Le dépôt
319 - ZOOM STANESCU
État second
C’est un glissement de sentiments, une sorte de fin d’un certain jour, une sorte de début d’un autre jour, mais surtout c’est un glissement, comme si l’on passait d’un état à un autre, comme si l’on passait du mot au silence, du mouvement à l’immobilité, et tout cela sans aucun bruit, sans aucun cri, sans aucune plainte. https://ro.wikisource.org/wiki/Starea_a_doua
Leçon sur le cercle
On dessine sur le sable un cercle qu’on coupe en deux, avec le même bâton de noisetier on coupe en deux le cercle. Ensuite, on s’agenouille, ensuite, on tombe sur les mains. Après cela, on frappe du front le sable et on demande pardon au cercle. C’est tout. https://ro.wikisource.org/wiki/Lec%C5%A3ia_despre_cerc
Leçon sur le cube
On prend un morceau de pierre, on le taille avec un ciseau de sang, on le polit avec l’œil de l’imagination jusqu’à ce qu’un cube parfait apparaisse. Ensuite on baise le cube avec sa bouche, ensuite on regarde le cube avec ses yeux. Enfin on brise le cube avec un marteau. https://ro.wikisource.org/wiki/Lec%C5%A3ia_despre_cub
Onzième élégie
Tout ce qui est a une limite, même l’illimité a une limite, car l’illimité est la limite de lui-même. Je suis là, entouré de ma propre limite, comme une église entourée de son propre silence, comme un oiseau entouré de son propre vol. Je suis là, et ma limite est ma propre liberté. https://ro.wikisource.org/wiki/A_unsprezecea_elegie
C’est moi
C’est moi, une ligne droite qui a eu le malheur de se souvenir qu’elle était autrefois un cercle. C’est moi, un mot qui a oublié sa propre signification et qui cherche maintenant un objet à nommer. C’est moi, le spectateur de mon propre spectacle. https://ro.wikisource.org/wiki/Sunt_eu
Présentation
Nichita Stănescu est le poète le plus influent de la littérature roumaine de la seconde moitié du vingtième siècle. Il incarne le passage du réalisme socialiste imposé vers un néomodernisme audacieux qui redonne au langage sa fonction métaphysique et ludique. Son œuvre est une exploration de l'ontologie de la parole, où le poème ne décrit pas le monde mais tente de saisir l'essence même de l'être.
Son innovation majeure réside dans la déconstruction des structures classiques au profit d'une poésie de l'abstraction. Dans ses cycles célèbres, notamment les Onze Élégies, il interroge les limites du corps et de la perception, cherchant à atteindre un état de pureté intellectuelle. Stănescu perçoit le langage comme un obstacle entre le soi et la réalité, une membrane qu'il tente de percer par des métaphores surprenantes et une syntaxe réinventée. Son style, souvent qualifié de visionnaire, mêle une grande tendresse lyrique à une rigueur mathématique, faisant de lui un bâtisseur de nouveaux mondes sémantiques.
Bibliographie
Stănescu, Nichita. 11 élégies (11 elegii). Éditions de la Jeunesse, 1966. https://www.printrecarti.ro/6069-nichita-stanescu-11-elegii.html
Stănescu, Nichita. L'œuf et la sphère (Oul şi sfera). Éditions Eminescu, 1967. https://www.bcucluj.ro/ro/biblio/nichita-stanescu
Stănescu, Nichita. Le droit au temps (Dreptul la timp). Éditions de la Jeunesse, 1965. https://www.anticariat.net/stanescu-nichita-dreptul-la-timp
Stănescu, Nichita. Autoportrait sur une feuille de automne. Choix de poèmes traduits par Constantin Eretescu, Éditions L'Harmattan, 2013. https://www.editions-harmattan.fr/livre-autoportrait_sur_une_feuille_d_automne_nichita_stanescu
Popa, Marian. Nichita Stănescu : Le temps de la vision. Éditions Cartea Românească, 1980. https://www.humanitas.ro/humanitas/nichita-stanescu-spatiul-si-timpul-viziunii