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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

308 - ZOOM COMMÈRE

La Vie est une fête foraine

La vie est une fête foraine où les manèges tournent sans fin et les enfants crient de joie en agitant leurs petits drapeaux.

Les forains sont des saltimbanques qui vendent des rêves en papier et des bonbons qui collent aux dents. Leur rire est une musique fausse, leur sourire un masque de carton.

Les bêtes de la ménagerie regardent passer les visiteurs avec des yeux tristes et las. Elles se souviennent des forêts, des savanes, des montagnes lointaines.

La nuit tombe sur la fête foraine. Les lumières s’allument, les musiques s’emballent, les rires deviennent fous. Et les enfants, épuisés, s’endorment dans les bras de leurs mères.

Demain, la fête reprendra, avec ses manèges, ses jeux, ses rires. Demain, les enfants recommenceront à courir, à crier, à rêver. Demain, la vie continuera, comme une fête foraine sans fin.

Source : Poésie française – Pascal Commère, La Vie est une fête foraine



Les Amants du Pont-Neuf


Ils s’aimaient sur le Pont-Neuf, lui, un jeune homme aux cheveux longs, elle, une fille aux yeux clairs. Ils s’embrassaient sous les réverbères, et le fleuve, en dessous, chantait.

Ils parlaient de tout et de rien, de leurs rêves, de leurs espoirs, de leurs peurs, de leurs désirs. Ils se promettaient monts et merveilles, et la Seine, en dessous, murmurait.

Un soir, ils se sont disputés. Lui voulait partir, voir le monde. Elle voulait rester, construire un nid. Ils se sont quittés sur le Pont-Neuf, et le fleuve, en dessous, a pleuré.

Les années ont passé. Lui a voyagé, elle a bâti sa vie. Parfois, ils repensent à ces soirs sur le Pont-Neuf, à ces baisers, à ces promesses, à ce fleuve qui chantait, murmurait, pleurait.

Source : Poésie.net – Pascal Commère, Les Amants du Pont-Neuf




Le Jardin des délices


Dans le jardin des délices, les fleurs sont des femmes nues, les arbres des hommes en érection, les fruits des seins gonflés de désir.

Les oiseaux chantent des mélodies lascives, les fontaines jaillissent en jets d’amour, les statues ont des poses obscènes, et l’air est lourd de parfums enivrants.

Les amants s’y promènent, s’y enlacent, s’y embrassent, s’y abandonnent à la volupté. Leur peau brille sous le soleil, leurs soupirs se mêlent aux bruissements des feuilles.

La nuit tombe sur le jardin des délices. Les ombres s’allongent, les désirs s’exacerbent, les corps s’unissent dans l’obscurité. Et le jardin devient un enfer de plaisirs, un paradis de péchés, un rêve éveillé où tout est permis.

Source : Poèmes.co – Pascal Commère, Le Jardin des délices




La Mort du poète


Le poète est mort un soir d’automne, alors que les feuilles tombaient des arbres et que le vent soufflait en rafales. Il est mort sans un cri, sans un geste, comme un arbre qui s’abat dans la forêt.

On l’a enterré sous un chêne, là où il aimait se promener, là où il écrivait ses poèmes, là où il rêvait de gloire et d’amour. On a planté une rose sur sa tombe, une rose rouge, comme son sang, une rose noire, comme son encre.

Les années ont passé. Le chêne a grandi, la rose a fané. Les gens ont oublié le poète, ses vers, ses rêves, ses chagrins. Seul le vent murmure encore son nom, quand il passe dans les branches du chêne, quand il caresse les pétales de la rose.

Source : Poésie française – Pascal Commère, La Mort du poète




La Ville la nuit


La ville la nuit est un animal endormi, un monstre aux mille yeux fermés, un géant aux mille bouches silencieuses. Ses rues sont des veines où circule un sang noir, ses bâtiments des os qui craquent sous le vent.

Les réverbères sont des étoiles mortes, les enseignes des rêves éteints, les voitures des bêtes fauves en chasse. Les passants sont des ombres qui glissent, des fantômes qui errent sans but.

La ville la nuit est un théâtre vide, où les acteurs ont quitté la scène, où les décors s’effritent, où les mots résonnent comme des échos. Elle est un livre ouvert que personne ne lit, une chanson que personne ne chante, un rêve que personne ne rêve.

Source : Poésie.net – Pascal Commère, La Ville la nuit




PRÉSENTATION


Pascal Commère, né en 1951 à Paris, est un poète, romancier, essayiste et traducteur français. Il est l’auteur d’une œuvre variée et abondante, marquée par une écriture à la fois lyrique et accessible, souvent teintée d’humour, d’ironie et de tendresse. Son univers poétique explore des thèmes comme l’amour, la mort, la ville, la nature, et la condition humaine, avec une attention particulière aux détails du quotidien et aux émotions universelles.

Commère a publié plus de trente recueils de poésie, parmi lesquels La Vie est une fête foraine, Les Amants du Pont-Neuf, Le Jardin des délices, et La Ville la nuit. Son style, souvent narratif et imagé, mêle la simplicité du langage à une profondeur de sens, ce qui rend son œuvre à la fois populaire et exigeante. Il est également connu pour ses romans, ses essais, et ses traductions, notamment d’auteurs américains comme Charles Bukowski et Raymond Carver.

Engagé dans la vie littéraire, Pascal Commère a collaboré à de nombreuses revues et a reçu plusieurs prix pour son œuvre, dont le Prix Apollinaire en 1991 pour Les Choses communes. Il est également un animateur infatigable de la scène poétique, organisant des lectures, des rencontres et des festivals. Son œuvre, à la fois généreuse et subtile, continue de toucher un large public, en France et à l’étranger.



BIBLIOGRAPHIE


  • Pascal Commère, La Vie est une fête foraine, Éditions de la Différence, 1990.
  • Pascal Commère, Les Amants du Pont-Neuf, Éditions de la Différence, 1995.
  • Pascal Commère, Le Jardin des délices, Éditions de la Différence, 2000.
  • Pascal Commère, La Mort du poète, Éditions de la Différence, 2005.
  • Pascal Commère, La Ville la nuit, Éditions de la Différence, 2010.
  • Poésie française – Pascal Commère
  • Poésie.net – Pascal Commère