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282 - ZOOM EURIPIDE
Euripide a su montrer l'homme dans sa fragilité et ses passions dévastatrices.
textes
Médée (Extrait du monologue de Médée avant le crime)
O mes enfants, mes enfants, vous avez donc une ville et une demeure où, me laissant malheureuse, vous habiterez toujours, privés de votre mère ! Et moi, je m'en vais en exil vers une autre terre, avant d'avoir joui de vous, avant de vous avoir vus heureux, avant d'avoir paré votre couche, vos épouses et vos lits nuptiaux, et d'avoir porté les flambeaux ! Oh ! malheureuse que je suis de mon orgueil ! C'est donc en vain, ô mes fils, que je vous ai nourris, en vain que j'ai travaillé, que je me suis épuisée de fatigues, et que j'ai subi les rudes douleurs de l'enfantement !
https://fr.wikisource.org/wiki/Médée_(Euripide,_trad._Leconte_de_Lisle
Les Troyennes (Extrait de la plainte d'Hécube)
Hélas ! hélas ! hélas ! Je vois le terme de mes maux et le comble de mes misères. Je sors de ma patrie ; ma ville est en flammes. Allons, vieux pieds, faites un effort, que je salue encore ma malheureuse cité. Ô Troie, toi qui jadis respirais si fièrement parmi les barbares, bientôt tu n'auras plus qu'un nom glorieux. On te brûle, et nous, on nous emmène loin de cette terre pour être des esclaves. Ô dieux ! Mais pourquoi appeler les dieux ? Ils ne nous ont pas écoutées quand nous les invoquions.
https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Troyennes_(Euripide,_trad._Leconte_de_Lisle
Hippolyte (Extrait de l'aveu de Phèdre)
C’est de là que mon mal a commencé. Je fus blessée par l'amour, et je cherchais comment je le supporterais le mieux. Je commençai donc par me taire et par cacher ma maladie. Puis, je résolus de vaincre ma folie par la sagesse. Enfin, comme je ne pouvais dompter Cypris par ces moyens, je décidai que le mieux était de mourir. Personne ne pourra nier que ce dessein ne soit le plus noble. Je ne veux pas que mes vertus soient cachées, ni que mes hontes aient des témoins.
https://fr.wikisource.org/wiki/Hippolyte_(Euripide,_trad._Leconte_de_Lisle
Les Bacchantes (Extrait sur la puissance de Dionysos)
Heureux celui qui, favorisé par les dieux, connaît leurs mystères et sanctifie sa vie, dont l'âme se mêle au chœur divin, et qui célèbre sur les montagnes les orgies saintes par de pures purifications ! Ô bienheureuse la terre quand elle coule de lait, quand elle coule de vin, quand elle coule du nectar des abeilles ! Le Dieu est là, il mène la danse, il secoue son thyrse, et la flamme de la torche s'élance de son roseau.
https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Bacchantes_(trad._Leconte_de_Lisle
Alceste (Extrait de l'adieu d'Alceste)
Adieu, soleil ! Lumière du jour ! Tourbillons des nuages qui fuyez dans le ciel ! Terre, et toi, demeure de mes pères, et toi, ville d'Iolcos ! Vois, Admète, je meurs pour toi, je te donne ma vie. Je pouvais vivre, me remarier avec un prince de Thessalie, habiter un palais riche et superbe. Mais je n'ai pas voulu vivre séparée de toi, avec des enfants orphelins. Je sacrifie ma jeunesse, au moment où elle m'était le plus douce.
https://fr.wikisource.org/wiki/Alceste_(Euripide,_trad._Leconte_de_Lisle
présentation
Euripide (v. 480 - 406 av. J.-C.) est le dernier des trois grands poètes tragiques d'Athènes. S'il fut moins couronné que Sophocle de son vivant, il devint l'auteur le plus populaire de l'Antiquité tardive. On le considère souvent comme le précurseur du drame moderne. Euripide délaisse les grandes figures idéalisées pour explorer la complexité de l'âme humaine, ses contradictions, ses faiblesses et ses fureurs.
Il est le poète des femmes (Médée, Phèdre, Hécube) et des exclus. Sa langue est plus proche du parler quotidien, ses intrigues sont plus mouvementées, et il n'hésite pas à critiquer les dieux ou les institutions. Son théâtre est marqué par un réalisme psychologique saisissant et par une remise en question de l'héroïsme traditionnel. Ses pièces, souvent empreintes d'un profond pessimisme sur la nature humaine, se terminent parfois par l'intervention d'un dieu (le deus ex machina) pour dénouer des situations devenues humainement inextricables.
bibliographie
- Euripide, Tragédies complètes (Tomes I à VII), traduction de Louis Méridier et al., Les Belles Lettres, collection Budé.
- Euripide, Théâtre complet, traduction de Marie Delcourt-Curvers, Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade, 1962.
- Romilly, Jacqueline de, L'Évolution du pathétique d'Eschyle à Euripide, PUF, 1961.
- Jouan, François, Euripide et les légendes des Chants Cypriens, Les Belles Lettres, 1966.
- Assa, Janine, Les Bacchantes d'Euripide, l'humanisme d'un poète, Lettres Modernes, 1961.