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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

413 - ZOOM LARKIN

Textes




Ils vous bousillent, vos parents. Ils ne le font peut-être pas exprès, mais ils le font. Ils vous transmettent tous les défauts qu'ils avaient et en ajoutent quelques-uns, rien que pour vous. Mais ils ont été bousillés à leur tour par des gens en chapeaux cloches et en redingotes, qui passaient la moitié de leur temps à être d'une sévérité hypocrite et l'autre moitié à se sauter à la gorge. L'homme transmet la misère à l'homme. Cela s'approfondit comme un plateau continental. Sortez-en dès que vous le pouvez, et n'ayez pas d'enfants vous-mêmes. C'est ainsi que la chaîne se brise, c'est ainsi que le cycle de la douleur s'arrête enfin sous le ciel gris de nos villes.

https://www.poetryfoundation.org/poems/48419/this-be-the-verse






L'amour de l'année dernière est comme le journal de l'année dernière, une chose qui a perdu son sens et sa force de frappe. On se souvient des mots, on se souvient des gestes, mais le feu qui les animait s'est éteint sans laisser de cendres. Nous marchons dans des rues qui ne nous reconnaissent plus, nous habitons des chambres qui gardent l'odeur de quelqu'un qui n'existe plus. La fidélité n'est souvent qu'une forme de paresse ou une peur du vide. Nous nous accrochons à des fantômes parce que la réalité est trop froide pour être affrontée seul. L'avenir est un couloir vide où résonnent nos pas solitaires, et chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus du moment où même le souvenir de l'amour ne sera plus qu'une ombre parmi les ombres. https://www.bl.uk/collection-items/the-less-deceived-by-philip-larkin






Je travaille toute la journée et je bois la moitié de la nuit. Le matin, je regarde la lumière qui filtre à travers les rideaux et je sais que la mort est là, qui m'attend. Elle n'est pas une figure dramatique avec une faux, mais simplement l'absence de tout, le vide absolu, le silence qui ne finit jamais. C'est une pensée qui vous saisit aux tripes quand vous êtes seul à quatre heures du matin, quand le monde entier semble s'être arrêté de respirer. On ne peut pas l'apprivoiser par la religion ou par la philosophie. C'est un fait brut, une certitude physique qui rend tout le reste insignifiant. Nous sommes nés pour disparaître, et toute notre agitation n'est qu'une vaine tentative pour oublier cette vérité fondamentale qui nous ronge le cœur. https://www.poetryfoundation.org/poems/48422/aubade-philip-larkin





Regardez ces églises qui tombent en ruine, ces lieux où les hommes venaient autrefois chercher un sens à leur détresse. Aujourd'hui, elles ne sont plus que des curiosités pour les touristes ou des abris pour les oiseaux. Nous avons perdu la foi, mais nous n'avons pas perdu le besoin d'un sacré. Nous errons dans ces nefs froides avec un sentiment de perte que nous ne savons pas nommer. Quelque chose s'est arrêté ici, une musique s'est tue, et nous restons là, maladroits, à regarder des pierres tombales dont les noms s'effacent sous la mousse. Peut-être que ce que nous cherchons, ce n'est pas Dieu, mais simplement le souvenir d'un temps où l'homme croyait encore qu'il n'était pas seul dans l'univers. https://www.poetryfoundation.org/poems/47590/church-going






Le bonheur n'est pas pour nous, il est pour les autres, pour ceux qui ne se posent pas de questions. Nous, nous sommes condamnés à la lucidité, à voir les fissures dans le décor avant même que la pièce ne commence. J'ai passé ma vie à ranger des livres sur des étagères, à compter les heures qui me séparent de la fin de la journée. La poésie n'est pas une consolation, c'est un constat de décès. Elle enregistre les échecs, les petites humiliations, les rêves qui ratent leur cible. Il n'y a pas de gloire à être un homme, seulement une longue patience. Mais parfois, au détour d'un vers, on croit apercevoir une clarté, une sorte de paix qui vient de l'acceptation totale de notre propre finitude. https://www.britannica.com/biography/Philip-Larkin




Présentation de l'auteur


Philip Larkin, né en 1922 et mort en 1985, est considéré comme le plus grand poète anglais de la seconde moitié du vingtième siècle. Chef de file du mouvement littéraire The Movement, il a mené une existence discrète en tant que bibliothécaire à l'université de Hull pendant trente ans. Sa poésie se caractérise par un ton mélancolique, sceptique et souvent cynique, utilisant un langage simple et direct pour explorer les thèmes de la solitude, du déclin de l'Angleterre, de l'échec amoureux et de la hantise de la mort. Refusant tout lyrisme excessif ou expérimentalisme moderniste, il a su capter avec une précision chirurgicale l'ennui et la tristesse de la vie quotidienne d'après-guerre, devenant la voix d'une génération désabusée.




Bibliographie


The North Ship, 1945. The Less Deceived, 1955. The Whitsun Weddings, 1964. High Windows, 1974. Collected Poems, 1988. Selected Letters, 1992.