Le dépôt
430 - ZOOM MISTRAL GABRIELA
Gabriela Mistral, première personnalité littéraire d'Amérique latine à recevoir le prix Nobel, dont la voix mêle une tendresse maternelle universelle à une force tellurique profonde.
Textes
Il y a des baisers qui sont en eux-mêmes une sentence, des baisers qui se donnent avec le regard, des baisers qui sont des secrets murmurés, des baisers qui sont des prophéties. Il y a des baisers qui brûlent l'âme et d'autres qui la rafraîchissent comme une pluie d'été. J'ai connu le baiser qui tue et celui qui ressuscite, celui qui enchaîne et celui qui libère. L'amour est une terre assoiffée qui attend la rosée des lèvres. Mais au-delà de la chair, il y a cette rencontre des esprits qui se reconnaissent dans le silence. Ma poésie cherche ce point de contact entre l'humain et le divin, entre le désir et la grâce. Nous sommes des êtres de passage, mais dans le baiser, nous touchons un instant à l'éternité, avant de reprendre notre marche solitaire vers l'horizon de l'ombre. https://www.poemas-del-alma.com/besos.htm
Petite fleur du Chili, tu pousses entre les pierres de la Cordillère, ignorant la dureté du monde. Je te regarde et je vois en toi l'image de tous les enfants de ma terre, ces petites vies fragiles qui demandent protection et amour. Ma poésie est un berceau de paroles pour ceux qui n'ont pas de toit, une berceuse pour apaiser les larmes des déshérités. J'ai été institutrice dans les vallées reculées, j'ai vu la pauvreté et la dignité des paysans. Je veux être la mère de tous ces enfants sans nom, leur donner par mes vers la chaleur qui leur manque. La terre est une mère généreuse si nous savons l'écouter, elle nous enseigne la patience et le sacrifice. Mon chant est un humble hommage à la vie qui insiste, à la tige qui perce le sol aride pour chercher la lumière. https://www.memoriachilena.gob.cl/602/w3-article-3429.html
La mort est passée par ici et elle a emmené celui que j'aimais. Je reste seule avec ma douleur, une douleur qui a la couleur de la terre et le goût du sel. J'ai creusé un trou dans mon cœur pour y enterrer mes souvenirs, mais ils remontent sans cesse à la surface comme des sources amères. Pourquoi la beauté doit-elle finir dans la poussière ? Pourquoi le cri de l'homme se perd-il dans le vent des montagnes ? Je cherche une réponse dans les livres sacrés et dans le silence des nuits étoilées. Ma tristesse n'est pas une plainte, c'est une prière de pierre. Je veux transformer mon deuil en une force qui aide les autres à vivre. La poésie est le pain que je partage avec mes frères en souffrance, une nourriture pauvre mais honnête qui aide à traverser le désert de l'absence. https://www.gabrielamistral.uchile.cl/poesia/desolacion/sonetos/sonetos.html
Je n'ai pas eu d'enfants de ma chair, mais j'ai porté le monde entier dans mes bras de poète. Ma maternité est une maternité de l'esprit, une vigilance de chaque instant pour la fragilité de la vie. J'écris pour que les femmes trouvent leur voix, pour qu'elles sortent de l'ombre où l'histoire les a enfermées. Nous sommes les gardiennes du feu et de la mémoire, les tisseuses de paix dans un monde déchiré par la guerre. Ma patrie n'est pas seulement le Chili, c'est toute cette Amérique qui souffre et qui espère, de la pampa argentine aux montagnes du Mexique. Je me sens liée à chaque arbre, à chaque fleuve, à chaque visage de ce continent immense. Ma poésie est un voyage vers l'origine, une quête de la pureté perdue à travers les méandres de l'expérience humaine. https://www.nobelprize.org/prizes/literature/1945/mistral/lecture/
Le soir descend sur la vallée de l'Elqui, et les ombres s'allongent comme des bras qui veulent me retenir. J'ai voyagé loin, j'ai connu les capitales du monde et les honneurs de l'académie, mais mon cœur est resté ici, parmi les vignes et les pierres grises de mon enfance. Tout ce que j'ai écrit n'est qu'un écho de ce paysage premier, une tentative de retrouver la clarté de l'aube sur les sommets. La gloire est une fumée qui se dissipe, seule compte la trace que nous laissons dans l'âme de ceux qui nous lisent. Je pars avec le sentiment d'avoir été fidèle à ma terre et à mon peuple. Ne cherchez pas ma tombe, cherchez ma voix dans le murmure de l'eau et dans le chant des oiseaux de passage. La vie est une offrande que nous rendons à la terre avec gratitude et humilité. https://www.cervantesvirtual.com/portales/gabriela_mistral/obra-visor/poesias-completas--0/html/ff282302-82b1-11df-acc7-002185ce6064_2.html
Présentation de l'auteur
Gabriela Mistral, de son vrai nom Lucila Godoy Alcayaga, née en 1889 au Chili et morte en 1957 à New York, est l'une des figures les plus importantes de la littérature hispanique. Institutrice de formation, elle a consacré sa vie à l'éducation et à la cause des enfants, tout en menant une carrière diplomatique internationale. En 1945, elle devient la première personnalité d'Amérique latine à recevoir le prix Nobel de littérature. Sa poésie, d'une grande intensité émotionnelle, est marquée par les thèmes de l'amour tragique, de la maternité frustrée, de la foi chrétienne et de l'identité latino-américaine. Son style, qui refuse les artifices du modernisme pour une langue plus rude et directe, puise sa force dans une relation mystique avec la nature et une profonde empathie pour les opprimés.
Bibliographie
Sonetos de la Muerte (Sonnets de la mort), 1914. Desolación (Désolation), 1922. Ternura (Tendresse), 1924. Tala (Bûcher), 1938. Lagar (Le Pressoir), 1954. Poema de Chile (Poème du Chili, posthume), 1967.