Le dépôt
124 - ZOOM MARINETTI
On ne peut comprendre l'histoire du XXe siècle sans regarder en face la violence verbale qui a préparé les esprits au fascisme. Filippo Tommaso Marinetti, fondateur du Futurisme, a confondu la vitesse des machines avec la brutalité des âmes. Ses mots, restés célèbres pour leur audace publicitaire, cachent une idéologie de mort. Voici la fin de son manifeste, là où le masque tombe (extraits 9 et 10)
Manifeste du futurisme 1909 - extrait
9. Nous voulons glorifier la guerre — seule hygiène du monde — le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées qui tuent, et le mépris de la femme. 10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires. »
MANIFESTE DU FUTURISME ENTIER
Le Manifeste du Futurisme (Texte fondateur, 1909)
« 1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité. 2. Le courage, l’audace, la rébellion seront les éléments essentiels de notre poésie. 3. La littérature ayant jusqu’ici exalté l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas de course, le saut mortel, la gifle et le coup de poing. 4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux semblables à des serpents à l’haleine explosive... une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace. 5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite. 6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux. 7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme. [...] 9. Nous voulons glorifier la guerre — seule hygiène du monde — le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées qui tuent, et le mépris de la femme. 10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires. »
Contre l'Amour et le Parlementarisme (Extrait de Guerre, seule hygiène du monde, 1915)
« Nous voulons violemment combattre l'idéal de la femme-poison, de la femme-fatale, de la femme-bibliothèque, de la femme-musée. Nous voulons balayer de notre vie ce sentimentalisme qui est une rouille pour l'action. L'amour, cette maladie de la volonté, doit être remplacé par l'instinct pur, rapide et mécanique. L'homme futur sera un homme dépsychologisé, un homme dont les fibres seront d'acier, un homme qui n'aura plus de cœur mais une pompe à huile. Nous méprisons le Parlement, ce vieux bavardage de vieilles femmes ; nous méprisons les lois qui protègent les faibles et les infirmes. Le seul droit qui existe est le droit de la force, le droit du muscle, le droit de celui qui sait foncer sans regarder en arrière. Le monde n'appartient pas aux rêveurs, mais aux destructeurs. »
Lien source : Archives du Futurisme - Université de Milan
Manifeste de la Cuisine Futuriste (Extrait, 1930)
« La cuisine actuelle est un reste de la passivité antique. Nous voulons une cuisine qui soit une fête de l'agressivité et de l'optimisme. Il faut supprimer les pâtes alimentaires, cette religion absurde qui rend l'Italien lourd, lent et sentimental. Nous proposons des plats qui mélangent le fer, le parfum et l'électricité. Imaginez un mets composé de quartiers de bœuf marinés dans du rhum, saupoudrés de camphre et servis avec une sauce de framboises et de gazoline. Le but n'est plus de se nourrir, mais de créer une excitation nerveuse, un choc sensoriel qui prépare l'homme aux combats futurs. On mangera dans le vacarme des moteurs et sous des lumières stroboscopiques, car le silence et la paix sont les ennemis de la race nouvelle. »
Lien source : La Cucina Futurista - Éditions de la Fenice
Bataille à Adrianopoli (Extrait de Zang Tumb Tuuum, 1914)
« chaque 5 secondes canons de siège éventrer le silence par un accord tam-tuuumb mutisme de 50 échos pour servir de prolongement de déchiquetage d'émiettement à l'infini au centre de ces tam-tuuumb balayés (amplitude 50 kilomètres carrés) bondir éclats de rire coups de fusil pénétrante stridence de la haine épanouissement de la chair cascades de ferraille flac flac souffle de terreur mélodie des cliquetis cloués à la poitrine soleil-victoire-futur ! foules d'hommes-mitrailleuses-chevaux-canons en train de se dévorer le foie éviscération des montagnes-vents-nuages victoire du hasard-vitesse tous les orchestres de la guerre battre la mesure sur le tambour-terre ZANG-TUMB-TUUUM ! »
Espace bibliographique
- Manifeste du Futurisme (1909)
- Mafarka le futuriste (Roman, 1909)
- Zang Tumb Tuuum (1914)
- Les mots en liberté futuristes (1919)