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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

307 - ZOOM LAUDE

Le Silence (Extrait de Le Grand Passage)

« Le silence n’est pas le vide. C’est une pierre que l'on déplace avec lenteur, un mur où le soleil vient s'appuyer pour mourir. Nous habitons ce lieu entre deux mots, là où la mémoire cesse d’être une plainte pour devenir l’air que nous respirons. Il n’y a rien à dire que le vent n’ait déjà su, rien à perdre que le nom que nous portions. »

https://www.leshommessansepaules.com/auteur-Jean_LAUDE-495-1-1-0-1.html


La trace (Extrait de Sur le pas)

« Nous marchons sur une terre qui nous ignore. Chaque pas est une écriture que le sable dévore, une tentative de nommer ce qui n'a pas de visage. Pourtant, la lumière persiste sur la main, comme un reste de sel après la mer. Se souvenir n'est pas retenir, c'est accepter que tout s'en aille dans l'éclat d'un instant qui ne se répète pas. »

https://www.liminaire.fr/notes-de-lecture/article/jean-laude-poemes-1944-1984





L'espace du jour (Extrait de Discours du voyageur)

« Le jour se lève comme une main qui s'ouvre. Rien n'est acquis, tout est à recommencer : le trajet de l'ombre sur le mur blanc, le bruit de l'eau dans la gorge du temps. Nous sommes les passagers d'une barque immobile. La poésie est ce mouvement de la rame qui ne déplace pas l'eau, mais révèle la profondeur. »

https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Le-Chemin/Discours-du-voyageur


L'objet (Extrait de Les Plages de Thulé)

« Un bol, une pierre, un morceau de bois mort. C’est là que le monde se rassemble et se tait. L’objet est le gardien de notre regard, celui qui nous empêche de nous dissoudre dans le ciel. Regarder, c’est déjà se souvenir de la forme, c'est redonner au vide son poids de présence. La mémoire est une géométrie de l'attention. »

https://www.monumenta.fr/jean-laude-poesie-et-histoire-de-l-art


Le départ (Extrait de Le Grand Passage)

« Il faudra bien partir sans emporter de clés. Laisser les portes ouvertes au vent de l'oubli. Ce que nous avons aimé ne nous appartient plus. C’est devenu cette clarté sur la colline, ce silence entre deux battements de cœur. Nous ne sommes que le passage d'une ombre qui a un instant cru posséder la lumière. »




présentation


Jean Laude (1922-1984) a mené une double vie d'intellectuel : d'un côté, l'historien d'art éminent, spécialiste des arts d'Afrique et des influences "primitives" sur le cubisme ; de l'autre, le poète de la retenue et de la rigueur. Sa poésie est hantée par la question de l'espace et de la trace. Influencé par ses recherches sur les arts premiers, il cherche dans ses vers une forme de dépouillement originel.

Chez Laude, la mémoire n'est jamais anecdotique ou sentimentale. Elle est une structure, une manière de se tenir debout dans un monde qui s'efface. Ses poèmes ressemblent à des méditations sur la finitude, où le langage tente de cerner ce qui reste quand on a tout enlevé. Sa proximité avec des peintres comme Zao Wou-Ki ou des sculpteurs comme Giacometti se ressent dans son écriture : il travaille le "blanc" de la page autant que les mots eux-mêmes.



bibliographie

  • Laude, Jean, Poèmes (1944-1984), préface de Jean-Louis Schefer, José Corti, 1987.
  • Laude, Jean, Le Grand Passage, Gallimard, coll. "Le Chemin", 1955.
  • Laude, Jean, Les Plages de Thulé, Seuil, 1964.
  • Laude, Jean, La Peinture française et l'art nègre, Klincksieck, 1968 (son œuvre majeure en histoire de l'art).
  • Jean Laude, poète, historien d'art, Actes du colloque de Saint-Étienne, CIEREC, 1987.