La
page
blanche

Le dépôt

PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

364 - ZOOM GEZELLE

Textes



Ô l'alouette, l'alouette, qui chante là-haut dans le bleu, si haut que l'œil ne peut plus la suivre, mais que l'oreille boit encore sa mélodie comme une eau fraîche. Tu es le petit point qui vibre entre la terre et le ciel, l'étincelle de vie qui monte vers le soleil pour lui rendre grâce au nom de tous ceux qui rampent au sol. Ton chant ne connaît ni la fatigue ni la tristesse, il est une louange pure, un fil d'argent qui relie le monde visible à l'invisible. Puissé-je avoir ton aile et ton insouciance pour m'élever moi aussi au-dessus des misères humaines et ne plus être qu'une voix qui s'égosille de bonheur dans la clarté du matin. https://www.dbnl.org/tekst/geze002verz01_01/geze002verz01_01_0045.php



Le petit roseau qui tremble au bord de l'eau, que dit-il quand le vent passe et le fait ployer jusqu'à la surface du miroir ? Il ne se plaint pas, il ne résiste pas, il accepte la caresse brutale ou légère de l'air avec une patience infinie. Il y a dans sa fragilité une force que le chêne ignore, car le roseau sait que pour ne pas rompre, il faut savoir s'incliner. Il murmure des secrets aux libellules et garde la mémoire de chaque goutte de pluie qui a glissé sur sa tige. C'est une prière muette que ce balancement régulier, une leçon d'humilité donnée par la nature à celui qui sait s'arrêter et regarder la vie dans ce qu'elle a de plus minuscule. https://www.dbnl.org/tekst/geze002verz02_01/geze002verz02_01_0008.php



Soir d'été, calme et profond, où la lumière décline avec une lenteur de bénédiction sur les champs de Flandre. Les clochers au loin semblent des sentinelles qui veillent sur le repos des laboureurs. Tout s'apaise, tout se tait, et l'on entendrait presque le bruit de la sève qui descend dans les racines. C'est l'heure où l'âme se sent chez elle, où la patrie n'est plus une idée mais une sensation de terre mouillée et de foin coupé. Dieu est partout dans ce silence, il marche dans les sillons et repose dans l'ombre des haies. Chaque étoile qui s'allume est un regard bienveillant posé sur la fatigue des hommes et la paix des bêtes. https://www.dbnl.org/tekst/geze002verz03_01/geze002verz03_01_0112.php



L'eau qui court dans le fossé, noire et brillante, emporte avec elle les feuilles mortes et les rêves oubliés. Elle ne regarde jamais en arrière, elle va vers son destin avec une détermination tranquille, contournant l'obstacle ou le recouvrant de son écume. Elle est le sang de la terre, le lien qui unit la colline à la mer. Parfois elle s'arrête dans une mare pour refléter le passage d'un nuage, puis elle reprend sa course, toujours la même et toujours différente. On croit la connaître, mais elle est insaisissable comme le temps. Elle nous enseigne que tout passe, que tout coule, et qu'il faut se laisser porter par le courant de la volonté divine sans crainte de se perdre. https://www.gezelle.be/gedichten/o-vrije-vlaamsche-poezie



Fleur de cerisier, neige de printemps qui tombe sans un bruit sur l'herbe verte, tu es l'image même de la brièveté de nos joies. À peine éclose, déjà tu te fanes, mais dans ce court instant de splendeur, tu as contenu toute la promesse de la vie. Ta blancheur est un reproche à nos cœurs encombrés, ta légèreté nous invite à ne pas nous attacher aux choses de ce monde. Tu es un poème écrit par le Créateur sur la branche, une écriture éphémère que le vent efface mais dont le parfum demeure dans le souvenir. Béni soit l'arbre qui te porte et béni soit l'œil qui a su te voir avant que tu ne retournes à la poussière. https://www.dbnl.org/tekst/geze002verz04_01/geze002verz04_01_0056.php




Présentation de l'auteur


Guido Gezelle, né en 1830 à Bruges et mort en 1899 dans la même ville, est un prêtre catholique et poète lyrique considéré comme l'un des plus grands noms de la littérature néerlandaise de Belgique. Sa poésie, profondément ancrée dans sa foi chrétienne et son amour pour la nature flamande, se distingue par une musicalité exceptionnelle et une observation quasi mystique des phénomènes naturels. Gezelle a lutté pour la reconnaissance d'une langue flamande authentique, loin des influences académiques, puisant son vocabulaire dans le terroir et les vieux parlers. Son œuvre, qui va de la louange religieuse à l'évocation sensible des paysages, a exercé une influence majeure sur le renouveau littéraire en Flandre.


Bibliographie


Vlaemsche Dichtoefeningen, Stock-Werbrouck, 1858. Gedichten, Gezangen en Gebeden, Bogaert, 1862. Tijdkrans, Leliaert, Siffer & Cie, 1893. Rijmsnoer om en om het jaar, Jules De Meester, 1897. Laatste Verzen, Jules De Meester, 1901.