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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

299 - ZOOM LAFARGUE

Extrait de Le Droit à la paresse (1880)

Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture.

Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes ont sacré le travail comme une vertu. Les gens de lettres bourgeois, depuis le charlatanesquement romantique Victor Hugo jusqu’au naïvement grotesque Paul de Kock, tous ont entonné les chants nauséabonds en l’honneur du dieu Progrès, fils aîné du Travail. Ils ont chanté le travail, le travail sacré, le travail qui délivre, le travail qui sauve, le travail qui moralise et enrichit, le travail qui est une prière et une vertu.

Mais le travail, ce fléau de l’humanité, n’est qu’une malédiction. Il use les corps, il abrutit les esprits, il engendre la misère et la servitude. Les ouvriers, en s’épuisant au travail, ne font qu’enrichir une poignée de parasites et d’exploiteurs. Ils croient gagner leur pain à la sueur de leur front, mais en réalité, ils ne font que forger leurs propres chaînes.

Le vrai bonheur, la vraie liberté, c’est de ne rien faire, de vivre sans travailler, de jouir des plaisirs simples et naturels que la terre offre à tous. Le travail est une malédiction, la paresse est une bénédiction. Les hommes doivent se libérer du joug du travail et conquérir leur droit à la paresse, leur droit à la vie.

Source : Toupie – Paul Lafargue, Le Droit à la paresse toupie.org



Extrait de La Légende de Victor Hugo

Victor Hugo, ce grand charlatan, ce grand hypocrite, ce grand bourgeois, a su se faire passer pour un prophète, un génie, un saint. Il a su envelopper ses mensonges dans des phrases sonores, ses bassesses dans des attitudes théâtrales, ses calculs dans des élans lyriques. Il a su faire croire au peuple qu’il était son ami, son défenseur, son libérateur, alors qu’il n’était que le valet des puissants, le complice des oppresseurs, le chantre de l’ordre établi.

Il a écrit des livres, des poèmes, des drames, où il a prétendu défendre les pauvres, les humbles, les vaincus. Mais ses livres ne sont que des mots, ses poèmes que des sons, ses drames que des poses. Il n’a jamais rien fait pour les ouvriers, pour les misérables, pour les damnés de la terre. Il a vécu dans le luxe, dans l’oisiveté, dans la gloire, tandis que les autres crevaient de faim, de fatigue, de désespoir.

Il a su se faire aimer des masses, parce qu’il a su flatter leurs préjugés, leurs illusions, leurs espoirs. Il a su leur parler de liberté, d’égalité, de fraternité, alors qu’il ne croyait en rien, qu’il ne voulait rien, qu’il ne faisait rien. Il a su leur faire croire qu’il était de leur côté, alors qu’il était du côté des maîtres, des riches, des heureux.

Victor Hugo, ce grand menteur, ce grand comédien, ce grand bourgeois, restera dans l’histoire comme le symbole de l’hypocrisie, de la lâcheté, de la trahison. Il a su tromper son siècle, mais il ne trompera pas la postérité. Un jour, on verra en lui ce qu’il était vraiment : un homme sans cœur, sans âme, sans grandeur.

Source : Babelio – Paul Lafargue, La Légende de Victor Hugo babelio.com



Extrait de Pie IX au Paradis

Pie IX, ce vieux renard, ce fin politique, ce grand hypocrite, a su jouer de la crédulité des masses et de la lâcheté des gouvernements pour imposer son pouvoir, son dogme, son ordre. Il a su faire croire aux peuples qu’il était le vicaire de Dieu, le père des pauvres, le défenseur des faibles, alors qu’il n’était que le serviteur des puissants, le complice des tyrans, l’ennemi de la liberté.

Il a régné sur le monde catholique avec une main de fer, écrasant toute velléité de révolte, étouffant toute aspiration à la justice, condamnant toute pensée libre. Il a fait de l’Église une machine de guerre, une machine à broyer les consciences, une machine à avilir les âmes. Il a fait de la religion un instrument de domination, un outil de soumission, une arme de répression.

Il a su se faire aimer des fidèles, parce qu’il a su leur parler de paradis, de bonheur éternel, de récompense divine, alors qu’il ne leur offrait que misère, que souffrance, que résignation. Il a su leur faire croire qu’il était leur père, alors qu’il était leur bourreau. Il a su leur faire croire qu’il les aimait, alors qu’il les méprisait.

Pie IX, ce vieux renard, ce fin politique, ce grand hypocrite, restera dans l’histoire comme le symbole de l’obscurantisme, de l’intolérance, de la tyrannie. Il a su tromper son siècle, mais il ne trompera pas la postérité. Un jour, on verra en lui ce qu’il était vraiment : un homme sans pitié, sans cœur, sans grandeur.

Source : Wikiquote – Paul Lafargue, Pie IX au Paradis fr.wikiquote.org



Extrait de La Religion du capital

La religion du capital, c’est la religion de l’argent, de la propriété, de l’exploitation. C’est la religion qui enseigne que les riches sont bénis des dieux, que les pauvres sont maudits, que les forts ont le droit de dominer les faibles, que les maîtres ont le droit d’exploiter les esclaves.

Cette religion a ses prêtres, ses temples, ses rites, ses dogmes. Ses prêtres, ce sont les économistes, les banquiers, les industriels. Ses temples, ce sont les bourses, les usines, les banques. Ses rites, ce sont les contrats, les loyers, les salaires. Ses dogmes, ce sont la propriété privée, la liberté du travail, la concurrence.

Cette religion a ses saints, ses martyrs, ses héros. Ses saints, ce sont les capitalistes, les spéculateurs, les exploiteurs. Ses martyrs, ce sont les ouvriers écrasés par la misère, les paysans ruinés par l’usure, les enfants morts de faim. Ses héros, ce sont les conquérants, les colonisateurs, les oppresseurs.

Cette religion a ses promesses, ses menaces, ses châtiments. Elle promet la richesse aux uns, la pauvreté aux autres. Elle menace les uns de la ruine, les autres de la rébellion. Elle châtie les uns par la misère, les autres par la répression.

La religion du capital, c’est la religion de l’injustice, de l’inégalité, de l’oppression. C’est la religion qu’il faut abattre, qu’il faut détruire, qu’il faut remplacer par la religion de la liberté, de l’égalité, de la fraternité.

Source : Babelio – Paul Lafargue, La Religion du capital babelio.com



Extrait de La Question de la femme

La question de la femme, c’est la question de l’égalité, de la liberté, de la dignité. C’est la question de savoir si la femme est un être humain, un citoyen, un individu, ou si elle est une chose, un objet, une propriété.

Pendant des siècles, la femme a été traitée comme une mineure, comme une incapable, comme une esclave. Elle a été soumise à l’autorité du père, du mari, du frère. Elle a été privée du droit de voter, du droit de travailler, du droit de penser. Elle a été enfermée dans la maison, dans la famille, dans le silence.

Mais aujourd’hui, la femme se réveille, la femme se révolte, la femme se libère. Elle veut être l’égale de l’homme, elle veut être libre, elle veut être indépendante. Elle veut avoir les mêmes droits, les mêmes devoirs, les mêmes possibilités.

La libération de la femme, c’est la libération de l’humanité. C’est la fin de l’oppression, de l’exploitation, de la domination. C’est le début d’une nouvelle ère, d’une nouvelle société, d’un nouveau monde.

Source : Babelio – Paul Lafargue, La Question de la femme babelio.com




PRÉSENTATION


Paul Lafargue, né le 15 janvier 1842 à Santiago de Cuba et mort le 25 novembre 1911 à Draveil, est un écrivain, journaliste, économiste et militant socialiste français, figure majeure du marxisme en France et de l’Internationale ouvrière. Fils d’une famille bordelaise installée à Cuba, il revient en France en 1851 et étudie la médecine à Paris, où il se lie d’amitié avec Proudhon et s’engage dans les milieux révolutionnaires. Il épouse Laura Marx, fille de Karl Marx, et devient l’un des principaux propagandistes du socialisme scientifique en France et en Espagne.

Lafargue est surtout connu pour son pamphlet Le Droit à la paresse (1880), une critique acerbe de la société capitaliste et de l’idéologie du travail, qu’il dénonce comme une aliénation et une source de misère pour le prolétariat. Dans ce texte, il défend l’idée que le progrès technique devrait permettre de réduire le temps de travail et de libérer les hommes de la servitude du labeur, pour qu’ils puissent enfin jouir de la vie et de la culture. Son style, à la fois polémique, ironique et provocateur, en fait un auteur à part dans le paysage intellectuel de son époque.

Militant infatigable, Lafargue participe activement à la Commune de Paris en 1871, puis s’exile en Espagne et en Angleterre, où il contribue à la fondation du Parti socialiste ouvrier espagnol et du Parti ouvrier français. Il est élu député de Lille en 1891, mais son action politique reste marquée par son refus des compromis et son intransigeance révolutionnaire. En 1911, à l’âge de 69 ans, il se suicide avec sa femme Laura, par refus de la vieillesse et de la dégradation physique, laissant une lettre où il explique ce geste comme un ultime acte de liberté.

Son œuvre, qui comprend aussi des essais comme La Légende de Victor Hugo, Pie IX au Paradis, La Religion du capital et La Question de la femme, est traversée par un même esprit de révolte contre l’hypocrisie bourgeoise, le cléricalisme et l’exploitation capitaliste. Lafargue y mêle l’analyse économique, la satire sociale et une vision humaniste du progrès, où la libération des travailleurs passe par la conquête de leur droit à la paresse, à la culture et au bonheur.




BIBLIOGRAPHIE


  • Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, Éditions La Découverte, 2009.
  • Paul Lafargue, La Légende de Victor Hugo, Éditions Allia, 1999.
  • Paul Lafargue, Pie IX au Paradis, Éditions La Fabrique, 2004.
  • Paul Lafargue, La Religion du capital, Éditions Tallandier, 2009.
  • Paul Lafargue, La Question de la femme, Éditions du Sandre, 2010.
  • Jean Maitron, Paul Lafargue, Éditions Maspéro, 1966.
  • Wikipédia – Paul Lafargue
  • Babelio – Paul Lafargue
  • Encyclopédie Universalis – Paul Lafargue babelio.com+2