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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

190 - ZOOM VIGÉE

Claude Vigée (1921–2020), de son vrai nom Claude André Strauss, est l’un des plus grands poètes français du XXe siècle, marqué par une double identité alsacienne et juive. Né à Bischwiller en Alsace, il grandit dans une famille juive peu pratiquante, baigné par la culture alsacienne et le dialecte local. Après des études de lettres à Strasbourg, il s’engage dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, puis s’installe en Israël en 1958, où il enseigne la littérature française à l’université hébraïque de Jérusalem pendant plus de 40 ans. Son œuvre, à la fois poétique, philosophique et spirituelle, explore les thèmes de l’exil, de la mémoire, de la Shoah, de la quête de sens et de la rédemption par la parole. Vigée est aussi un traducteur majeur (Rilke, T.S. Eliot, poètes hébraïques) et un essayiste prolifique, dialoguant avec des penseurs comme Levinas, Jankélévitch ou Buber. Il reçoit de nombreux prix, dont le Grand Prix de poésie de l’Académie française et le prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvreen..





Le Poème du retour (extrait, 1962)


Après tant d’abandons, de misère et de ruines, ce pays est vivant par la grâce d’un peuple. Je suis revenu vers toi, terre de mes pères, comme on revient d’un long exil, comme on revient d’un rêve.

Je marche dans les rues de Jérusalem, et chaque pierre me parle, chaque visage est un signe, chaque mot est une promesse.

Je ne suis plus un étranger, je ne suis plus un exilé. Je suis un homme qui a trouvé sa place, un homme qui a trouvé sa voix.

(Source : Wikipedia)




Le Soleil sous la mer (extrait, 1972)


Je cherche le soleil sous la mer, là où les algues dansent comme des cheveux de sirène, là où les poissons sont des éclats de lumière.

Je cherche le soleil sous la mer, là où le silence est un chant, là où l’ombre est une caresse.

Je cherche le soleil sous la mer, là où la mémoire est une île, là où l’oubli est une vague.

(Source : Babelio)



La Délivrance du souffle (extrait, 1977)


Je respire, et chaque souffle est une prière. Je respire, et chaque mot est une offrande.

Je respire, et la nuit se retire. Je respire, et le jour se lève.

Je respire, et la vie est une fête. Je respire, et la mort est une porte.

(Source : Universalis)



La Pâque de la Parole (extrait, 1983)


La parole est un pain, un pain que l’on partage, un pain que l’on rompt.

La parole est un feu, un feu qui réchauffe, un feu qui éclaire.

La parole est une source, une source qui jaillit, une source qui désaltère.

(Source : Judaisme Alsace-Lorraine)



Chants de l’absence (extrait, 2007)


Tu es partie, et le monde est vide. Tu es partie, et le silence est un cri.

Je cherche ta voix dans le vent, dans les feuilles, dans les oiseaux.

Je cherche ton visage dans la lune, dans les étoiles, dans l’aube.

(Source : Esprits Nomades)


Présentation et style


Claude Vigée est un poète de la mémoire et de la résilience, dont l’œuvre est traversée par l’expérience de la Shoah, de l’exil et de la quête spirituelle. Son écriture, à la fois lyrique et métaphysique, puise dans la tradition juive (la Bible, la Kabbale), la culture alsacienne et la poésie moderne (Rilke, Eliot). Il invente le concept de "judan" (juif + citoyen du monde) pour décrire sa vision d’une identité ouverte et universelle. Ses poèmes, souvent courts et intenses, mêlent une langue simple et des images fortes, avec une musicalité qui rappelle les psaumes bibliques. Après la mort de sa femme Evy en 2007, ses derniers recueils (Chants de l’absence, Danser vers l’abîme) explorent le deuil et la transcendance.




Bibliographie sélective


Poésie :

  • La Lutte avec l’Ange (1953), L’Aurore souterraine (1956), Le Poème du retour (1962), Le Soleil sous la mer (1972), La Délivrance du souffle (1977), L’Extase et l’errance (1982), Pâque de la Parole (1983), La Manne et la Rosée (1986), La Faille du regard (1987), Le Passage du vivant (2001), Danser vers l’abîme (2004), Chants de l’absence (2007).
  • Mon heure sur la terre (Œuvres poétiques complètes, 2008, prix Goncourt de la poésie).

Essais et traductions :

  • Vivre à Jérusalem (1985), Dans le silence de l’Aleph (1992), Le Puits d’eaux vives (entretiens sur la Bible, 1993), Rêver d’écrire le temps (2011).
  • Traductions de Rilke, T.S. Eliot, Shirley Kaufman, et poètes hébraïques.

Sources :