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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

417 - ZOOM ARMITAGE

Textes




L'amour n'est pas un événement spectaculaire, c'est une mesure de distance. Je me souviens d'avoir tenu le bout de ton ruban à mesurer alors que tu montais à l'étage pour évaluer l'espace d'une pièce vide. Nous étions reliés par cette ligne fine, un cordon ombilical de centimètres et de millimètres. Tu notais les chiffres sur le mur, et moi, en bas, je sentais la tension de ton mouvement à travers le métal souple. C'est ainsi que l'on construit une vie, en mesurant ce qui nous sépare pour mieux comprendre ce qui nous unit. Le ruban finit par s'enrouler, le ressort s'enclenche avec un claquement sec, mais la certitude d'avoir partagé cet espace reste gravée dans le plâtre de nos mémoires. Tout est une question d'ajustement, de savoir quand lâcher prise et quand tenir bon. https://www.poetryfoundation.org/poems/55925/mother-any-distance-greater-than-a-single-span





Regardez ce pneu abandonné dans le fossé, ce vestige d'une vitesse oubliée qui devient lentement une partie du paysage. Il y a une poésie dans les rebuts de notre civilisation, dans ces objets qui ont perdu leur utilité mais qui refusent de disparaître. La nature reprend ses droits, la mousse colonise le caoutchouc, l'eau de pluie stagne dans le creux de la jante. Je veux écrire sur ce qui est là, sous nos yeux, sur le béton des parkings et le goudron des routes nationales. Le poète n'est pas un être à part, c'est un homme qui marche dans les zones industrielles et qui voit la beauté dans le reflet d'une flaque d'huile. Chaque débris raconte une histoire de passage, de fatigue et d'abandon. Nous habitons un monde de seconde main, et c'est dans cette usure que je trouve la vérité de notre condition humaine. https://www.theguardian.com/books/2019/may/10/simon-armitage-poet-laureate-interview






Le langage est une boîte à outils que j'emporte avec moi sur les chantiers du réel. J'aime les mots qui ont du poids, les mots qui sentent le fer et la terre, les mots qui ont été polis par l'usage des gens ordinaires. Ma poésie vient des collines du Yorkshire, de cet accent qui hache les phrases et qui donne une rudesse nécessaire à la pensée. Je ne cherche pas l'élégance facile, je cherche la précision du geste de l'artisan. Écrire un poème, c'est comme réparer une clôture ou construire un mur de pierres sèches : il faut que ça tienne, il faut que ça résiste au vent. Le rythme est celui de la marche, un battement régulier sur le sol dur. Je m'adresse à ceux qui n'ont pas le temps de lire de la poésie, à ceux qui pensent que les livres sont des objets étrangers à leur vie. https://www.britannica.com/biography/Simon-Armitage






La nuit tombe sur la vallée et les lumières des maisons s'allument comme des promesses de confort. Je regarde les trains passer au loin, ces chenilles lumineuses qui transportent des destins dont je ne saurai jamais rien. Il y a une tristesse infinie dans le mouvement, dans ce désir de partir pour finalement arriver nulle part. Nous passons notre vie à transiter, à attendre sur des quais de gare ou dans des aéroports impersonnels. La poésie est l'arrêt sur image, l'instant où l'on décide de ne plus bouger pour regarder enfin ce qui nous entoure. Je note les petits riens, les conversations saisies au vol, le bruit de la pluie sur le toit d'un abribus. Tout est précieux parce que tout est éphémère. Nous sommes des ombres portées sur un mur de briques rouges, des passagers d'un soir. https://www.bbc.com/culture/article/20190510-simon-armitage-the-new-poet-laureate






L'histoire n'est pas dans les livres de classe, elle est dans les noms des rues et dans la forme des collines. Je marche sur des chemins qui ont été tracés par des siècles de labeur, sentant sous mes pieds le travail de ceux qui m'ont précédé. Le paysage est un parchemin que l'on ne finit jamais de déchiffrer. Je veux être le greffier de ce qui change et de ce qui demeure. Ma nomination au titre de poète lauréat n'est pas une fin en soi, c'est un engagement à rester à l'écoute du pouls de ce pays. La poésie doit être publique, accessible, elle doit circuler comme l'air que l'on respire. Elle est le lien entre le passé et le futur, une manière de dire que nous sommes encore là, vivants, malgré le fracas des machines et le silence des étoiles. La vie est un poème sans fin que nous écrivons ensemble, jour après jour. https://www.simonarmitage.com/biography/




Présentation de l'auteur


Simon Armitage, né en 1963 à Marsden dans le Yorkshire de l'Ouest, est l'un des poètes les plus populaires et les plus respectés du Royaume-Uni. Ancien travailleur social, il a succédé à Carol Ann Duffy en tant que Poète Lauréat en 2019. Son œuvre se distingue par un langage direct, souvent teinté d'humour et d'ironie, et un ancrage profond dans le paysage et la culture du nord de l'Angleterre. Maître du quotidien, il sait transformer les observations les plus banales en méditations métaphysiques sur le temps, la perte et l'identité. Il est également connu pour ses traductions magistrales du moyen-anglais (Sir Gawain and the Green Knight) et son engagement pour la poésie à travers les médias et les performances publiques.




Bibliographie


Zoom !, 1989. Kid, 1992. The Dead Sea Poems, 1995. CloudCuckooLand, 1997. Sir Gawain and the Green Knight (traduction), 2007. The Unaccompanied, 2017. Magnetic Field : The Marsden Poems, 2020.