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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

349 - ZOOM MONTALE

Eugenio Montale (1896-1981), prix Nobel de littérature en 1975, le poète du « mal de vivre » et de la résistance stoïque face à l'absurdité du monde.



Textes



Souvent j'ai rencontré le mal de vivre (Spesso il male di vivere ho incontrato) « Souvent j'ai rencontré le mal de vivre : / c'était le ruisseau étranglé qui râle, / c'était l'incandescence de la feuille / desséchée, c'était le cheval terrassé. / Je n'ai connu d'autre bien que le prodige / que dévoile la divine Indifférence : / c'était la statue dans la somnolence / du midi, et le nuage, et le faucon haut levé. » https://www.poeticous.com/montale/spesso-il-male-di-vivere-ho-incontrato?locale=fr



Ne nous demande pas le mot (Non chiederci la parola) « Ne nous demande pas le mot qui de toutes parts / définisse notre âme informe, et en lettres de feu / le proclame et resplendisse comme un crocus / perdu au milieu d'un champ poussiéreux. / [...] Ne nous demande pas la formule qui puisse t'ouvrir des mondes, / mais seulement quelque syllabe tordue et sèche comme une branche. / Tout ce que nous pouvons te dire aujourd'hui, / c'est ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne voulons pas. » https://www.poeticous.com/montale/non-chiederci-la-parola?locale=fr



La Maison des douaniers (La casa dei doganieri) « Tu ne te souviens pas de la maison des douaniers / sur l'arête à pic du rocher : / elle t'attend, désolée, depuis le soir / où y entra l'essaim de tes pensées / et s'y arrêta, inquiet. / [...] Je tiens encore un bout du fil ; mais la maison / s'éloigne et sur le toit la girouette / noircie par la rouille tourne sans pitié. / Je tiens un bout du fil ; mais tu restes seule / et tu ne respires pas ici dans l'obscurité. / Oh l'horizon en fuite, où s'allume / rarement la lumière du pétrolier ! / Est-ce ici le passage ? » https://www.poeticous.com/montale/la-casa-dei-doganieri?locale=fr



L'Anguille (L'anguilla, extrait) « L'anguille, la sirène / des mers froides qui quitte la Baltique / pour nos mers, nos estuaires, nos fleuves / qu'elle remonte à contre-courant, de branche en branche / [...] étincelle qui dit / que tout commence quand tout semble / brûlé, enfoui, branche de rechange ; / iris bref, jumelle / de celle que tes cils enchâssent / et que tu laisses briller intacte au milieu des fils / de ton cœur, peux-tu ne pas la croire sœur ? » https://www.poeticous.com/montale/l-anguilla?locale=fr



Satura (Xenia I, 5) « J'ai descendu, en te donnant le bras, au moins un million d'escaliers / et maintenant que tu n'es pas là, c'est le vide à chaque marche. / Même ainsi notre long voyage a été court. / Le mien dure encore, et je n'ai plus besoin / des correspondances, des réservations, / des pièges, des affronts de celui qui croit / que la réalité est celle que l'on voit. » https://www.poeticous.com/montale/ho-sceso-dandoti-il-braccio-almeno-un-milione-di-scale?locale=fr




Présentation



Eugenio Montale est le poète de l'aridité. Son premier recueil, Os de seiche (Ossi di seppia), utilise le paysage sec et brûlé de la Ligurie comme une métaphore de la condition humaine : un monde dépouillé d'illusions, où l'homme est prisonnier d'un mur surmonté de tessons de bouteilles.

Sa poétique repose sur le « corrélat objectif » (concept proche de celui de T.S. Eliot) : il ne décrit pas ses sentiments directement, mais les projette sur des objets concrets et souvent pauvres (un ruisseau étranglé, une girouette rouillée). Face au fascisme et à la guerre, il a opposé une dignité silencieuse, cherchant sans cesse la « maille rompue dans le filet », le petit miracle qui permettrait d'échapper à la nécessité absurde de l'existence. Plus tard, avec Satura, son style devient plus ironique et quotidien, hanté par le souvenir de sa femme disparue (Mosca).



Bibliographie