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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

426 - ZOOM NIETZSCHE

Textes




Le monde est profond, plus profond que ne le pense le jour. Sa douleur est profonde, mais la joie est plus profonde encore que la souffrance. La douleur dit : péris ! Mais toute joie veut l'éternité, elle veut la profonde, la profonde éternité. Ô homme, prends garde ! Que dit le minuit profond ? J'ai dormi, j'ai dormi, d'un profond sommeil je me suis éveillé. Le monde est profond, et plus profond que ne le pensait le jour. Je chante pour moi seul et pour ceux qui me ressemblent, pour les errants et les chercheurs d'aurore. Ma poésie n'est pas une consolation mais un marteau qui brise les vieilles idoles pour laisser place à la vie triomphante. Celui qui veut monter sur les plus hautes montagnes se rit de toutes les tragédies, de toutes les gravités. Je suis celui qui écrit avec son sang, car le sang est esprit. https://www.gutenberg.org/files/19331/19331-h/19331-h.htm





Écris avec du sang, et tu apprendras que le sang est esprit. Il n'est pas facile de comprendre le sang d'autrui : je hais les lecteurs oisifs. Celui qui connaît le lecteur ne fait plus rien pour le lecteur. Encore un siècle de lecteurs et l'esprit lui-même sentira mauvais. Que chacun puisse apprendre à lire, cela gâte à la longue non seulement l'écriture, mais aussi la pensée. Jadis l'esprit était Dieu, puis il devint homme, et maintenant il devient populace. Celui qui écrit en maximes et avec du sang ne veut pas être lu, mais être appris par cœur. Dans les montagnes, le chemin le plus court va d'une cime à l'autre, mais pour cela il faut avoir de longues jambes. Les maximes doivent être des cimes, et ceux à qui l'on parle doivent être grands et de haute stature. L'air pur et léger, le danger proche et l'esprit plein d'une joyeuse méchanceté : voilà ce qui me convient. https://www.nietzsche source.org/texts/fr/Za





Sous les étoiles froides, je marche seul sur les sentiers de glace. J'ai quitté les vallées où les hommes s'endorment dans la chaleur de leurs petits mensonges. Ma solitude est une grotte où je forge les éclairs de demain. Je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite. Ma poésie est le chant du solitaire qui a trouvé son propre soleil. J'ai brûlé mes ponts derrière moi et il ne me reste plus qu'à avancer vers l'inconnu. Le vent du nord est mon compagnon, il balaie les poussières du passé et purifie mon souffle. Je chante la danse de celui qui a brisé ses chaînes, la danse au bord de l'abîme. Ne me cherchez pas parmi les sages de la cité, je suis le poète du midi cruel, celui qui regarde la vérité en face sans faiblir. Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort, et chaque vers est une victoire sur le néant. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67319q






Le ciel est d'un bleu d'acier au-dessus des cimes de l'Engadine. Ici, la pensée devient transparente et le mot se fait cristal. Je regarde le lac de Sils-Maria et je vois l'éternel retour de toutes choses se refléter dans ses eaux tranquilles. Ma poésie est une action de grâces pour la beauté terrible du monde. Je ne veux pas de disciples, je veux des compagnons de route qui sachent rire de leur propre détresse. L'art est la seule force capable de nous sauver de la vérité, car la vérité est mortelle. Je suis le poète du devenir, celui qui célèbre la métamorphose perpétuelle de l'être. Chaque poème est un masque que je porte pour mieux révéler le chaos qui m'habite. Nous sommes les créateurs de nos propres valeurs, les sculpteurs de notre propre destin. La vie est un jeu divin dont nous devons apprendre les règles sans jamais perdre notre sérieux d'enfant. https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/friedrich-nietzsche-ecce-homo-44-pourquoi-je-suis-un-destin





Je suis venu à vous comme un prophète de la joie et vous m'avez pris pour un fou. J'ai annoncé la mort de Dieu et vous avez continué à adorer ses ombres. Ma poésie est le dernier cri avant le grand silence. J'ai donné aux hommes le plus beau cadeau qu'ils puissent recevoir : le mépris de soi-même pour atteindre l'au-delà de l'homme. Mon Zarathoustra est un chant de liberté, une symphonie de la volonté de puissance. J'ai aimé cette terre d'un amour jaloux, j'ai baisé sa poussière et ses fleurs de sang. Maintenant que l'ombre descend sur mon esprit, je vous laisse ces paroles comme des graines pour les moissons futures. Ne m'imitez pas, dépassez-moi. Trouvez votre propre chant, votre propre rythme, votre propre vérité. Je me fonds dans la lumière du couchant, fier d'avoir été celui qui a osé dire oui à la vie, malgré tout, jusqu'à la fin. https://www.philopure.com/anthologie/nietzsche-ainsi-parlait-zarathoustra



Présentation de l'auteur


Friedrich Nietzsche, né en 1844 en Saxe et mort en 1900 à Weimar, est l'un des penseurs les plus influents de la modernité, mais il se considérait avant tout comme un poète et un musicien du langage. Philologue de formation, il a brisé les cadres du traité philosophique traditionnel pour inventer une écriture fragmentaire, aphoristique et lyrique. Son chef-d'œuvre, Ainsi parlait Zarathoustra, est un poème philosophique monumental où la pensée se fait chant et métaphore. Pour Nietzsche, la poésie n'est pas un simple embellissement, mais le seul mode d'expression capable de traduire la "volonté de puissance" et le "gai savoir". Marqué par une solitude croissante et une santé déclinante, il a produit une œuvre d'une intensité volcanique qui préfigure les révolutions artistiques et littéraires du vingtième siècle.



Bibliographie


La Naissance de la tragédie, 1872. Le Gai Savoir, 1882. Ainsi parlait Zarathoustra, 1883-1885. Par-delà bien et mal, 1886. Le Crépuscule des idoles, 1888. Dithyrambes de Dionysos, 1888. Ecce Homo, 1888 (publié posthume en 1908).