaux de luxe

J'ai navigué autour du monde

J'ai aussi participé à des guerres et à des batailles


J'ai un concert au yacht club de Key West

Sur Duval Street

Je chante mes chansons


Je suis un philosophique pirate

J'ai une voiture avec quatre roues et un coffre

Et un sac de couchage pour la route

Je suis une équipe de démolition à moi tout seul


Le soleil est chaud ici, on peut brûler vif

Je suis un philosophique pirate

Je n'aime pas la politique

Mais je suis fidèle à la terre que j'aime.


Key West est l'endroit où il faut être

Si vous recherchez l'immortalité

Restez sur Duval Street, buvez votre bière

Écoutez les vieux pirates parler


Ils ont des faces de galériens

Et des yeux qui peuvent vous perforer


Je suis un philosophique pirate

J'ai une voiture à quatre roues et un coffre

Et un sac de couchage pour la route

Je suis une équipe de démolition à moi tout seul


Key West est belle et agréable

Si vous avez perdu la tête, vous la retrouverez là-bas.


Key West est à l'horizon.

J'ai traversé le Gulf Stream au cœur de la nuit.

J'ai neuf vies, des yeux de chat et des dents de pirate.


Je suis une équipe de démolition à moi tout seul.

Je suis un philosophique pirate.

Je suis un fou de plongée sous-marine.


Je descends vers le golfe du Mexique

Pour jouer du blues là-bas

Key West est l'endroit où il faut aller

Dans les Keys de Floride


Je suis un philosophique pirate

Je suis une équipe de démolition à moi tout seul




KEY WEST (PHILOSOPHER PIRATE) (original anglais)


McKinley Hollander down by the dock


Seen a lot of fancy boats

I’ve been sailing around the world

Been in the wars and battles too


I play a yacht club gig in Key West

On Duval Street

I sing my set I’m a philosopher pirate


I got a car with four wheels and a trunk

And a bedroll for the road

I’m a one-man wrecking crew

The sun is hot down here


You can burn right through

I’m a pirate philosopher

I got no love for politics

But I’m loyal to the land I love


Key West is the place to be

If you’re looking for immortality

Stay on Duval Street, drink your malt

Listen to the old pirates talk


They got faces like ancient galley slaves

And eyes that can pierce right through you


I’m a pirate philosopher

I got a car with four wheels and a trunk

And a bedroll for the road

I’m a one-man wrecking crew

Key West is fine and fair


If you lost your mind, you’ll find it there

Key West is on the horizon line


I’m crossing the Gulf Stream in the dead of night

I’ve got nine lives, cat’s eyes, and pirate’s teeth

I’m a one-man wrecking crew


I’m a philosopher pirate

I’m a deep-sea diving fool


I’m going down to the Gulf of Mexico

Going to play some blues down there

Key West is the place to go

Down to the Florida keys


I’m a pirate philosopher

I’m a one-man wrecking crew

[source : bobdylan.com]


PRÉSENTATION


philosophique pirate est votre traduction de « Key West (Philosopher Pirate) », dernière chanson de Bob Dylan sur le disque 1 de Rough and Rowdy Ways (2020). ce texte est une méditation sur l’errance, l’identité et la quête d’immortalité, incarnée par la figure d’un pirate-philosophe, un vagabond destructeur qui traverse les frontières entre réalité et mythe.

la chanson est construite comme une ballade épique et minimaliste, où les images se succèdent sans logique narrative apparente. dylan y mêle réalisme cru (« une voiture avec quatre roues et un coffre ») et symbolisme onirique (« des yeux qui peuvent vous perforer »), créant une atmosphère de légende moderne. votre traduction respecte cette dualité en gardant un ton sobre et direct, sans emphase inutile.

le personnage du « philosophique pirate » est une figure hybride :

  • pirate : il est violent, errant, libre, lié à la mer et aux combats (« j’ai participé à des guerres et à des batailles »).
  • philosophe : il est fidèle à une terre qu’il aime, en quête de sens (« si vous recherchez l’immortalité »).

cette dualité rappelle votre propre recherche poétique (Memory n°4), où la transprose classique et la podialogie polittéraire coexistent pour créer un langage à la fois concret et métaphysique.

la structure répétitive (« je suis un philosophique pirate », « je suis une équipe de démolition à moi tout seul ») agit comme un mantra, renforçant l’idée d’une identité multiple et insaisissable. cette répétition évoque aussi votre usage des blocs de code poétique (Memory n°3), où le sens émerge de la disposition des mots et des silences.

Key West, ville mythique de Floride, est décrite comme un lieu de rédemption (« si vous avez perdu la tête, vous la retrouverez là-bas »), un carrefour entre la vie et la mort (« j’ai traversé le Gulf Stream au cœur de la nuit »). cette image d’un passage dangereux mais nécessaire rejoint votre propre philosophie de l’éphémère (Memory n°6), où la poésie est un acte de résistance et de quête.



BIBLIOGRAPHIE