Le dépôt
305 - ZOOM PAPASQUIARO
textes
Conseils d'un disciple de Marx à un fan d'Heidegger (Extrait)
« Ne cherche pas la poésie dans les livres, elle est dans les flaques d'essence des stations-service, dans le regard des chiens qui traversent l'avenue Insurgentes. Écris comme si tu lançais des cocktails Molotov contre les fenêtres de l'Académie. Le seul vers qui vaille est celui qui te brûle les doigts, celui qui te laisse nu au milieu du trafic de midi. »
Besos (Extrait)
« Nous nous sommes embrassés comme des naufragés qui se disputent la dernière planche. Tes lèvres avaient le goût de la poussière du Mexique et de la tequila bon marché. C'était un baiser de fin du monde, un baiser qui effaçait les noms, les dates, et cette foutue mémoire qui nous poursuit comme un créancier à chaque coin de rue. »
J'ai vu le futur (Extrait de Aullido de cisne)
« J'ai vu le futur et c'est un pneu qui brûle. J'ai vu les poètes de ma génération se vendre pour un poste au ministère ou crever de solitude dans des chambres d'hôtel. Mais j'ai vu aussi la lumière dans le rire des filles qui ne savent pas lire, dans le geste du maçon qui pose sa truelle. C'est là que bat le cœur de la vraie vie. »
https://www.festivaldepoesiademedellin.org/es/Revista/ultimas_ediciones/71_72/papasquiaro.html
Errance (Extrait)
« Je n'ai pas de maison, j'ai des chaussures. Je n'ai pas de patrie, j'ai une langue. Ma mémoire est un sac de billes cassées. Je marche pour ne pas devenir une statue, pour ne pas que la mousse pousse sur mes pensées. Chaque pas est un mot, chaque rue un poème que personne ne prend la peine de noter. »
Le dernier infraréaliste (Extrait)
« Si le monde est un abîme, nous sauterons. Si le ciel est un plafond, nous le briserons. Nous ne voulons pas de votre gloire de papier. Nous voulons le vent, la fureur, l'imprévu. Nous sommes les détectives sauvages de la beauté, cherchant la rose dans la décharge, le chant dans le cri, la vie dans la mort. »
présentation
Mario Santiago Papasquiaro (pseudonyme de José Alfredo Zendejas Pineda, 1953-1998) est la figure la plus radicale de la poésie mexicaine moderne. Ami intime de Roberto Bolaño, il est le modèle du personnage d'Ulises Lima dans le roman Les Détectives sauvages. Son style est une explosion de langage, mêlant argot des rues, références philosophiques et fulgurances mystiques.
Papasquiaro refusait presque systématiquement de publier, écrivant sur des serviettes en papier, des marges de livres ou des murs. Pour lui, la poésie était une expérience totale, indissociable de la marche, de la dérive urbaine et de la contestation sociale. Sa mémoire est celle de la rue, une mémoire vive, sale, bruyante, qui refuse la mise en musée. Il est mort renversé par une voiture à Mexico, laissant derrière lui une œuvre fragmentaire qui n'a été rassemblée que bien plus tard.
bibliographie
- Santiago Papasquiaro, Mario, Aullido de cisne (Hurlement de cygne), Editorial Almadía, 2008.
- Santiago Papasquiaro, Mario, Arte & basura (Art et ordures), Almadía, 2012.
- Bolaño, Roberto, Les Détectives sauvages (où il apparaît sous les traits d'Ulises Lima), Christian Bourgois, 2006.
- Medina, Cuauhtémoc, Papasquiaro : la poésie comme action, revue Letras Libres, 2005.