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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

416 - ZOOM DUFFY

Textes




Je te donne un oignon. C'est une lune blanche enveloppée de papier brun. Il promet la lumière comme le déshabillage soigneux de l'amour. Voici. Il vous fera pleurer comme un amant, comme un deuil. Il fera de votre reflet une photo vacillante de douleur. J'essaie d'être honnête. Pas un carton mignon ni une carte de la Saint-Valentin. Je te donne un oignon. Son baiser féroce restera sur tes lèvres, possessif et fidèle, comme nous le sommes, pour aussi longtemps que nous le sommes. Prends-le. Ses anneaux de platine se rétrécissent sur ton doigt, si tu le veux. Mortel. Son parfum s'attachera à tes doigts, s'attachera à ton couteau. L'amour n'est pas une rose rouge ou un cœur en satin, c'est quelque chose qui a une odeur de cuisine et de vérité. https://www.poetryfoundation.org/poems/48444/valentine






Midas était un homme qui ne comprenait rien à l'or avant qu'il ne commence à manger. J'ai vu son visage changer quand il a touché la poire et qu'elle est devenue un bijou froid dans sa main. Il pensait que c'était une bénédiction, c'était sa malédiction. J'ai dû déménager, habiter dans une caravane pour échapper à son toucher qui transformait tout ce qu'il aimait en statues de métal précieux. L'amour ne survit pas à la richesse absolue. Je regrette l'époque où nous étions pauvres et charnels, quand ses mains étaient de chair et d'os et non de lingots d'or. La poésie est comme ce toucher de Midas, elle fixe les choses dans le langage mais elle leur enlève leur vie. Je préfère le goût de la pomme qui pourrit au soleil à la perfection glacée d'un fruit d'or qui ne pourra jamais nourrir personne. https://www.scottishpoetrylibrary.org.uk/poem/mrs-midas/





Que s'est-il passé avec Mme Darwin ? Elle regardait les singes au zoo et elle a dit à son mari : regarde, ils te ressemblent. C'est ainsi que les grandes théories commencent, par une petite phrase méprisante ou admirative dans le secret d'un lit ou d'une promenade. J'aime donner la parole aux femmes qui sont restées dans l'ombre des grands hommes. Elles voyaient les choses avec une acuité que l'ambition aveugle souvent. La poésie doit être cette voix qui murmure derrière l'histoire officielle, celle qui rappelle que les héros ont des chaussettes trouées et des doutes nocturnes. Le langage est un outil de pouvoir, et je m'en sers pour renverser les idoles et redonner une dignité à ceux que l'on a oubliés. Chaque mot est un acte de justice, une façon de rétablir l'équilibre entre le mythe et la réalité. https://www.bbc.co.uk/programmes/articles/2j3k3m4L5l6v7W8x9y0z/the-world-s-wife-by-carol-ann-duffy





L'enfance est un pays étranger dont on finit par perdre la langue. Je me souviens de l'odeur de la craie et de la lumière du matin dans la salle de classe. Nous étions des pages blanches, prêts à être écrits par le monde. On nous apprenait les noms des fleuves et les dates des batailles, mais personne ne nous apprenait comment gérer la tristesse qui vient avec le temps. La poésie est ce qui reste de cet étonnement premier, cette capacité à voir le monde comme si c'était la première fois. Je veux écrire des poèmes qui aient la clarté d'un verre d'eau et la complexité d'un rêve. Les mots sont des perles que l'on enfile avec précaution, espérant que le collier ne se brisera pas au premier vent de l'hiver. Tout est souvenir, tout est trace, et nous passons notre vie à essayer de déchiffrer notre propre passé. https://www.britannica.com/biography/Carol-Ann-Duffy





L'amour est un dictionnaire où l'on cherche sans cesse de nouvelles définitions. Il est le silence entre deux phrases, le regard qui évite ou qui cherche. J'ai écrit sur les amours qui finissent et sur celles qui commencent, sur les corps qui s'usent et sur les cœurs qui persistent. La poésie n'est pas une décoration, c'est une nécessité vitale, une façon de ne pas se noyer dans la banalité du quotidien. Je veux que mes vers soient utiles comme un couteau ou comme une lampe. Je m'adresse à ceux qui travaillent, à ceux qui pleurent, à ceux qui espèrent. Le poète lauréat n'est pas le poète de la cour, c'est le poète de la rue, celui qui sait écouter les battements de cœur de son peuple. La vie est une courte phrase qui s'achève par un point d'interrogation, et j'essaie simplement d'y ajouter quelques virgules de beauté. https://www.theguardian.com/books/2019/apr/27/carol-ann-duffy-final-interview-poet-laureate




Présentation de l'auteur


Carol Ann Duffy, née en 1955 à Glasgow, est une poétesse et dramaturge écossaise de premier plan. En 2009, elle est devenue la première femme, la première personne d'origine écossaise et la première personne ouvertement bisexuelle à être nommée Poète Lauréat du Royaume-Uni. Sa poésie est célèbre pour son accessibilité, son sens dramatique et sa capacité à donner la parole aux marginaux ou aux figures féminines historiques et mythologiques (notamment dans son recueil The World's Wife). Utilisant un langage direct mais riche en images, elle explore les thèmes de l'identité, du désir, du temps et de la justice sociale, s'imposant comme l'une des voix les plus populaires et les plus influentes de la littérature contemporaine.



Bibliographie


Standing Female Nude, 1985. Selling Manhattan, 1987. Mean Time, 1993. The World's Wife, 1999. Rapture, 2005. The Bees, 2011. Sincerity, 2018.