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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

338 - ZOOM TENNYSON

Lord Alfred Tennyson (1809-1892), poète lauréat de l'ère victorienne, dont la voix a capturé à la fois la mélancolie du deuil, la majesté des légendes arthuriennes et les doutes de son siècle face au progrès.



Textes



Ulysse « Il n'y a que peu de profit à ce qu'un roi oisif, / Près de ce foyer tranquille, parmi ces rochers stériles, / Uni à une femme âgée, je mesure et dispense / Des lois inégales à une race sauvage, / Qui s'empiffre, et dort, et mange, et ne me connaît pas. / [...] Mon but est de naviguer au-delà du coucher du soleil, / Et des bains de toutes les étoiles de l'occident, jusqu'à ce que je meure. / Peut-être que les gouffres nous engloutiront : / Peut-être atteindrons-nous les Îles Fortunées, / Et verrons-nous le grand Achille, que nous avons connu. / Quoique beaucoup soit emporté, beaucoup demeure ; et bien que / Nous ne soyons plus cette force qui, aux jours anciens, / Ébranlait la terre et les cieux ; ce que nous sommes, nous le sommes ; / Un seul tempérament de cœurs héroïques, / Affaiblis par le temps et le destin, mais forts par la volonté / De chercher, de lutter, de trouver, et de ne jamais céder. » https://fr.wikisource.org/wiki/Ulysse_(Tennyson



La Dame de Shalott (Partie III) « Un éclair jaillit entre les tiges des gerbes, / Le soleil brillait sur les jambières d'airain / Du hardi Sir Lancelot. / Un chevalier à la croix rouge éternellement agenouillé / Devant une dame sur son bouclier, / Qui étincelait dans le champ jaune, / Près de la lointaine Shalott. / [...] "La malédiction s'abat sur moi", s'écria / La Dame de Shalott. / Le miroir se brisa de part en part ; / La toile s'envola et s'étira au loin ; / "La malédiction s'abat sur moi", s'écria / La Dame de Shalott. » https://fr.wikisource.org/wiki/La_Dame_de_Shalott



In Memoriam A.H.H. (Prologue et Section LIV) « Nous ne sommes que de vains reflets : / Tu es la Lumière, et en toi les reflets s'effacent. / [...] Oh, nous espérons pourtant que d'une façon ou d'une autre le bien / Sera le but final du mal, / Pour les tourments de la chair et les péchés de la volonté, / Les défauts de la nature et les souillures du sang ; / Que rien ne marche d'un pas sans but ; / Qu'aucun désir ne soit vainement conçu ; / Qu'aucun ver ne soit écrasé en vain ; / Qu'aucun papillon, dans une vaine recherche, / Ne périsse dans un feu inutile. » https://fr.wikisource.org/wiki/In_memoriam_(Tennyson



La Charge de la Brigade Légère « En avant, la Brigade Légère ! / Chargez les canons ! dit-il. / Dans la vallée de la Mort / Chevauchèrent les six cents. / "En avant, la Brigade Légère !" / Y eut-il un homme effrayé ? / Non, même si les soldats savaient / Que quelqu'un avait fait une erreur. / Leur but n'est pas de raisonner, / Leur but n'est pas de demander pourquoi, / Leur but est de foncer et de mourir. / Dans la vallée de la Mort / Chevauchèrent les six cents. » https://fr.wikisource.org/wiki/La_Charge_de_la_brigade_légère



Franchir la barre (Crossing the Bar) « Le couchant et l'étoile du soir, / Et pour moi un appel clair ! / Et qu'il n'y ait pas de gémissement de la barre, / Quand je prendrai la mer. / [...] Car bien que hors de nos limites de Temps et de Lieu / Le flot puisse m'emporter au loin, / J'espère voir mon Pilote face à face / Quand j'aurai franchi la barre. » https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Crossing_the_Bar



Présentation


Alfred Tennyson est le poète de l'équilibre victorien. Après la ferveur révolutionnaire des romantiques (Shelley, Byron), il apporte une perfection formelle et une musicalité mélancolique qui ont défini le goût de toute une époque. Ses thèmes de prédilection sont la persévérance stoïque face au déclin (Ulysse), la solitude de l'artiste (La Dame de Shalott) et la lutte entre la foi religieuse et les découvertes scientifiques de son temps.

Son chef-d'œuvre élégiaque, In Memoriam, écrit sur dix-sept ans après la mort de son ami Arthur Hallam, est une exploration profonde du deuil. Tennyson y exprime l'angoisse d'un monde où la nature semble « rouge de dents et de griffes » (anticipant Darwin), cherchant désespérément un sens à la souffrance humaine. Son style est d'une richesse sensorielle extrême, utilisant des sonorités onomatopéiques pour créer des atmosphères d'une précision quasi picturale.



Bibliographie