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291 - ZOOM ROY
POÈMES
Extrait de "L’Amour même"
Je ne sais pas si c’est l’amour
Qui fait le monde ou si c’est le monde
Qui fait l’amour
Mais je sais que sans l’amour
Le monde n’est qu’un désert
Où l’on meurt de soif
Je ne sais pas si c’est la vie
Qui fait la mort ou si c’est la mort
Qui fait la vie
Mais je sais que sans la vie
La mort n’est qu’un néant
Où l’on s’éteint
Je ne sais pas si c’est le jour
Qui fait la nuit ou si c’est la nuit
Qui fait le jour
Mais je sais que sans le jour
La nuit n’est qu’un trou noir
Où l’on se perd
Je ne sais pas si c’est toi
Qui fais mon cœur ou si c’est mon cœur
Qui te fait
Mais je sais que sans toi
Mon cœur n’est qu’un tambour
Où plus rien ne bat
Source : Poésie française – Claude Roy, L’Amour même
Extrait de "Le Poète et son ombre"
Je marche et mon ombre marche avec moi
Elle est mon double elle est mon autre
Elle est ce que je ne suis pas
Elle est ce que je pourrais être
Elle est mon passé qui me suit
Elle est mon avenir qui me fuit
Elle est mon présent qui m’échappe
Elle est mon éternel qui m’attrape
Je parle et mon ombre se tait
Elle écoute ce que je dis
Elle sait ce que je ne dis pas
Elle dit ce que je ne sais pas
Je ris et mon ombre pleure
Elle pleure ce que je ris
Elle rit de ce que je pleure
Elle est mon rire elle est ma douleur
Source : Poésie.net – Claude Roy, Le Poète et son ombre
Extrait de "La Terre habitable"
La terre est une boule de feu
Recouverte d’un manteau d’eau
Où nous vivons comme des fourmis
Sur une croûte de pain durci
La terre est une boule de neige
Sous un soleil qui l'assiège
Où nous brûlons comme des papillons
Sous une lampe trop forte
La terre est une boule de boue
Où nous glissons comme des vers
Dans la nuit sans fin des tunnels
Où nous creusons nos propres cercles
La terre est une boule de rêve
Où nous flottons comme des nuages
Dans le ciel bleu de nos espérances
Où nous bâtissons nos mirages
Source : Poésie française – Claude Roy, La Terre habitable
Extrait de "Les Saisons"
L’automne est un vieux roi
Qui se meurt dans son château
Les feuilles sont ses cheveux gris
Le vent est son dernier mot
L’hiver est un mendiant
Qui grelotte sous les ponts
La neige est son manteau blanc
Le froid est son dernier frisson
Le printemps est un enfant
Qui rit dans les prés en fleurs
Les bourgeons sont ses doigts tendres
Le soleil est son premier bonheur
L’été est un amant
Qui brûle dans les blés mûrs
La chaleur est son souffle ardent
La lumière est son dernier jour
Source : Poésie.net – Claude Roy, Les Saisons
Extrait de "L’Oiseau poème"
Oiseau qui chante dans la nuit
Ton chant est un poème
Qui perce l’obscurité
Comme une épée de lumière
Oiseau qui vole dans le vent
Ton vol est une strophe
Qui danse dans l’espace
Comme une feuille de prose
Oiseau qui niche dans mon cœur
Ton nid est un vers
Qui berce mes rêves
Comme un berceau d’hiver
Oiseau qui meurs dans mes mains
Ta mort est un point final
Qui clôt mon livre
Comme un adieu sans retour
Source : Poésie française – Claude Roy, L’Oiseau poème
PRÉSENTATION
Claude Roy, né le 28 août 1915 à Paris et mort le 13 décembre 1997 dans la même ville, est un poète, écrivain, journaliste et critique d’art français. Il est l’une des figures majeures de la poésie française du XXe siècle, marqué par un style à la fois lyrique, engagé et accessible. Son œuvre, riche et variée, explore les thèmes de l’amour, de la nature, de la condition humaine, et de la quête de sens dans un monde en constante évolution.
Fils d’un père instituteur et d’une mère couturière, Claude Roy grandit dans un milieu modeste mais cultivé. Il étudie au lycée Henri-IV, puis à la Sorbonne, où il se lie d’amitié avec des figures littéraires comme Louis Aragon et Paul Éluard. Très tôt, il s’engage dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, expérience qui marquera profondément son écriture et son engagement politique. Après la guerre, il devient journaliste, collaborant notamment au journal Combat, puis à L’Express et Le Nouvel Observateur, où il tient une chronique littéraire et artistique.
Son premier recueil de poèmes, Clair comme le jour, paraît en 1943 et est salué pour sa fraîcheur et sa sensibilité. Il publie ensuite de nombreux recueils, dont Le Poète disponible (1948), La Vieillesse d’Alexandre (1958), et L’Amour même (1971), qui confirment son talent de poète et sa capacité à toucher un large public. Claude Roy est également connu pour ses essais, ses romans, et ses critiques d’art, notamment sur des peintres comme Matisse, Picasso, et Braque.
Son style poétique se caractérise par une grande musicalité, un langage simple mais évocateur, et une profonde humanité. Il aborde des sujets universels avec une touche personnelle, mêlant souvent l’intime et le collectif. Claude Roy a reçu plusieurs distinctions pour son œuvre, dont le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 1983.
Outre son travail littéraire, Claude Roy a été un défenseur infatigable de la culture et de la liberté d’expression. Il a voyagé dans le monde entier, notamment en Asie et en Afrique, et a écrit sur ses rencontres et ses impressions, enrichissant ainsi sa poésie d’une dimension universelle. Son œuvre reste aujourd’hui une référence pour les amateurs de poésie, tant par sa beauté formelle que par sa profondeur thématique.
BIBLIOGRAPHIE
- Claude Roy, Clair comme le jour, Gallimard, 1943.
- Claude Roy, Le Poète disponible, Gallimard, 1948.
- Claude Roy, La Vieillesse d’Alexandre, Gallimard, 1958.
- Claude Roy, L’Amour même, Gallimard, 1971.
- Claude Roy, La Terre habitable, Gallimard, 1982.
- Claude Roy, Œuvres poétiques complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2003.
- Poésie française – Claude Roy
- Poésie.net – Claude Roy