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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

372 - ZOOM MEYER

Textes



Le ciel est un miroir d argent où se reflètent les sommets de nos montagnes et les doutes de nos âmes. Je regarde le lac de Zurich par ma fenêtre et je vois dans ses eaux tranquilles la surface d une histoire qui ne finit pas de bouillonner en profondeur. Le passé n est pas une terre lointaine, il est ici, tapi sous chaque pierre de nos cités, vibrant dans chaque écho de nos vallées. Écrire, c est descendre dans ces cryptes pour en ramener des visages de marbre et de sang, des hommes qui ont aimé et souffert avec une intensité que nous avons oubliée. Chaque poème est une tentative de fixer cette fugacité, de donner au temps une forme qui puisse défier l oubli. La beauté est une rigueur, une architecture de mots qui doit tenir debout malgré les tempêtes du cœur. https://www.dbnl.org/tekst/_ver016198401_01/_ver016198401_01_0036.php




Je ne cherche pas la confusion des sentiments, mais la clarté du destin. Mes personnages sont des statues qui s animent un instant pour accomplir leur geste fatal, puis retournent au silence de la pierre. Il y a une majesté dans la nécessité, une grandeur dans l acceptation de ce qui doit être. Que ce soit la chute d un empereur ou le soupir d une jeune fille, tout participe à une même symphonie tragique. Le poète est celui qui écoute cette harmonie secrète et tente de la transcrire avec la précision d un graveur. Chaque vers doit être net comme une lame, pur comme le cristal des glaciers. C est dans cette retenue, dans cette pudeur de la forme, que réside la véritable puissance de l émotion. Le trop-plein de mots étouffe le cri, seule la mesure lui donne sa portée éternelle. https://www.projekt-gutenberg.org/meyer/gedichte/chap001.html



Le silence de la nuit est une leçon de sagesse. Les étoiles ne disent rien, elles brillent simplement, indifférentes à nos petites agitations. Nous devrions apprendre d elles cette persévérance lumineuse. La vie est un passage étroit entre deux abîmes d ombre, et notre seule tâche est de porter notre propre lumière le plus loin possible, sans faiblir. Parfois, la fatigue m envahit, le poids du monde semble trop lourd pour mes seules épaules, et puis, un vers surgit, une image se cristallise, et tout redevient possible. La poésie est ma patrie, mon refuge contre le chaos de l existence. Elle me permet de transformer ma mélancolie en une contemplation active, de faire de mes blessures des ouvertures sur l infini. Tout ce qui est fragmentaire aspire à la totalité, tout ce qui est mortel aspire à la forme. https://www.deutsche-biographie.de/sfz62744.html



La forêt de Sils-Maria murmure des secrets que celui qui marche seul peut entendre. Le vent dans les pins est une plainte antique, le chant d une terre qui a vu passer tant de générations de rêveurs et de guerriers. Je me sens lié à ces racines, à cette sève qui monte avec une patience millénaire. Nous ne sommes que des feuilles d un été, mais l arbre, lui, demeure. Écrire des ballades, c est s inscrire dans cette continuité, c est rendre hommage à la force vitale qui nous traverse et nous dépasse. Il faut de la force pour être doux, il faut de la passion pour être calme. Mon écriture est ce point d équilibre entre le feu intérieur et la glace de l expression. Un poème réussi est un incendie maîtrisé, une lave qui a trouvé sa forme de basalte. https://www.ngv.vic.gov.au/explore/collection/work/14436/



Je regarde mes microgrammes, ces écritures si petites qu elles semblent vouloir s évaporer. C est une lutte contre l anéantissement, un dialogue avec le vide. Chaque lettre est une sentinelle sur la frontière du silence. On croit que je parle du passé, mais je parle de nous, de nos peurs présentes, de notre soif d absolu dans un monde qui s effrite. Le passé n est que le masque que j utilise pour dire l indicible. Sous le costume de la Renaissance ou la toge romaine, c est le cœur de l homme moderne qui bat, avec ses contradictions et ses tourments. Ma muse est une femme de marbre au regard de feu, elle exige de moi une loyauté totale, une vie consacrée au culte de la forme parfaite. Car seule la forme survit à l homme, seule la beauté console de la mort. https://www.bibliotheca-reveriana.ch/conrad-ferdinand-meyer-le-poete-de-la-forme



Présentation de l auteur


Conrad Ferdinand Meyer, né en 1825 à Zurich et mort en 1898 à Kilchberg, est l un des plus grands écrivains suisses de langue allemande du XIXe siècle. Issu d une famille patricienne, il a traversé de longues périodes de dépression et d instabilité avant de trouver son salut dans une création littéraire d une rigueur exceptionnelle. Son oeuvre, composée de poésies, de ballades et de nouvelles historiques, se distingue par une recherche de la forme parfaite et une objectivité quasi sculpturale. Chef de file du réalisme poétique, il a su transformer ses tourments intérieurs en des récits d une grande puissance visuelle, souvent situés à la Renaissance ou au XVIIe siècle. Son style, d une concision et d une clarté admirables, a exercé une influence durable sur la littérature germanophone, faisant de lui le maître de la nouvelle historique moderne.



Bibliographie


Hutten s letzte Tage, Haessel, 1871. Gedichte, Haessel, 1882. Der Heilige, Haessel, 1880. Die Hochzeit des Mönchs, Haessel, 1884. Die Richterin, Haessel, 1885. Angela Borgia, Haessel, 1891.