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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

213 - ZOOM POÈTES D'AFRIQUE

Voici un panorama de la poésie africaine, un continent où la parole poétique est traditionnellement liée à l'oralité, au rythme du tambour et à la lutte pour l'affirmation de l'identité.


Textes



1. Léopold Sédar Senghor - Femme noire (Poème complet, Sénégal)

« Femme nue, femme noire Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ! J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux. Et voilà qu’au cœur de l’Été et de Midi, je te découvre Terre promise, du haut d’un haut col calciné Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle.

Femme nue, femme obscure Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du Vainqueur Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée.


[...]


Femme nue, femme noire Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel, Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie. »

https://www.poemes.co/femme-noire.html




2. Birago Diop - Souffles (Extrait, Sénégal)

« Écoute plus souvent Les Choses que les Êtres La Voix du Feu s’entend, Entends la Voix de l’Eau. Écoute dans le Vent Le Buisson en sanglots : C’est le Souffle des ancêtres. Ceux qui sont morts ne sont jamais partis : Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans l’Arbre qui frémit, Ils sont dans le Bois qui gémit, Ils sont dans l’Eau qui coule, Ils sont dans l’Eau qui dort, Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule : Les Morts ne sont pas morts. »

https://www.unjourunpoeme.fr/poeme/souffles




3. Tchicaya U Tam’si - Le Mauvais Sang (Extrait, Congo)

« Je ne suis pas de votre monde. Je suis de l’autre rive, là où le soleil saigne sur les mains des pêcheurs d’ombres. Ma voix est une pirogue qui chavire dans le courant des fleuves oubliés. J’ai bu le vin de l’exil, il a le goût de la cendre. Mais je garde en moi la fureur des orages et la douceur des pluies sur la terre rouge. Je chante pour ceux qui n'ont pas de nom, pour ceux que le vent de l'histoire a dispersés. »

https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/Le-Mauvais-Sang




4. Wole Soyinka - Abiku (Extrait, Nigeria)

« En vain tu verses l'huile de ton cœur, En vain les cloches de tes mains m'appellent. Je suis Abiku, l'enfant qui meurt et renaît, Le voyageur des cercles inachevés. Ne me lie pas avec des herbes sacrées, Ne me marque pas de cicatrices de feu. Mon monde est celui de la nuit et de la rosée, Où la vie et la mort dansent le même rythme. »

https://www.afrik.com/wole-soyinka-le-poete-de-la-liberte




5. Jean-Joseph Rabearivelo - Naissance du Jour (Extrait, Madagascar)

« Des milliers de mains se tendent vers l'Orient pour saisir le premier rayon du soleil. Les collines de l'Imerina s'éveillent en chantant tandis que la brume s'effiloche comme une vieille soie. Nous sommes les fils de la terre et de la lumière, nos mots sont des grains de riz jetés dans le vent. L'aube n'est pas seulement le retour du jour, c'est la naissance d'un espoir qui ne veut pas mourir. »



Présentation


La poésie africaine est un vaste continent de mots qui s'est construit sur deux piliers : la puissance de la tradition orale (griots, contes, chants rituels) et la modernité écrite, souvent née de la lutte pour l'indépendance.

  • La Négritude : Fondée par Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire (Antilles) et Léon-Gontran Damas, ce mouvement a utilisé la poésie comme un outil de reconquête de soi. Senghor a magnifié la culture africaine par un rythme de tam-tam et une langue française classique.
  • La voix des Ancêtres : Birago Diop a su fixer par écrit la spiritualité animiste où tout élément de la nature (eau, vent, bois) est habité par l'esprit de ceux qui nous ont précédés.
  • L'engagement et la rupture : Des poètes comme Tchicaya U Tam’si ou Wole Soyinka (Prix Nobel nigérian) ont apporté une poésie plus tourmentée, baroque ou surréaliste, explorant les déchirures de l'homme africain face à la colonisation et aux désillusions de l'indépendance.
  • L'insularité malgache : Jean-Joseph Rabearivelo incarne une poésie de la fusion, à la croisée des influences françaises et de la mélancolie profonde des hauts plateaux malgaches.



Bibliographie


  • Senghor, Léopold Sédar, Œuvre poétique, Seuil, Paris, 2006.
  • U Tam’si, Tchicaya, Le Mauvais Sang, Gallimard, coll. « Poésie », 1980.
  • Rabearivelo, Jean-Joseph, Presque-Songes / Traduit de la nuit, Gallimard, coll. « Poésie ».
  • Moore, Gerald & Beier, Ulli, The Penguin Book of Modern African Poetry, Penguin Books, 1984.
  • Anthologie, Poésie d'Afrique noire, sous la direction de Marc Rombaut, Paris, Le Cherche-Midi, 1976.