Le dépôt
300 - ZOOM LAMARTINE
Le Lac (Extrait)
« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?
Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir ! https://fr.wikisource.org/wiki/Méditations_poétiques/Le_Lac
L'Isolement (Extrait)
« Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds. [...]
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transport ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante :
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts. »
https://fr.wikisource.org/wiki/Méditations_poétiques/L’Isolement
Milly ou la Terre natale (Extrait)
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?
[...] Voilà le banc de pierre où mon père s'assit,
Où s'éteignit sa voix que le temps éclaircit ;
Voilà le vieux tilleul dont l'ombre sur la terre
S'allongeait le matin comme un bras de prière. »
https://fr.wikisource.org/wiki/Harmonies_poétiques_et_religieuses/Milly,_ou_la_Terre_natale
Le Vallon (Extrait)
« Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses vœux importuner le sort ;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.
Le temps a bien changé, mais la nature est prête,
Elle nous offre encore ses mêmes horizons ;
L'homme change et s'en va, la nature s'arrête,
Elle n'a point d'adieu pour nos tristes saisons. »
https://fr.wikisource.org/wiki/Méditations_poétiques/Le_Vallon
La Vigne et la Maison (Extrait)
« Qu'importe que le temps, qui toujours nous dévore,
Ait emporté les noms et les jours d'autrefois ?
La mémoire est le lieu que l'absence colore,
Le seul pays lointain où l'on entend des voix.
Dieu fit pour le regret la demeure isolée
Où l'on revient s'asseoir, le soir, dans la vallée. »
https://fr.wikisource.org/wiki/Cours_familier_de_littérature/La_Vigne_et_la_Maison
présentation
Alphonse de Lamartine (1790-1869) est le poète de l'élégie par excellence. Son premier recueil, les Méditations poétiques (1820), a bouleversé la littérature française en remplaçant la rhétorique classique par l'expression directe de la plainte, de l'amour perdu (incarné par Julie Charles, la "Elvire" de ses vers) et de la fuite du temps.
Sa poésie est une musique fluide, vaporeuse, où le paysage devient le miroir de l'âme (le paysage intérieur). Il a su donner aux thèmes de la mémoire et de la nostalgie une dimension métaphysique : pour lui, la nature est le seul témoin immuable de nos vies éphémères. Homme d'État autant que poète, il joua un rôle majeur lors de la Révolution de 1848, incarnant brièvement l'espoir d'une République poétique et fraternelle.
bibliographie
- Lamartine, Alphonse de, Méditations poétiques, édition de Marius-François Guyard, Gallimard, coll. Poésie, 1981.
- Lamartine, Alphonse de, Harmonies poétiques et religieuses, édition de Gérard Schaeffer, Gallimard, coll. Poésie, 1994.
- Guyard, Marius-François, Lamartine, Hachette, 1956.
- Guillemin, Henri, Lamartine, l'homme et l'œuvre, Boivin, 1940.
- Richard, Jean-Pierre, Études sur le romantisme (chapitre sur Lamartine), Seuil, 1970.