La
page
blanche

Le dépôt

PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

437 - ZOOM ORANGE VOLE

TEXTES



La terre est bleue comme une orange

Jamais une erreur les mots ne mentent pas

Ils ne vous donnent plus à chanter

Au tour des baisers de s'entendre

Les fous et les amours

Elle sa bouche d'alliance

Tous les secrets tous les sourires

Et quels vêtements d'indulgence

À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert

L'aube se passe autour du cou

Un collier de fenêtres

Des ailes couvrent les feuilles

Tu as toutes les joies solaires

Tout le soleil sur la terre

Sur les chemins de ta beauté.


Paul Éluard, L'Amour la poésie




Comme l’orange a son écorce

Qui la protège et la contient,

L’âme garde sa propre force

Dans le secret qui lui appartient.

Le fruit mûrit sous le soleil,

Se gonfle d’un nectar vermeil,

Et quand il tombe sur le sol,

Il semble prêt pour un envol,

Tant sa rondeur est un miracle

Qui de la pesanteur fait obstacle.


Cécile Périn, Variations (Le fruit)




Comme le fruit se fond en jouissance,

Comme en délice il change son absence

Dans une bouche où sa forme se meurt,

Je hume ici ma future fumée,

Et le ciel chante à l'âme consumée

Le changement des rimes en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change !

Après tant d'orgueil, après tant d'étrange

Oisiveté, mais pleine de pouvoir,

Je m'abandonne à ce brillant espace,

Sur les maisons des morts mon ombre passe

Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.


Paul Valéry, Le Cimetière marin



L'orange est un fruit qui a la forme de la terre.

Le ciel est bleu, mais l’orange est plus haute.

Elle est le soleil qui descend sur la table.

On la pèse dans sa main comme un petit monde.

Elle est pleine d’un jus qui est la lumière même,

Une lumière sucrée qui coule entre les doigts.

Le poète la regarde et voit l’univers entier,

Concentré dans cette écorce d’or et de feu.


Anna de Noailles, L'Ombre des jours



Comme dans la corolle une perle de pluie,

Une orange de feu dans le ciel s’est enfuie.

Elle a quitté la branche et la terre captive,

Pour aller vers le soir, errante et fugitive.

C'est un astre de chair qui monte dans l'azur,

Léger comme un parfum, sous un rayon plus pur,

Et l'on croit voir passer, dans la pourpre des nues,

Une sphère d'espoir vers des terres inconnues.


Albert Samain, Le Jardin de l'Infante



Présentation


Le motif de l'orange en poésie dépasse la simple description d'un agrume pour devenir une métaphore de la totalité et de la transformation. De Paul Éluard à Paul Valéry, ce fruit incarne une géométrie sensible, une terre miniature capable de contenir tout l'éclat du soleil. Sa couleur vive et sa forme parfaite évoquent naturellement l'idée d'un astre domestique. Dans l'imaginaire littéraire, l'orange est souvent le point de départ d'une réflexion sur la perception : elle est ce qui se mange, ce qui se voit, mais aussi ce qui s'évapore en image poétique, suggérant un mouvement d'ascension ou d'envol vers l'idéal.



Bibliographie


Éluard, P., L'Amour la poésie, Gallimard, 1929. Noailles, A., L'Ombre des jours, Calmann-Lévy, 1902. Périn, C., Variations, Alphonse Lemerre, 1905. Samain, A., Le Jardin de l'Infante, Mercure de France, 1893. Valéry, P., Charmes, Gallimard, 1922.