Le dépôt
152 - ZOOM HÉLÈNE CADOU
I. Le Silence
Le silence n’est pas le contraire du bruit
C’est un oiseau qui se pose sur ton épaule
Une manière d’habiter la chambre et la nuit
En laissant aux objets leur véritable rôle.
Il faut savoir l’écouter comme on écoute l’eau
Couler entre les pierres et les herbes du temps
C’est le langage pur, le plus haut, le plus beau,
Celui que les amants comprennent en partant.
Source : Hélène Cadou, Le Bonheur du jour, Éditions Seghers
II. Je t'écris de si loin
Je t’écris de si loin, d’un pays sans visage
Où les mots n’ont plus cours, où le temps s’est figé.
Je cherche dans le vent les traces d’un passage,
Un signe de ta main sur le monde changé.
L’absence est un miroir où je me reconnais
À force de guetter ton ombre sur le mur.
Tout ce que j’ai perdu, tout ce que je connais,
Se fond dans le cristal de cet amour trop pur.
Source : Hélène Cadou, Une ville pour le vent qui passe, Éditions Rougerie
III. La Demeure
Il y a une maison qui n'a pas de cloisons
Où l'on respire l'air des grandes solitudes.
On y voit se lever de nouvelles saisons
Loin des bruits de la ville et des habitudes.
C'est là que je t'attends, dans la paix du regard,
Parmi les livres ouverts et les fleurs de la lampe.
Il n'est jamais trop tard, il n'est jamais trop tard
Pour que la joie revienne et sur nos fronts se campe.
Source : Hélène Cadou, Poèmes choisis, Éditions de la Différence
IV. L'Heure du soir
L'heure du soir arrive avec ses mains de cendre
Elle éteint les couleurs au jardin de l'esprit.
Il faut se recueillir, il faut savoir descendre
Au plus profond de soi, là où tout est écrit.
C'est le moment sacré où l'absence devient
Une forme de grâce et de fidélité.
Le cœur se souvient mieux de ce qui le retient
À la source première de sa vérité.
Source : Hélène Cadou, Le Prince des lisières, Éditions Bruno Doucey
V. La Lumière
La lumière n'est pas ce que l'on croit voir
C'est ce qui nous regarde au fond de notre nuit.
C'est un pont de cristal jeté sur le désespoir
Un murmure de vie au milieu de l'ennui.
Elle ne vient pas d'ailleurs, elle naît de nos blessures
Dès que nous acceptons de ne plus rien tenir.
Elle est la transparence et la seule mesure
De ce qui restera quand tout devra finir.
Source : Sélection Hélène Cadou, Le Printemps des Poètes
Présentation
Hélène Cadou a développé une voix d'une transparence absolue.
- Au-delà du deuil : Si ses premiers textes sont marqués par la perte de René Guy en 1951, elle a rapidement dépassé la simple plainte pour construire une métaphysique de l'absence. Pour elle, celui qui est parti est "présent autrement".
- L'épure du langage : Son style est dépouillé, refusant tout artifice. Elle cherche le mot juste, celui qui laisse passer la lumière sans l'arrêter.
- Le paysage intérieur : Comme les autres membres de l'École de Rochefort, elle est sensible à la nature (la Loire, les jardins), mais elle les traite comme des reflets de l'âme.
Bibliographie
1. Œuvres poétiques majeures
- Le Bonheur du jour (1956), Éditions Seghers. (Prix de la Bretagne).
- Une ville pour le vent qui passe, Éditions Rougerie.
- Le Prince des lisières, Éditions Bruno Doucey. (Une anthologie récente et accessible).
- Poèmes choisis (1944-2002), Éditions de la Différence.
2. Récits et souvenirs
- C'était René Guy Cadou, Éditions du Rocher. (Le témoignage indispensable sur leur vie commune à Louisfert).
- La Longue marche, Éditions Jean-Pierre Delarge.
3. Études de référence
- Jean Lavoué, Hélène Cadou, la lumière au cœur, Éditions L'Enfance de l'Art.
- Jacques Lardoux, Hélène Cadou, collection « Présence de la poésie », Éditions Van de Velde.