Le dépôt
380 - ZOOM DU BOS
Textes
Lire, ce n'est pas seulement parcourir des pages, c'est entrer dans une respiration étrangère pour y découvrir sa propre vérité. Quand j'ouvre un livre, je ne cherche pas une distraction, mais une rencontre d'âme à âme. Le véritable lecteur est celui qui s'oublie pour mieux se retrouver dans le miroir de la pensée d'autrui. Il y a une dimension sacrée dans l'acte de lecture, une sorte de liturgie du sens où chaque mot pèse son poids d'éternité. Je me sens responsable des écrivains que j'aime, comme si ma propre ferveur pouvait les maintenir en vie. La critique n'est pas un jugement, elle est une forme de l'amour, une attention si intense qu'elle finit par devenir une communion. Nous ne lisons jamais seuls : nous lisons avec tout ce que nous sommes et avec tous ceux qui ont lu avant nous. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3324151z
Le Journal est le lieu de mon intimité la plus nue, le miroir où je tente chaque jour de fixer les mouvements de mon âme. C'est un exercice de sincérité parfois douloureux, mais nécessaire pour ne pas se perdre dans le tumulte du monde. J'y note les nuances de la lumière, les battements de mon cœur devant une œuvre d'art, les doutes qui m'assaillent dans la solitude. Écrire son journal, c'est vouloir que rien de ce qui a été ressenti ne soit tout à fait perdu. C'est une lutte contre l'oubli et contre la dispersion de soi. Chaque page est une pierre posée pour construire cet édifice intérieur que j'appelle ma vie. Je n'écris pas pour les autres, j'écris pour témoigner devant Dieu et devant moi-même de la qualité de ma présence au monde, de cette soif d'absolu qui me consume et me justifie. https://www.monde-diplomatique.fr/2000/08/PAGNOUX/2143
La beauté n'est pas un luxe, elle est une nécessité de l'esprit, la seule réponse possible au chaos de l'existence. Devant un tableau de Vermeer ou une phrase de Flaubert, je ressens une émotion qui n'est pas de ce monde, un pressentiment d'unité et de paix. L'art est le médiateur entre le visible et l'invisible, le pont qui nous permet d'atteindre ce que nous ne saurions nommer. Il faut se laisser envahir par la beauté, accepter qu'elle nous transforme et nous dérange. Elle nous rappelle que nous ne sommes pas faits pour la médiocrité, mais pour la grandeur. Mon rôle est d'être un guetteur de ces instants de grâce, un traducteur de ces émotions ineffables qui donnent un sens à notre passage ici-bas. Le critique doit s'effacer devant l'œuvre pour n'être plus que la voix qui célèbre sa splendeur. https://journals.openedition.org/germanique/335
La souffrance est une école de profondeur, un labourage qui prépare le terrain pour une récolte invisible. Dans la maladie, le corps devient un obstacle, mais l'esprit gagne une acuité nouvelle. On apprend à se dépouiller de l'accessoire, à ne plus s'attacher qu'à l'essentiel. Le silence devient une demeure, la prière une respiration. Je ne cherche pas à expliquer le mal, mais à l'habiter avec dignité. Il y a une fraternité secrète entre tous ceux qui souffrent, une alliance de l'ombre qui nous lie les uns aux autres. Ma foi n'est pas une certitude tranquille, c'est un combat de chaque instant pour maintenir l'espérance au milieu de la nuit. Écrire est ma façon de rester debout, de transformer ma propre faiblesse en une force de témoignage pour ceux qui, comme moi, cherchent une lueur dans les ténèbres. https://www.revue-etudes.com/article/charles-du-bos-le-critique-de-l-interieur-11504
L'amitié est la forme la plus haute de la vie intellectuelle, un partage de lumière entre deux solitudes. Mes échanges avec Gide, avec Valéry, avec Claudel ont été le sel de mon existence. Discuter d'une idée, débattre d'un vers, c'est une manière d'exister plus intensément. On ne pense jamais seul : on pense avec et contre les autres. L'amitié exige une loyauté absolue, une exigence de vérité qui ne craint pas la contradiction. C'est dans ce dialogue permanent que se forge notre propre identité. Je voudrais que mes écrits gardent la trace de ces conversations passionnées, de ces nuits passées à refaire le monde à travers les mots. La culture n'est pas un savoir mort, c'est une conversation vivante qui se poursuit à travers les âges et dont nous sommes les modestes et fervents continuateurs. https://www.letemps.ch/culture/charles-du-bos-l-ame-de-la-critique
Présentation de l'auteur
Charles Du Bos, né en 1882 à Paris et mort en 1939 à La Celle-Saint-Cloud, est un critique littéraire et essayiste français d'une influence considérable sur la vie intellectuelle de l'entre-deux-guerres. D'origine cosmopolite, il fut un médiateur essentiel entre les cultures française, anglaise et allemande. Son œuvre, principalement regroupée dans les volumes de ses Approximations et dans son immense Journal, se caractérise par une approche impressionniste et spirituelle de la littérature, qu'il concevait comme une rencontre mystique entre l'auteur et le lecteur. Sa conversion au catholicisme en 1927 a profondément marqué sa pensée, faisant de lui l'un des représentants majeurs de la critique de l'intériorité. Grand ami des plus grands écrivains de son temps, il a consacré sa vie à la recherche de la vérité esthétique et spirituelle.
Bibliographie
Approximations (sept volumes), Plon et Corrêa, 1922-1937. Le Dialogue avec André Gide, Au Sans Pareil, 1929. François Mauriac et le problème du romancier catholique, Corrêa, 1933. Journal (neuf volumes publiés à titre posthume), Corrêa et La Colombe, 1946-1961. Qu'est-ce que la littérature ?, Plon, 1945. Grandeur et misère de Benjamin Constant, Corrêa, 1946.