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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

167 - ZOOM GINSBERG

Allen Ginsberg (1926–1997) est l’une des figures majeures de la Beat Generation et de la poésie américaine du XXe siècle. Né à Newark dans une famille juive, il grandit à Paterson, marqué par la folie de sa mère, Naomi, internée à plusieurs reprises, et par la sensibilité poétique de son père, Louis. Après des études à Columbia, il rencontre Jack Kerouac, William Burroughs et Neal Cassady, avec qui il forme le noyau du mouvement beat. Son œuvre, à la fois lyrique, provocatrice et visionnaire, mêle engagement politique, exploration spirituelle (notamment le bouddhisme tibétain) et une quête incessante de liberté. Ginsberg est ouvertement homosexuel et milite pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam et pour la liberté d’expression. Son poème "Howl" (1956), jugé pour obscénité, devient un manifeste de la contre-culture et un texte fondateur de la poésie moderne. Il reçoit de nombreux prix, dont le National Book Award pour "The Fall of America" (1972), et enseigne la poésie au Naropa Institute, qu’il aide à fonder.



Howl (extrait, 1956) Pour Carl Solomon


J’ai vu les meilleurs esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus, se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une dose furieuse, hipsters à la tête d’ange brûlant pour l’ancienne connexion céleste au dynamo étoilé de la machinerie de la nuit, qui pauvres et en haillons et aux yeux crevés, fumaient dans l’obscurité des sous-sols supernaturels, flottant à travers les toits des villes contemplant le jazz, qui s’exposaient nus aux cieux sous le pont d’El et virent Mohammedan angéliques montés sur des toits illuminés, qui passèrent par les universités avec des yeux cool rêvant d’une révolution spontanée, qui furent expulsés des académies pour folie & pour avoir publié des odes obscènes sur les fenêtres de la skull, qui se rasèrent la tête publiquement et crièrent dans les rues en se masturbant devant la fenêtre de la caserne, qui s’enroulèrent dans des draps en hurlant sur les toits, en laissant tomber des sermons de feu et d’urine, qui se perçèrent les oreilles sous les ponts et offrirent leur derrière au saint soleil, qui se masturbèrent dans le métro et hurlèrent contre les morts, qui se jetèrent sur les trains de marchandises en quête de visions, qui s’accrochèrent aux barres des wagons en direction de Los Angeles, qui traversèrent les déserts mexicains en quête d’une dose de peyotl, qui se réveillèrent dans l’hôpital mental en hurlant contre les infirmières, qui se firent arrêter pour vagabondage et jetés en prison pour avoir volé un sandwich, qui se masturbèrent dans les toilettes publiques et hurlèrent contre les flics, qui se firent sodomiser dans les prisons et sortirent en riant, qui se jetèrent dans les fleuves en quête de visions, qui se réveillèrent dans les hôpitaux psychiatriques en hurlant contre les médecins, qui se firent électrochoc et lobotomie, qui se jetèrent dans les rues en quête de visions, qui se réveillèrent dans les hôpitaux psychiatriques en hurlant contre les médecins, qui se firent électrochoc et lobotomie, qui se jetèrent dans les rues en quête de visions, qui se réveillèrent dans les hôpitaux psychiatriques en hurlant contre les médecins, qui se firent électrochoc et lobotomie, qui se jetèrent dans les rues en quête de visions, qui se réveillèrent dans les hôpitaux psychiatriques en hurlant contre les médecins, qui se firent électrochoc et lobotomie, qui se jetèrent dans les rues en quête de visions, qui se réveillèrent dans les hôpitaux psychiatriques en hurlant contre les médecins, qui se firent électrochoc et lobotomie, qui se jetèrent dans les rues en quête de visions, qui se réveillèrent dans les hôpitaux psychiatriques en hurlant contre les médecins, qui se firent électrochoc et lobotomie.

https://www.babelio.com/auteur/Allen-Ginsberg/12607



Kaddish (extrait long, 1961) Pour Naomi Ginsberg, 1894–1956


Je me souviens de toi, Naomi, ton visage pâle et triste, tes yeux noirs comme des charbons, tes cheveux gris, tes mains tremblantes, tes nuits sans sommeil, tes cris dans la cuisine, tes larmes dans le salon, tes lettres au président, tes appels à la police, tes nuits à l’hôpital, tes électrochocs, tes retours à la maison, tes silences, tes cris, tes rires, tes pleurs, tes nuits à errer dans les rues, tes nuits à parler aux fantômes, tes nuits à parler à Dieu, tes nuits à parler à toi-même, tes nuits à parler à personne.

Je me souviens de toi, mère, ton corps brisé, ton esprit brisé, ton cœur brisé, tes nuits à hurler contre les murs, tes nuits à hurler contre le ciel, tes nuits à hurler contre la mort, tes nuits à hurler contre la vie, tes nuits à hurler contre moi.

Je me souviens de toi, mère, ton dernier souffle, ton dernier regard, ton dernier mot, ton dernier cri, ton dernier sanglot, ton dernier silence.

Je me souviens de toi, mère, et je pleure.

https://en.wikipedia.org/wiki/Allen_Ginsberg




Amérique (extrait, 1956)

Amérique, je t’ai tout donné et maintenant je ne suis plus rien. Amérique, deux dollars et vingt-sept cents le 17 janvier 1956. Je ne supporte pas mon esprit. Amérique, quand mettrons-nous fin à la guerre humaine ? Va te faire foutre avec ta bombe atomique. Je ne me sens pas bien, ne me dérange pas. Je n’écrirai pas mon poème tant que je ne serai pas dans ma tête. Amérique, quand serons-nous heureux ? Amérique, quand serons-nous libres ? Amérique, quand cesserons-nous de tuer ?

https://www.babelio.com/livres/Ginsberg-Poemes/464854



Le Tournesol Sermon (extrait, 1955)


Alors j’ai attrapé le tournesol-squelette et l’ai planté à mes côtés comme un sceptre, et j’ai délivré mon sermon à mon âme, et à l’âme de Jack aussi, et à quiconque l’écoutera, — Nous ne sommes pas notre peau de crasse, nous ne sommes pas notre locomotive effrayante et lugubre sans image, nous sommes tous au-dedans de beaux tournesols dorés, bénis de notre propre semence & des corps-accomplissements beaux nus dorés poilus qui grandissent en tournesols fous noirs et formels dans le crépuscule, épiés par nos yeux dans l’ombre de la folle locomotive berge de rivière crépuscule Frisco collines boîtes en fer-blanc vision assise du soir.

https://www.babelio.com/auteur/Allen-Ginsberg/12607




Ode au Plutonium (extrait, 1978)


Plutonium, Plutonium, tu es le dieu de la mort, tu es le dieu de la destruction, tu es le dieu de la fin du monde. Tu es dans les bombes, dans les réacteurs, dans les déchets, dans les nuages, dans les os, dans le sang, dans les gènes. Tu es le dieu invisible, le dieu silencieux, le dieu qui tue sans bruit.

Plutonium, Plutonium, tu es le dieu de l’apocalypse, tu es le dieu de la folie, tu es le dieu de la peur. Tu es dans les laboratoires, dans les missiles, dans les sous-marins, dans les cœurs des hommes, dans les rêves des enfants.

Plutonium, Plutonium, je te maudis, je te défie, je te hais.

https://xn--rpubliquedeslettres-bzb.fr/ginsberg.php



Ginsberg publie de nombreux recueils, dont "Reality Sandwiches" (1963), "Planet News" (1968), "Mind Breaths/Plutonian Ode" (1984), "Cosmopolitan Greetings" (1994), et des journaux de voyage ("Les Journaux indiens"). Son influence s’étend à la musique (Bob Dylan, The Beatles), au cinéma et aux mouvements contestataires des années 1960 et 1970. Il meurt en 1997 à New York, laissant une œuvre immense, traduite dans le monde entier

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Bibliographie sélective : Poésie : Howl and Other Poems (1956), Kaddish and Other Poems (1961), Reality Sandwiches (1963), Planet News (1968), The Fall of America (1972), Mind Breaths/Plutonian Ode (1984), Cosmopolitan Greetings (1994). Prose et correspondance : Journaux indiens (1974), Lettres choisies 1943–1997 (2013), Correspondance avec Jack Kerouac (2014).


https://en.wikipedia.org/wiki/Allen_Ginsberg https://www.universalis.fr/encyclopedie/allen-ginsberg/ https://www.babelio.com/auteur/Allen-Ginsberg/12607