Le dépôt
329 - ZOOM QUEVEDO
POÈMES
Amor constante más allá de la muerte
Cerrar podrá mis ojos la postrera sombra que me llevare el blanco día, y podrá desatar esta alma mía hora a su afán ansioso lisonjera;
mas no de esotra parte en la ribera dejará la memoria, en donde ardía: nadar sabe mi llama la agua fría, y perder el respeto a ley severa.
Alma a quien todo un Dios prisión ha sido, venas que humor a tanto fuego han dado, médulas que han gloriosamente ardido,
su cuerpo dejará, no su cuidado; serán ceniza, mas tendrá sentido; polvo serán, mas polvo enamorado.
Traduction française :
Amour constant au-delà de la mort
Fermer pourront mes yeux l’ombre dernière
Qui m’emportera au jour blanc,
Et pourra détacher cette âme mienne
Heure à son désir anxieux flatteuse ;
Mais de l’autre côté, sur la rive,
Ne laissera la mémoire, où elle brûlait :
Nager sait ma flamme dans l’eau froide,
Et perdre le respect à loi sévère.
Âme à qui tout un Dieu prison a été,
Veines qui à tant de feu ont donné leur humeur,
Moelles qui ont glorieusement brûlé,
Son corps laissera, non son souci ;
Seront cendre, mais auront sens ;
Poussière seront, mais poussière amoureuse.
Source : Wikisource – Francisco de Quevedo, Amor constante más allá de la muerte
Miré los muros de la patria mía
Miré los muros de la patria mía, si un tiempo fuertes ya desmoronados, de la carrera de la edad cansados, por quien caduca ya su valentía.
Salíme al campo: vi que el sol bebía los arroyos del hielo desatados, y del monte quejosos los ganados, que con sombras hurtó su luz al día.
Entré en mi casa; vi que, amancillada, de anciana habitación era despojos; mi báculo, más corvo y menos fuerte.
Vencida de la edad sentí mi espada, y no hallé cosa en que poner los ojos que no fuese recuerdo de la muerte.
Traduction française :
Je vis les murs de ma patrie
Je vis les murs de ma patrie, autrefois forts, maintenant écroulés, fatigués par la course des ans, par qui s’éteint déjà leur valeur.
Je sortis dans les champs : je vis que le soleil buvait les ruisseaux dégelés, et les troupeaux plaintifs de la montagne, qui de leurs ombres volèrent sa lumière au jour.
J’entrai dans ma maison : je vis qu’elle, souillée, n’était plus que les débris d’une ancienne demeure ; mon bâton, plus courbé et moins fort.
Vaincue par l’âge, je sentis mon épée, et je ne trouvai rien où poser les yeux qui ne fût souvenir de la mort.
Source : Wikisource – Francisco de Quevedo, Miré los muros de la patria mía
Soneto: "A una nariz"
Érase un hombre a una nariz pegado, érase una nariz superlativa, érase una alquitara pensativa, érase un elefante bien plantado.
Érase un espolón de un galón, érase una pirámide de Egipto, las doce tribus de narices era el scripto en que su autor puso el dedal.
Érase un naricísimo infinito, frisón archinariz, caratulido, sabañón garrafal, morado y frito.
Érase un peje espada mal barbado, era un naricísimo soberbio, un almirante de narices en medio del Océano.
Traduction française :
Sonnet : "À un nez"
C’était un homme à un nez collé, c’était un nez superlatif, c’était une alambic pensif, c’était un éléphant bien planté.
C’était un éperon d’un galon, c’était une pyramide d’Égypte, les douze tribus de nez étaient l’écrit où son auteur mit le dé.
C’était un nez immense infini, nez froid, nez cartilagineux, nez gelé, gros nez violet et frit.
C’était un poisson-épée mal barbu, c’était un nez superbe, un amiral de nez au milieu de l’Océan.
Source : Wikisource – Francisco de Quevedo, Soneto: "A una nariz"
Definición del amor
Es hielo abrasador, es fuego helado, es herida que duele y no se siente, es un soñado bien, un mal presente, es un breve descanso muy cansado.
Es un descuido que nos da cuidado, un cobarde con nombre de valiente, un andar solitario entre la gente, un amar solamente ser amado.
Es una libertad encarcelada, que dura hasta el postrero paroxismo, enfermedad que crece si es curada.
Este es el niño Amor, este es tu abismo. ¡Mirad cuál amistad tendrá con nada el que en todo es contrario de sí mismo!
Traduction française :
Définition de l’amour
C’est une glace brûlante, c’est un feu glacé, c’est une blessure qui fait mal et ne se sent pas, c’est un bien rêvé, un mal présent, c’est un bref repos très fatigué.
C’est une négligence qui nous donne du souci, un lâche avec un nom de vaillant, une marche solitaire parmi les gens, un aimer seulement être aimé.
C’est une liberté emprisonnée, qui dure jusqu’au dernier paroxysme, maladie qui croît si elle est guérie.
Voilà l’enfant Amour, voilà ton abîme. Voyez quelle amitié il aura avec rien, celui qui en tout est contraire à lui-même !
Source : Wikisource – Francisco de Quevedo, Definición del amor
Soneto: "Buscas en Roma a Roma, ¡oh peregrino!"
Buscas en Roma a Roma, ¡oh peregrino!, y en Roma misma a Roma no la hallas: cadáver son las que ostentó murallas, y tumba de sí proprio el Aventino.
Yace donde fue su grandeza el polvo, mas, si grandeza alguna su alma preña, no la conoces ya, que en tierra ajena todo lo que fue gloria es luto y lloro.
Solo el Tiber quedó, cuya corriente, si ciudad la regó, ya se lamenta, y con lágrimas crece su caudal.
Roma fue, y no es; y lo que es, mal viene; busca a Roma en Roma, ¡oh peregrino!, y no la halles ya, cuando la busques mal.
Traduction française :
Sonnet : "Tu cherches Rome à Rome, ô pèlerin !"
Tu cherches Rome à Rome, ô pèlerin !, et à Rome même tu ne la trouves pas : cadavre sont les murs qu’elle montra, et tombe de soi-même l’Aventin.
Elle gît où fut sa grandeur la poussière, mais, si quelque grandeur son âme enfanta, tu ne la connais plus, car en terre étrangère tout ce qui fut gloire est deuil et pleurs.
Seul le Tibre reste, dont le courant, s’il arrosa la ville, maintenant se lamente, et avec des larmes croît son débit.
Rome fut, et n’est plus ; et ce qui est, mal vient ; cherche Rome à Rome, ô pèlerin !, et ne la trouve plus, quand tu la cherches mal.
Source : Wikisource – Francisco de Quevedo, Soneto: "Buscas en Roma a Roma, ¡oh peregrino!"
PRÉSENTATION
Francisco de Quevedo, né le 14 septembre 1580 à Madrid et mort le 8 septembre 1645 à Villanueva de los Infantes, est l’un des plus grands poètes et écrivains du Siècle d’Or espagnol. Figure majeure du baroque, son œuvre se distingue par une profondeur philosophique, un style conceptiste et une maîtrise exceptionnelle de la langue castillane. Quevedo est célèbre pour ses sonnets, ses poèmes satyriques, ses œuvres morales et politiques, ainsi que pour ses écrits en prose.
Issu d’une famille noble, Quevedo a étudié à l’Université d’Alcalá de Henares et a occupé divers postes politiques et administratifs, notamment comme secrétaire du duc d’Osuna. Son œuvre reflète une vision désenchantée de la vie, marquée par une conscience aiguë de la fugacité des choses, de la vanité des biens terrestres et de l’inéluctabilité de la mort. Ses poèmes explorent des thèmes comme l’amour, la solitude, la vieillesse, la corruption et la quête de sens.
Quevedo est également connu pour son esprit satirique et son humour mordant, comme en témoigne son célèbre sonnet "A una nariz", où il ridiculise un homme au nez démesuré. Son style, marqué par des jeux de mots, des métaphores audacieuses et une syntaxe complexe, a profondément influencé la poésie espagnole et européenne.
En plus de ses poèmes, Quevedo a écrit des œuvres en prose, comme El Buscón, un roman picaresque, et des traités politiques et moraux. Son œuvre, à la fois lyrique, philosophique et satirique, continue d’être étudiée et admirée pour sa richesse et sa profondeur.
BIBLIOGRAPHIE
- Francisco de Quevedo, Poesía completa, Cátedra, 2003.
- Francisco de Quevedo, Obras completas en prosa, Espasa-Calpe, 1985.
- Francisco de Quevedo, Sonetos, Castalia, 1994.
- Francisco de Quevedo, El Buscón, Cátedra, 2000.
- Wikisource – Francisco de Quevedo
- Poesía española – Francisco de Quevedo