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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

165 - ZOOM GLÜCK

L’Iris sauvage (extrait long de The Wild Iris, 1992) Au bout de mon souffrance il y avait une porte.

Entrez, dit-elle.

Et j’ai vu mon corps enfin sans mon âme, ce qui était une surprise, presque comme voir un ami dans la rue.

Je suis entrée. À l’intérieur, une autre porte.

Entrez, dit-elle.

À l’intérieur, encore une autre.

Quand j’ai ouvert la dernière porte, il n’y avait plus personne. Je me suis assise dans la pièce vide, et j’ai attendu.

https://www.babelio.com/auteur/Louise-Gluck/450011


Matinal (The Wild Iris, 1992) Au moment où le soleil se lève, je suis déjà éveillée, je me lève aussi, je vais dans le jardin, et là je reste, mes pieds nus sur la terre froide.

Et ce n’est pas seulement la lumière, c’est aussi ce que la lumière révèle, ce qui est toujours là, mais que nous ne voyons pas dans l’obscurité. Je suis venue ici pour être dans la présence de tout ce que je ne peux pas nommer.

Les fleurs s’ouvrent, une à une. Le monde commence à nouveau, comme s’il n’avait jamais existé avant.

Je me souviens de la première fois que j’ai vu ce miracle, enfant, et comment j’ai cru que c’était pour moi, que la terre m’offrait ses trésors.

Maintenant je sais que c’est pour personne, que le monde se renouvelle chaque matin, indifférent à nos vies.

https://www.universalis.fr/encyclopedie/louise-gluck/


Perséphone la jeune fille (Averno, 2006) Je ne suis pas une enfant. Je suis une reine. Je suis la femme qui descend dans la terre sombre, la femme qui revient.

Je ne suis pas une enfant. Je suis la femme qui a vu la mort, qui a mangé les graines de grenade, qui a promis de revenir.

Je ne suis pas une enfant. Je suis la femme qui a traversé le fleuve, qui a marché dans les champs d’asphodèles, qui a parlé aux ombres.

Je ne suis pas une enfant. Je suis la femme qui est revenue, qui porte en elle le froid de l’autre monde.

https://www.lorientlejour.com/article/1235686/louise-gluck-peintre-de-la-beaute-simple-de-la-nature.html


La Nuit de foi et de vertu (extrait de Faithful and Virtuous Night, 2014) Quand j’étais enfant, je croyais que la nuit était une chose vivante, une créature qui se déplaçait dans l’ombre des arbres.

Maintenant, je sais que c’est moi qui me déplace, et que la nuit reste immobile, attendant que je la traverse.

Je me souviens des nuits d’été, quand je restais éveillée, écoutant les criquets, et la voix de ma mère qui chantait dans la cuisine.

Je me souviens des nuits d’hiver, quand la neige tombait, et que le monde semblait s’être endormi pour toujours.

Je me souviens des nuits de printemps, quand les fleurs s’ouvraient, et que l’air était rempli du parfum des lilas.

Maintenant, je suis vieille, et les nuits sont différentes. Elles sont plus longues, plus silencieuses, plus pleines de souvenirs.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/le-nobel-de-litterature-pour-louise-glueck-et-sa-poesie-simple-et-fluide-5419455


Le Triomphe d’Achille (extrait de The Triumph of Achilles, 1985) Je ne crois pas à la mort, je crois seulement à l’absence.

Comme quand tu quittes une pièce et que la pièce reste, vide de toi.

Comme quand tu fermes un livre et que les personnages cessent d’exister.

Comme quand tu te réveilles et que le rêve s’évanouit, laissant seulement une impression de perte.

Je ne crois pas à la mort, je crois à la séparation, à la distance qui grandit entre ce que nous avons été et ce que nous sommes devenus.

Je crois à la mémoire, qui est une autre forme d’absence, une façon de garder ce qui n’est plus.

https://www.poetryfoundation.org/poets/louise-gluck



Louise Glück commence à écrire très jeune et publie son premier recueil, "Firstborn", en 1968. Son œuvre, composée d’une douzaine de recueils, se distingue par une langue dépouillée, une grande maîtrise formelle et une exploration des mythes antiques (Perséphone, Eurydice, Didon) pour parler de l’expérience humaine. Elle aborde des sujets comme l’enfance, la perte, la renaissance, la relation mère-fille, et la quête de sens dans un monde marqué par l’absence et le silence. Son recueil "The Wild Iris" (1992) lui vaut le prix Pulitzer en 1993, et "Faithful and Virtuous Night" (2014) le National Book Award. Son dernier recueil, "Winter Recipes from the Collective" (2021), confirme sa place comme l’une des poétesses les plus importantes de sa génération. Glück est aussi l’auteure d’essais sur la poésie, comme "American Originality" (2017), où elle réfléchit à la création et à la tradition littéraire.



Bibliographie sélective : Poésie : Firstborn (1968), The House on Marshland (1975), Descending Figure (1980), The Triumph of Achilles (1985), Ararat (1990), The Wild Iris (1992), Meadowlands (1996), Vita Nova (1999), Averno (2006), Faithful and Virtuous Night (2014), Winter Recipes from the Collective (2021). Essais : Proofs & Theories: Essays on Poetry (1994), American Originality: Essays on Poetry (2017). Traductions en français : L’Iris sauvage (Gallimard), Nuit de foi et de vertu (Gallimard), Averno (Gallimard).

https://www.universalis.fr/encyclopedie/louise-gluck/ https://en.wikipedia.org/wiki/Louise_Glück https://www.babelio.com/auteur/Louise-Gluck/450011 https://www.poetryfoundation.org/poets/louise-gluck