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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

326 - ZOOM MANRIQUE

POÈMES

Coplas a la muerte de su padre

Recuerde el alma dormida, avive el seso y despierte contemplando cómo se pasa la vida, cómo se viene la muerte tan callando; cuán presto se va el placer, cómo, después de acordado, da dolor; cómo, a nuestro parecer, cualquier tiempo pasado fue mejor.

Nuestras vidas son los ríos que van a dar en la mar, que es el morir; allí van los señoríos derechos a se acabar y consumir; allí los ríos caudales, allí los otros medianos y más chicos, y llegados, son iguales los que viven por sus manos y los ricos.

Pues si vemos lo presente cómo en un punto se es ido y acabado, si juzgamos sabiamente, daremos lo no venido por pasado. No se engañe nadie, no, pensando que ha de durar lo que espera, más que duró lo que vio, pues que todo ha de pasar por tal manera.

Este mundo es el camino para el otro, que es morada sin pesar; mas cumple tener buen tino para andar esta jornada sin errar. Partimos cuando nacemos, andamos mientras vivimos, y llegamos al tiempo que fenecemos; así que cuando morimos, descansamos.

Traduction française :

Strophes sur la mort de son père

Que l’âme endormie se souvienne, Que l’esprit s’éveille et se réveille En contemplant Comment la vie s’en va, Comment la mort vient Si silencieusement ; Combien vite le plaisir s’envole, Comment, après avoir été rappelé, Il apporte la douleur ; Comment, à notre avis, Tout temps passé Fut meilleur.

Nos vies sont des rivières Qui vont se jeter dans la mer, Qui est la mort ; Là vont les seigneuries Droites pour finir Et s’éteindre ; Là les grands fleuves, Là les autres moyens Et plus petits, Et arrivés, ils sont égaux Ceux qui vivent de leurs mains Et les riches.

Puisque nous voyons le présent Comment en un instant il est parti Et terminé, Si nous jugeons sagement, Nous donnerons ce qui n’est pas encore venu Pour passé. Que personne ne s’y trompe, En pensant que ce qu’il espère Durera, Plus que dura ce qu’il a vu, Puisque tout doit passer De cette manière.

Ce monde est le chemin Pour l’autre, qui est demeure Sans peine ; Mais il faut avoir bon sens Pour parcourir ce voyage Sans se tromper. Nous partons quand nous naissons, Nous marchons tant que nous vivons, Et nous arrivons Au temps où nous finissons ; Ainsi, quand nous mourons, Nous nous reposons.

Source : Wikisource – Jorge Manrique, Coplas a la muerte de su padre

Coplas de don Jorge Manrique

¡Oh mundo, mundo cruel! ¿Por qué a los que en ti viven no les das a conocer cuán poco les aprovecha lo que tanto desean? Tus bienes son sin medida, tus males, sin comparación; tu vida, breve y pequeña; tu muerte, cierta y clara.

Traduction française :

Strophes de don Jorge Manrique

Ô monde, monde cruel ! Pourquoi ne fais-tu pas connaître À ceux qui vivent en toi À quel point peu leur sert Ce qu’ils désirent tant ? Tes biens sont sans mesure, Tes maux, sans comparaison ; Ta vie, brève et petite ; Ta mort, certaine et claire.

Source : Poesía española – Jorge Manrique, Coplas de don Jorge Manrique

Coplas a la Pasión de Cristo

Cuando el Hijo de Dios padece, la tierra se oscurece, el sol su luz pierde, y el cielo se entristece.

Los ángeles lloran, los santos se afligen, y el mundo se estremece al ver tal dolor.

Traduction française :

Strophes sur la Passion du Christ

Quand le Fils de Dieu souffre, La terre s’obscurcit, Le soleil perd sa lumière, Et le ciel s’attriste.

Les anges pleurent, Les saints s’affligent, Et le monde tremble En voyant une telle douleur.

Source : Poesía española – Jorge Manrique, Coplas a la Pasión de Cristo




Coplas a una dama

Si de mi baja lira tanto pudiese el son, que en un momento aplacase la ira del corazón, y en dulce sueño olvidasen el dolor más fuerte, ¡qué dulce sería, señora, la muerte!




Traduction française :

Strophes à une dame


Si de ma lyre modeste

Le son pouvait tant,

Qu’en un instant il apaisât

La colère du cœur,

Et que dans un doux sommeil

On oublie la plus forte douleur,

Que douce serait, madame, La mort !

Source : Poesía española – Jorge Manrique, Coplas a una dama



Coplas a la Virgen


Virgen, madre del amor hermoso, que en el cielo y en la tierra eres luz y esencia pura, escucha mi voz dolorida, que en mi pecho se encierra.



Traduction française :

Strophes à la Vierge


Vierge, mère de l’amour beau,

Qui dans le ciel et sur la terre

Es lumière et essence pure,

Écoute ma voix douloureuse,

Qui dans ma poitrine s’enferme.

Source : Poesía española – Jorge Manrique, Coplas a la Virgen



PRÉSENTATION


Jorge Manrique, né vers 1440 à Paredes de Nava (Espagne) et mort en 1479 à Santa María del Campo, est l’un des poètes les plus importants de la littérature espagnole du XVe siècle. Issu d’une famille noble, il a participé activement à la vie politique et militaire de son époque, notamment dans les conflits qui ont marqué la Castille. Son œuvre, bien que relativement réduite en volume, est considérée comme un chef-d’œuvre de la poésie médiévale espagnole, mêlant profondeur philosophique, lyrisme et réflexion sur la condition humaine.

Manrique est surtout célèbre pour ses Coplas a la muerte de su padre (Strophes sur la mort de son père), un poème élégiaque qui médite sur la fugacité de la vie, l’inéluctabilité de la mort et l’égalité de tous devant elle. Ce poème, écrit en vers octosyllabiques, est un exemple parfait de l’art poétique de Manrique, marqué par une simplicité apparente et une profondeur de pensée. Il y explore des thèmes universels comme la vanité des biens terrestres, la brièveté de la vie et la quête de sens.

Son style, influencé par la tradition médiévale et la poésie courtoise, se distingue par une grande économie de moyens et une capacité à exprimer des idées complexes avec une clarté et une élégance remarquables. Manrique utilise souvent des images tirées de la nature et de la vie quotidienne pour illustrer ses réflexions sur la mortalité et la spiritualité.

En plus de ses Coplas, Manrique a également écrit des poèmes religieux et amoureux, où il exprime une sensibilité aiguë aux émotions humaines et une quête de transcendance. Son œuvre, bien que moins abondante que celle d’autres poètes de son époque, reste un modèle de concision et de profondeur, et continue d’inspirer les lecteurs par sa capacité à toucher l’universel à travers le particulier.


`BIBLIOGRAPHIE